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Le 52ème Buur Saloum porte le nom de Guédel Mbodj. Il a été intronisé samedi passé à Kahone comme le veut la tradition. Il remplace Mbaye Badiane décédé en janvier dernier. Son règne, espère-t-il, sera celui de la paix, de la chance et de la prospérité. Récit d’une cérémonie traditionnelle marquée par la solennité.

Guédel Mbodj, 52ème Buur Saloum, a été intronisé samedi dernier sur la place publique de Kahone, une localité située à 7 km de Kaolack sur la route de Tambacounda. Il sonnait 11h 47 quand le nouveau Buur Saloum tout de blanc vêtu sort d’une maison jouxtant la place pu­blique. Il est accompagné du collège électoral, composé des 5 chefs de province du royaume que sont : Buur Gandiaye Beuleul Ndoukumane Souley­mane NDao, Buur Diony Doudou Fara Mbodj, Boumi Kadjemor Djim Ndiaye et le Jaaraf du Saloum Fodé Hya­cinthe Ndour. Ils sont reconnaissables par le manteau rouge qu’ils portent. Derrière eux, une armée de batteurs de tam-tam, tout de blanc vêtu avec des bonnets rouges, apporte une dose supplémentaire de solennité à cette cérémonie. Pendant ce temps, des applaudissements nourris émanent des 4 tentes installées sur la place publique. L’élu avance d’un pas pesant, le regard sérieux. Il fera le tour des tentes pour saluer et rassurer ses futurs sujets avant de s’asseoir au milieu de la place publique. A cet instant, il n’est pas encore le «roi» du Saloum.
La cérémonie d’intronisation commence. Une fois au milieu de la place publique, Guédel Mdodj fait mine de s’asseoir 7 fois. A l’issue de cet exercice, il est officiellement déclaré par le collège électoral 52ème Buur Saloum. Le remplacement de Mbaye Ba­diane, décédé en janvier dernier, devient effectif. Le Saloum a son nouveau Buur. Assis sur un siège, le nouveau roi reçoit un voile blanc sur sa tête. Le Jaaraf de Saloum, Fodé Hyacinthe Ndour, qui avait assuré pendant 3 mois l’intérim après le décès du 51ème Buur Saloum, lui demande : «Buur Saloum, qui êtes-vous ?» Réponse : «Je suis le Buur Saloum.» L’échange se poursuit devant le public attentif : «Comment allez-vous régner ?». «Mon règne sera celui de la paix, de la chance et de la prospérité», répond le nouveau roi. «Quel sera ton hymne ?». «La politesse est gage de réussite», dit-il à trois reprises, ajoutant enfin «Plus tu gagnes en expérience plus tu t’en aperçois.» Après cet échange, Guédel Mbodj est couvert d’un manteau rouge et d’un bonnet noir. Puis, il reçoit à tour de rôle les membres du collège électoral venus prêter allégeance.

Prières et accueil public
Avec sa cour, le 52ème Buur Saloum se retire à Gouille Ndiouli. Il y va pour prier et implorer les esprits afin qu’ils fassent de son règne une réussite. Pendant ce temps, la diva Maty Diobane fait patienter la foule avec des envolées lyriques. Jeunes et vieillards se relaient sur cette place publique pour danser. Et quand Guédel Mbodj revient de Gouille Ndiouli, il est accueilli par un tonnerre d’applaudissements. Des griots qui lui rappellent sa lignée et lui chantent des louanges. Son visage resplendit. Le Buur Saloum brave la canicule, parcourant la place publique pour saluer ses sujets qui défilent famille par famille pour serrer la main du nouveau Buur Saloum. Il faut rappeler que Guédel Mbodj a conservé le nom de son grand-père et homonyme qui a régné sur le Saloum pendant plus de 49 ans.

Réactions… Réactions… Réactions…

Babacar Mbodj, Buur Gandiaye : «Le règne du Buur Saloum est à vie, mais…»
«Buur Gandiaye Beuleul Ndoukumane Souleymane NDao, Buur Diony Doudou Fara Mbodj, Boumi Kadjemor Djim Ndiaye et le Jaaraf du Saloum Fodé Hyacinthe Ndour, ce sont les membres du collège électoral qui l’ont élu avec l’aval des habitants de Saloum. On a respecté la tradition. Après le décès du précédent Buur en janvier dernier, le Jaaraf du Saloum a assuré le règne pendant 3 mois. Après, il a convoqué les chefs de province que je viens de citer, les seuls habilités à élire le Buur, les membres de la Cour qu’on appelle Bissic et Khanlandou, le chargé de la communication. Après avoir vérifié sa lignée, on s’est rendu compte que Guédel Mbodj est éligible. Il faut noter que le règne est à vie, mais si l’on constate qu’il n’est plus capable de continuer sa mission, on déclenche le processus appelé «djinn» à l’issue duquel le Buur est destitué.»
    
Ndèye Touré, secrétaire à la Cour d’appel de Kaolack : «Je suis convaincue qu’il fera revivre notre culture»
«C’est vraiment émouvant de voir cette cérémonie. Nos valeurs culturelles ont été exposées aujourd’hui. Je ne trouve même pas les mots pour m’exprimer tant la cérémonie est émouvante, j’ai les larmes aux yeux. Je suis très contente que Guédel soit le Buur Saloum. Je suis submergée par l’émotion. On attend de son règne la paix et le bonheur. Le connaissant, je sais qu’il est un homme pacifique et aime sa patrie. Je suis convaincue qu’il fera revivre notre culture. Guédel peut être Buur Sine et Saloum, car il est issu des 2 familles royales de la région. On peut dire qu’on lui a restitué ce qu’on lui doit. Seule la vérité triomphera et c’est ce qui s’est passé aujourd’hui. Ré­clamer le titre de Buur Saloum n’a pas de sens, il faut que les populations vous désignent comme tel et c’est le cas pour Guédel Mbodj. Il ne l’a pas réclamé, on l’a plutôt choisi.»

Mody Mar, élève en classe de seconde au lycée de Kahone :
«On ne sait pas qui est légitime entre Guédel Mbodj et Thierno Ndao»
«C’est une belle cérémonie. Seulement, je n’arrive pas en tant qu’élève à comprendre cette histoire de deux Buur Saloum. On entend souvent dire qu’il y a deux Buur Saloum, mais on ne sait pas qui est légitime entre Guédel Mbodj et Thierno Ndao. Sur le plan culturel, cette cérémonie est extraordinaire parce que je n’ai jamais vu une intronisation d’un Buur Saloum. J’attends que le nouveau Buur Saloum fasse revivre la culture. Il y avait dans le passé un bouillonnement culturel à Kahone, mais depuis un certain temps, on ne sent plus rien. Je veux que le Buur Saloum fasse en sorte que ça revienne».
mgaye@lequotidien.sn

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