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Pourquoi les artistes sénégalais ont tant de mal à s’internationaliser et à exporter leur musique ? Quelle est l’alternative pour booster la musique sénégalaise ? La question du correspondant au Sénégal de «Couleurs tropicales» (émission musicale de Rfi) a opposé le rappeur américano-sénégalais Akon au Sénégalais Duggy Tee. Si pour le premier, le vrai handicap c’est l’usage à outrance de la langue wolof dans les productions, le second lui, invite ses pairs artistes à le faire méthodiquement.

Pourquoi  les musiciens sénégalais peinent à s’exporter ? A cette question, la star Akon a une explication assez particuliè­re. Pour lui l’explication est simple, «le problème des Sénégalais c’est qu’ils parlent et chantent qu’en wolof». C’est donc une question de langue, croit-il savoir, qui fait que la musique sénégalaise n’arrive pas à s’exporter. «Au Nigeria, les artistes ont plus de succès. Quand vous chantez en anglais, vous vous exportez beaucoup plus facilement. Autrement pour le mbalax, les gens entendent beaucoup plus la mélodie, mais n’arrivent même pas à chanter le titre», a analysé Akon. Il rajoute par ailleurs que ce qui a fait le succès de  Youssou Ndour, c’est qu’il avait d’excellentes mélodies, mais aussi il avait de grosses maisons de production derrière lui, qui ont su le supporter et l’aider sur l’internationalisation. «Pour s’internationaliser, il faut pouvoir chanter en anglais. Ceux qui chantent en français ça passe encore, parce qu’on a plusieurs pays africains francophones, mais ça reste assez limité, je n’aurais pas eu le succès que j’ai eu aujourd’hui,  si j’avais chanté en wolof», a précisé Alioune Badara Thiam (Ndlr, son nom à l’état civil). «Pour que les artistes sénégalais puissent tirer leur épingle du jeu, il faut qu’ils soient différents, et uniques, en créant et non pas en copiant la musique américaine ou nigériane. C’est comme cela qu’ils se feront remarquer», a-t-il insisté. Il profite également de l’occasion pour chanter en wolof un petit refrain «Daniou teudiou douniou ma bayyi ma guenne» (Ils s’enferment, ils ne me laissent pas sortir) avec un ton anglais. Ce qui a fait pouffer de rire toute l’assistance.
Mais si presque tout le monde a rigolé de l’argumentation ou de la chansonnette de Akon (Ndlr, c’est selon), rien de tout cela n’a été du gout de Duggy Tee. Au contraire, ces propos de Akon ont sorti le rappeur du silence dans lequel il s’était emmuré depuis le début de la conférence de presse. L’auteur, compositeur et Pdg de Nubient s’était visiblement senti heurté en tant que rappeur chantant en wolof. Il a salué la «belle» et «noble » initiative de Akon de développer l’industrie musicale au Sénégal. Tout en rappelant le long cheminement de cette musique et du hip-hop en particulier. «Si on revient un peu en arrière, au niveau de l’Afrique quand on parlait du hip-hop,  les gens disaient que le Sénégal était le 3e pays du hip-hop et Dakar la 3e capitale du hip-hop. Beaucoup de choses se sont passées, on n’a pas su saisir certaines opportunités pour développer les choses. Des groupes se sont faits d’autres se sont défaits, mais le talent est là. Akon on ne le présente plus, c’est une fierté tout comme Youssou Ndour. Mais n’oublions pas qu’il y a eu Youssou Ndour, mais après lui il y a eu d’autres artistes, le Xalam, Baba Maal. Et quand on parle de musi­que urbaine, il y a eu Positif black soul, il y a eu Dara ji, beaucoup d’autres groupes d’envergure internationale, qui ont parcouru le monde, qui ont été des ambassadeurs de la musi­que sénégalaise et africaine, avec une originalité», a affirmé Duggy Tee. Poursuivant son argumentation, l’auteur de Wadiour mentionne : «Je respecte le point de vue de Akon, but to me music is not a langage, is an émotion (pour moi la musi­que n’est pas une question de langue mais d’émotions)». «On a tous dansé le zouk et la salsa pendant toute notre enfance sans qu’on ne comprenne un mot de ce qu’ils disaient)… », renchérit-il devant l’assistance qui montrait son approbation à ses propos par des applaudissements.

Duggy Tee prone le «Step by step»
Ainsi pour Duggy Tee, une chose est claire. «Au Nigeria ils ont une chose que nous n’avons pas. Déjà sur le plan démographique, ils sont en avance. Les artistes nigérians sont excellents certes mais ils parlent un anglais qu’un Américain ou un British va faire traduire. Ils parlent leur patois.» Considérant la réponse de Akon comme non satisfaisante, il préconise pour s’internationaliser, une stratégie qu’il nomme : le step by step (petit à petit). «On a fait le tour du monde, personnellement, on a fait chanter les gens en Wolof… Tiken Jah, Orchestra Aragon n’ont pas attendu de chanter en anglais pour faire le tour du monde et exploser. Si on développe un bon marché au niveau du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest francophone, on pourra exporter le hip-hop Sénégalais» conclut-il, balayant ainsi l’argumentaire du rappeur sénégalo-américain.
aly@lequotidien.sn

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