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Créé depuis mars 2016, Teranga capital est un fonds d’investissement qui a accordé des financements à des Petites et moyennes entreprises (Pme) installées à Dakar. Délices Lysa, Cogelec energy et Oui carry ont reçu hier la visite du Conseil d’administration du Fonds souverain d’investissement stratégique (Fonsis).

C’est dans une maison nichée au cœur du quartier résidentiel de Sacré-Cœur 3 que l’on retrouve Délices Lysa. L’entreprise occupe tous les recoins de la maison de la famille Sagbo. Normal, elle s’est transmise de la mère à la fille. Tout est parti du commerce d’arachide de Lydie la mère. En 1977, elle vend toutes sortes de produits à base d’arachide. Désireuse de s’agrandir, elle propose ses produits aux supermarchés dakarois qui trouvent là un bon moyen d’explorer le marché de ces gourmandises à la sénégalaise. C’est ainsi que débute la société Senar, mise en place par Mme Sagbo mère. Il y a deux ans, après avoir occupé de hautes responsabilités dans le monde de la finance en Europe, la fille Sylvie rentre au bercail pour reprendre en main la société familiale. Forte de son expérience, elle donne une nouvelle orientation à l’entreprise en investissant de nouveaux marchés, en soignant le design des produits. C’est alors que le Fonds d’investissement Teranga capital approche la petite entreprise. Le partenariat scellé permet aujourd’hui à la petite entreprise familiale de se développer, explique Sylvie à l’issue d’une visite du Conseil d’administration du Fonds souverain d’investissement stratégique (Fonsis).
Avec le financement de 127 millions de francs Cfa reçu, les Délices Lysa envisagent désormais de construire une usine à Keur Ndiaye Lô. Pour l’heure, le four installé sur le toit de la maison tourne à plein régime pour transformer les arachides en «thiaff». Le process mis au point par la famille Sagbo privilégie une approche très artisanale. Dans le four, pas de braise, mais des pierres réfractaires. A côté, dans une pièce, des arachides bouillonnent dans de grosses marmites pour préparer des arachides sucrées de différentes variétés. Pendant ce temps, une autre dame est occupée à trier et enlever les pellicules avant de mettre les arachides en bouteille. Dans l’arrière-cour de la maison, une ensacheuse permet d’empaqueter noix de cajou et pop-corn. Selon Me Nafissatou Diop, présidente du Conseil d’administration du Fonds souverain d’investissement stratégique du Sénégal (Fonsis), «ce fonds permet à ces sociétés d’améliorer leur trésorerie, leur gouvernance et d’embaucher de nouveaux employés».
En effet, Abdoul Wahab Kane est le fondateur de la société Cogelec energy. L’entreprise installée à la Médina a reçu 185 millions de francs Cfa de Teranga capital. «Le financement a permis d’acquérir des équipements, mais surtout de formaliser l’entreprise sur le plan juridique et financier», explique M. Kane. De 20 employés informels, la société en compte désormais plus de 45, dont une dizaine de permanents. Tout comme Sylvie Sagbo, M. Kane a vécu en Europe pendant 15 ans avant d’abandonner une carrière prometteuse pour rentrer au pays. «Je suis revenu pour faire quelque chose de très précis, résoudre le problème de l’accès à l’énergie. Après 15 ans d’expérience à l’étranger, je n’avais peut-être pas les moyens, mais je savais exactement ce que je voulais faire. Ce qui restait, c’était comment définir le cadre juridique et trouver les financements», dit-il.

Des financements de 50 à 300 millions
Avec Teranga capital, la société surmonte ainsi un énorme handicap auquel se heurtent plusieurs Petites et moyennes entreprises au Sénégal : Trop petite pour remplir les conditions de financement des banques, mais trop grande pour se tourner vers le microcrédit. «Le fonds a comblé un gap», souligne M. Kane qui, sourire aux lèvres, avoue avoir doublé son chiffre d’affaires durant l’année 2017. Ce sont les mêmes problèmes qui ont conduit la société de e-commerce Oui carry dans le giron de Teranga capital. Selon Oumar Yam, un des fondateurs de l’entreprise, le financement de 200 millions obtenu a déjà permis le recrutement de nouvelles compétences, mais aussi de mettre à niveau le plateau logistique et lancer un service export. «Lorsqu’une Pme double son chiffre d’affaires d’une année à une autre, il lui est difficile d’aller présenter son bilan de l’année précédente pour lever des ressources. C’est dans ce cadre que nous avons mis en place cet instrument Teranga capital avec nos amis co-investisseurs qui sont Askia, Sonatel et d’autres investisseurs sénégalais pour avoir un fonds d’un total de 4 milliards de francs Cfa dans lequel le Fonsis a pris une participation d’un peu plus d’un milliard, permettant ainsi à ces Pme d’investir dans ces entreprises pour des tickets allant de 50 à 300 millions», explique le directeur du Fonsis, Ibrahima Kane.

5 nouvelles Pme en 2018
Comment accéder à ce fonds ? Olivier Furdelle, directeur de Teranga capital, explique que trois critères sont examinés en premier. «Il s’agit du potentiel du secteur d’activités de l’entreprise. Si l’on prend l’exemple des entreprises qu’on a visitées aujourd’hui, le commerce électronique, les énergies renouvelables, la valorisation des produits locaux, ce sont des secteurs à gros potentiels. Le deuxième élément, c’est de voir comment l’entreprise est positionnée par rapport à ses concurrents, comment peut-elle faire la différence ? Et il s’agit de questions fortement liées au caractère des promoteurs et nous ciblons ceux qui ont déjà démarré leurs entreprises, qui ont su prendre des risques. Et le troisième, c’est que nous sommes là pour développer des entreprises certes, mais aussi contribuer à la génération d’impacts positifs sociaux, économiques et ou environnementaux», explique M. Furdelle. Teranga capital, qui est une société de capital-risque, a un fonctionnement différent de celui des banques. «La manière dont nous appuyons les entreprises, c’est que nous leur amenons du capital, mais à la différence des banques, nous ne demandons pas de garanties. Nous ne faisons pas de prêts qui demandent garanties et remboursements, mais nous intervenons en tant que co-actionnaires. Nous prenons une part de capital, le promoteur reste toujours majoritaire parce que nous ne voulons pas nous immiscer dans la gestion quotidienne», explique M. Furdelle.
La dynamique entamée va se poursuivre, souligne le directeur du Fonsis. En 2018, environ 5 entreprises vont bénéficier de l’appui de Teranga capital dont la cible reste ces entreprises trop grandes pour la microfinance, mais trop petites ou trop jeunes pours aller vers les banques.
mamewoury@lequotidien.sn

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