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C’est l’Appel de Seydina Limamou Laye. La vaste enceinte de Diamalaye ne pouvait contenir hier la marée de fidèles layènes dans l’élégance de la couleur blanchâtre de leurs habits, venus répondre à l’Appel du «Mahdi» dans le cadre de la 137ème édition de de l’Appel. Il est 11h et le soleil darde ses rayons sur le sable fin du saint lieu. C’était ici en 1883 que le père de Seydina Issa Laye avait lancé cette prophétie : «Adjibo dahiya laye ya marsaralins waldjini ini raasouloulahi ileykoum» («Venez à l’appel de Dieu vous, hommes et djinns, je suis l’envoyé de Dieu. L’arabe blanc (Mahomed) s’est noirci.») De­vant le mausolée du guide des Layènes, il faut répandre ses connaissances. En clair, pas de langue de bois. Imam et petit-fils de Baye Laye, Mamadou Ma­khtar applique à la lettre les recommandations de son grand-père. Dans son viseur, les hommes politiques. «La violence verbale est constante dans l’arène politique. On n’a pas besoin d’être un politicien pour le constater. Au Sénégal, tout est politisé. Aujourd’hui, même les funérailles sont politisées. Les politiciens s’invectivent à longueur de journée. Au nom de quoi ? On a connu deux alternances démocratiques et pacifiques. La compétition peut se faire dans la civilité et non par un débat de bas étage. Les politiciens cherchent à se faire du mal mutuellement et se retrouvent dans les baptêmes, les obsèques, les mosquées comme si de rien n‘était», assène-t-il juste à côté de son frère, porte-parole de Layène, Mamadou Lamine Laye. D’après le marabout, «l’hypocrisie est devenue monnaie courante dans le champ politique et des politiciens sont devenus des experts de la démagogie».

«Les postes de responsabilité sont réservés…»
En outre, l’imam constate que «les Sénégalais sont fatigués» dans la prise en charge de leurs préoccupations. Mamadou Ma­kh­tar Laye illustre son constat par la situation des hôpitaux publics. Il crache ses vérités : «Les hôpitaux publics sont devenus une catastrophe au Sénégal. Les malades et leurs proches vivent la croix et la bannière dans les établissements sanitaires. C’est un problème. On doit y remédier. Nos malades sentent l’odeur de la mort dans les hôpitaux. Ils vivent le désarroi. Assurer les trois repas du quotidien est devenu un luxe. Au même moment, des gens tentent d’en assurer un et se débrouil­lent pour le reste.» Il déplore également la «politisation à outrance» de certains postes de responsabilité. «Les jeunes ne travaillent plus. Le chômage est un problème mondial. Mais dans notre pays, il atteint des proportions inquiétantes. Des groupes accaparent des postes de responsabilité. Ils sont réservés aux militants des politiques, aux membres d’une famille x, aux fidèles de serigne x… C’est une injustice sociale. On dit : ‘’Il est du parti, on va l’aider à avoir ce poste’’. La compétence n’est plus un critère déterminant, la bonne conduite aussi. C’est une catastrophe.»
Enfin, le marabout a aussi regretté l’«indiscipline» des chauffeurs. «Nous interpellons les chauffeurs de taxi et de ‘’Ndiaga Ndiaye’’ qui excellent dans l’indiscipline. Le manque de discipline et le non-respect des codes sont une forme de violence qui prend de l’ampleur dans ce pays. On doit y apporter des solutions.»
bgdiop@lequotidien.sn

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