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Le professeur Samir Amin, devant les étudiants en journalisme du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) est revenu sur l’intégration du continent africain au système du commerce mondial.

«L’Afrique n’est pas marginale dans le système mondial.» Samir Amin, ne mâche pas ses mots, lui l’apôtre de l’idée de «déconnexion» économique, saisit la nécessité pour le continent de déconstruire certains raisonnements répétés en boucle par ce qu’il nomme le «clergé médiatique», à savoir la grande majorité des médias. D’après lui, «la proportion des exportations par rapport au Produit intérieur brut (Pib) de l’ensemble des pays du continent africain tourne autour d’une moyenne de 45% et cette même proportion, exportation/Pib, est pour les Etats-Unis, l’Union européenne ou le Japon de 15%, c’est-à-dire 3 fois moins ». Il ajoute que «pour d’autres régions du monde comme l’Amérique latine, l’Asie de l’Est et du Sud-Est, elle varie et tourne autour de 20 ou 25% ». Pour lui, «l’Afrique est de loin en terme proportionnel plus intégrée que d’autres régions du monde, mais le volume en valeur de ses exportations est très faible par rapport à l’ensemble de la planête» et «de là vient le préjugé qu’elle serait marginalisée». L’analyse doit se transférer sur d’autres terrains à savoir comment elle est intégrée ? : «L’Afrique a été intégrée très tôt dans le système mondial contemporain par la traite négrière en devenant la périphérie d’une périphérie en construction, les Amériques.» Samir Amin renvoie à la notion d’accumulation primitive élaborée par Karl Marx dans Le Capital. Cet arrimage au système capitaliste mondial s’est fait pour reprendre la vulgate du philosophe allemand «dans le sang et la boue». Ainsi, «la population africaine qui représentait 18% de la population mondiale avant la traite négrière occidentale a sensiblement évolué pour ne plus se rapporter qu’à peine 6 ou 7%, 2 siècles plus tard ». Cette régression du continent s’est reflétée «par la constitution de royaumes guerriers dont la principale activité pouvait se résumer à faire la chasse aux nègres pour les vendre aux négriers». Pour Samir Amin, l’esclavage est largement une des sources de la pire forme de sous-développement présente sur le continent. Par conséquent, «la colonisation a été une seconde étape de cette intégration à peu près au même moment où le Japon intègre ce système mondial avec l’avènement de l’ère Meiji». A partir de là, les économies africaines et jusqu’à présent se bornent à leurs rôles d’ «économies de traite à la mesure de leurs ressources naturelles considérables et indispensables au fonctionnement du système économique mondial».
bdavid@lequotidien.sn

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