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Aux critiques des populations et Ong sur le supposé désastre social et environnemental qu’aurait causé le barrage sur leur cadre de vie, l’Etat rectifie les stéréotypes sociaux agités contre l’ouvrage et réagit par des projets et programmes. Selon le directeur du barrage d’Affiniam, Bilaly Keïta, «il y a un déphasage entre la construction du barrage et l’aménagement à l’interne ; ce qui pour les populations pose le problème de l’aménagement des terres». Tout en reconnaissant que les aménagements n’ont pas suivi la construction du barrage, M. Keïta soutient néanmoins que des projets de l’Etat sont intervenus pour réaliser des ouvrages dans la vallée de Bignona. «L’Etat met des programmes qui interviennent dans la zone. Et c’est dans ce cadre-là que des projets interviennent au niveau de cette vallée, mais le manque de coordination entre ces ouvrages secondaires et le barrage a fait que certains avancent que celui-ci n’est pas fonctionnel», rappelle le directeur du barrage d’Affiniam. M. Keïta est d’avis que «le barrage, complètement achevé, nécessite tout simplement des aménagements dans les vallées pour achever le processus». Il explique «qu’en saison des pluies, des populations demandent même la non-ouverture des vannes, car si on les ouvre l’eau quitte les rizières. Tandis que d’autres nous demandent d’ouvrir, car ils ont trop d’eaux stockées dans leur vallée qu’il faut évacuer. Et cela est un vrai dilemme pour nous». Par conséquent, plaide-t-il, on ne doit pas attribuer certains aspects néfastes constatés au niveau de la vallée, tels la disparition de certains arbres, à la construction du barrage, d’autant que toutes les deux rives du barrage sont peuplées d’arbres. En outre, regrette-t-il, d’autres parlent de salinisation des puits alors qu’à côté du barrage il y a des puits qui ne sont pas salés. Et au niveau du marigot de Bignona, il y a un problème d’ensablement qu’on ne saurait attribuer à cet ouvrage car, de l’avis de Bilaly Keïta, des canalisations ont été faites au niveau de Bignona et l’ensemble des eaux de ruissellement de la ville, mélangées au sable, convergent vers ce marigot.
Le directeur de l’ouvrage admet toutefois que si la mise en place du barrage et la non-finalisation des aménagements ont eu un impact sur le vécu des populations, c’est peut-être au niveau de la production piscicole, car au niveau de la pêche, on trouvait de gros poissons avant la construction de l’ouvrage ; ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, car on ne voit que des carpes. Bilaly Keïta espère toutefois qu’avec un repeuplement du marigot en alevins, on peut amener certaines espèces en eau douce en amont du barrage. La solution, c’est la mise en place d’ouvrages dans toutes les vallées où il n’y en a pas. C’est dans cet ordre d’idées que le Programme intégré de développement agricole de la Basse Casamance (Pidac) sous tutelle de la Société pour la mise en valeur agricole de la Casamance (Somivac), le Projet de développement rural de la Basse Casamance (Derbac), le Projet de gestion des eaux du sud (Proges), le Projet de mise en valeur de la vallée de Guidel, le Programme d’urgence de lutte antisel (Produlas), le Programme d’appui au développement socio-économique pour la paix en Casamance (Procas), en 2005 le Projet d’appui au développement rural en Casamance (Paderca) et récemment le Ppdc se sont déployés au niveau de la Casamance et notamment au niveau de la vallée de Bignona avec des programmes d’aménagement confortatif. En outre, des Ong comme Enda, Grdr et des institutions telles que le Pam et les Coopérations française et espagnole se sont également investies dans les actions d’aménagement hydro-agricole.
Les résultats sont toutefois mitigés du fait du conflit armé en Casamance qui avait contraint certains projets comme le Proges à écourter leur durée. Par contre, le Paderca a pu aménager 35 vallées en Casamance pour protéger 14 mille hectares de terres et ce, avec deux types d’aménagements : les uns pour lutter contre l’avancée de la langue salée et les autres pour retenir les eaux de pluie dans les vallées. Pour ce qui est des infrastructures de lutte contre la salinité, le Paderca a construit des digues pour stopper l’avancée de la langue salée vers les terres rizicoles et des ouvrages en béton armé équipés de vannes pour assurer le lessivage des sols. Avec le Projet pôle de développement de la Casamance (Ppdc), des vallées ont été aménagées au niveau du département de Bignona. La vallée de Bougolor à Diégoune  que nous avons visitée en fait partie. La réhabilitation de la vallée de Diégoune, longue de 16 mille mètres avec deux ouvrages de gestion de lames d’eau avec une superficie de 70 ha et un coût de plus de 78 millions de francs Cfa, a permis de récupérer des terres perdues il y a une vingtaine d’années, de retrouver une eau douce et de voir réapparaître des espèces animales et végétales qui avaient disparu depuis belle lurette. Ce qui fait dire à l’édile de Diégoune que «c’est tout l’espoir perdu il y a trois ans du fait de l’invasion saline au niveau des marigots qui renaît à nouveau avec la réhabilitation de cette digue».

La réhabilitation du barrage d’Affiniam, une exigence vitale
En considération de toutes ces réalités, la réhabilitation du barrage ponctuée par une matérialisation poussée des aménagements secondaires se pose comme une nécessité, une urgence pour une mise en valeur des terres. De l’avis de Bilaly Keïta et de Alexandre Coly, expert en développement, cette mise en valeur doit nécessairement passer par la mise en place d’un programme de maîtrise des eaux au niveau de ces terres protégées en s’appuyant sur un schéma d’aménagement hydraulique constitué de digues, diguettes et autres ouvrages de répartition et régulation des plans d’eau, d’un programme de gestion des eaux en vue d’absorber le déficit hydrique en amont de la vallée, d’accélérer le dessalement des terres envahies par le sel, d’assurer un partage équilibré des eaux à l’intérieur de la vallée, d’un programme de mise en valeur agricole des terres, l’équipement en matériels agricoles, etc.
A ces mesures devrait être associé un programme de développement de la pisciculture, de la pénéiculture, de la pêche, de l’élevage et de la foresterie. Sur le plan environnemental, ces mesures permettront la restauration des sols, de la flore et de la faune, mais également la recharge des nappes phréatiques assurant du même coup la protection de nombreux puits domestiques contre la salinisation et favorisant la régénération de la palmeraie qui borde la vallée. Et pour la matérialisation d’un tel dessein, l’ex-coordonnateur du Paderca, Kader Coly, prône une synergie des forces dans le cadre de la gestion, de la maîtrise et de la coordination de tous les projets intervenants au niveau de la vallée de Bignona pour atteindre les objectifs assignés à cet ouvrage. «Les études d’aménagement existent bel et bien, seulement il faut une bonne maîtrise des données qui sont disparates, car il reste beaucoup à faire et les choses n’avancent pas tellement», argue-t-il.
Toutefois, l’exigence de la réhabilitation du barrage d’Affiniam est en phase de devenir réalité avec l’accord déjà trouvé entre les autorités étatiques sénégalaises et la partie chinoise dont cinq experts s’étaient rendus sur le site le 15 juillet 2017. Une visite sanctionnée par la signature d’un procès-verbal le 26 juillet 2017 au siège du ministère de l’Agriculture et de l’équipement rural entre le conseiller économique de l’ambassade de Chine et le secrétaire général dudit ministère. Dans ce document consignant les modalités pratiques de mise en œuvre rapide du projet, la partie sénégalaise a insisté sur l’impératif pour la partie chinoise de réaliser des aménagements hydro-agricoles des bas-fonds de la vallée de Bignona. Un volet qui entre dans le cadre de la mise en œuvre du Programme national d’autosuffisance en riz (Panar).

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