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Si dans pays développés, ils sont les principaux animateurs des marchés financiers, en Afrique, les assureurs butent sur des barrières et entraves de toutes sortes. Le président de la Fédération des sociétés africaines d’assurance (Fanaf), M. Adama Ndiaye, propose la tenue de conseils présidentiels spécialement dédiés au secteur de la banque et des assurances pour tenter de lever les obstacles à une plus grande participation de ces entités au financement des investissements des Etats.

Les assureurs disposent de fonds importants et dans tous les pays du monde, ils sont les grands animateurs des marchés financiers. A la Bourse de Paris par exemple, 20% des titres échangés leur appartiennent. Dans les pays d’Afrique, le dernier rapport de la Conférence internationale des marchés d’assurance (Cima) pour l’exercice 2016 montre que ces sociétés d’assurance ont placé près de 2000 milliards de francs Cfa dans les économies des pays membres de la zone franc. Selon le président de la Fédération des sociétés africaines d’assurance (Fanaf), M. Adama Ndiaye, seuls 15% de ces ressources, soit près de 300 milliards de francs Cfa sont allés dans des obligations. Ce taux est encore faible, estime l’assureur qui participait hier à un panel sur «Investissements de long terme : challenges et opportunités des investissements dans les marchés africains». Un panel organisé dans le cadre du 6e atelier annuel de l’Initiative des marchés financiers (Afmi) de la Banque africaine de développement (Bad) qui se tient a Dakar depuis hier et qui porte sur le développement des marchés obligataires.
«L’épargne augmente de 12% par an depuis 10 ans, mais le marché est corseté par des barrières et entraves de toutes sortes», constate M. Ndiaye. En premier lieu, il souligne que les Etats peinent à respecter leurs engagements. «Il y a encore des pays qui à l’échéance de la dette ont du mal à rembourser et qui retitrisent la dette», constate le paneliste. Il poursuit en soulignant aussi, que dans nos pays, il subsiste énormément de difficultés à la fois pour aller à la Bourse et pour répondre aux obligations des Etats. «Si l’Etat du Burkina Faso ou du Cameroun lance une émission obligataire, elle l’adosse à des incitations fiscales. Sauf que si un Sénégalais veut investir au Burkina Faso, il ne bénéficie pas de ces incitations. Ce qui fait que si l’opérateur burkinabais gagne 6% d’intérêts et moi sénégalais, je devrais payer une Taxe sur la valeur ajoutée (Tva) qui réduit de 16 à 18% de rendement net», insiste l’expert. Il indique également, que la situation se complique davantage quand il s’agit de passer d’une zone économique à une autre. «C’est beaucoup plus compliqué quand on passe de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) à la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) qui regroupe les pays de l’Afrique centrale. Il n’y a pas de mobilité dans le contrôle des changes et on est obligé de passer par l’euro. Et ce transfert est soumis à une règlementation extrêmement contraignante. Le retour des fonds donne également lieu à une fiscalité qui n’est pas incitative. Quand on va aussi vers le Nigeria, le Ghana ou le Maroc, on doit aussi gérer un problème de risque de change en plus du contrôle des changes et des autorisations», explique M. Ndiaye. D’autres barrières sont également de mise quand les assureurs placent de l’argent en dehors de leur zone. «Dans notre couverture, même si nous avons cet argent, on nous dira vous êtes en violation et vous devrez aller chercher dans vos fonds propres de quoi respecter le ratio prudentiel», dit-il.
Des barrières au financement du secteur privé
De même, quand il s’agit de financer le secteur privé, la règlementation en vigueur constitue le principal obstacle selon M. Ndiaye. «Quand nous voulons financer des operateurs du privé, nous avons des contraintes qui nous disent que vous ne pouvez pas consacrer plus de x% de vos avoirs à tel famille d’operateurs. Parmi ces familles d’operateurs, vous ne pouvez pas consacrer plus de 30% à un seul operateur et vous ne pouvez pas prendre des participations à plusieurs. Si d’aventure, cette société est une start-up qui est en phase de croissance et qui fait des pertes, on nous oblige à constituer des provisions qui sont importantes». C’est pour toutes ces raisons que l’assureur plaide en faveur d’une réflexion profonde entre les autorités et le secteur des banques et assurances. M. Ndiaye propose même la tenue d’un Conseil présidentiel spécialement dédié à ces deux secteurs. «L’Etat nous appelle à accompagner les initiatives étatiques et privés, mais de notre point de vue, ce sont des voeux pieux. Il n’y a aucune initiatives pour nous inciter à le faire», relève-t-il. En outre, il estime que les assurances doivent constamment, faire l’arbitrage entre le paiement des sinistres et les investissements. Mais le plus souvent, la balance penche du côté du paiement des sinistres.
mamewoury@lequotidien.sn

 

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