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La divulgation publique des noms d’investis sur les 47 listes qui brigueront lors des Législatives du 30 juillet 2017 les suffrages des Sénégalais a révélé et mis à nu les multiples tares, insuffisances et autres scories qui gangrènent et plombent la pratique de la démocratie au Sénégal.
Un aussi grand nombre de listes en compétition pour des mandats de députés ne peut en aucun cas signifier ou exprimer la vitalité de notre démocratie comme semblent le soutenir certains analystes ou politologues. Non et mille fois non. Soutenir cette thèse, c’est faire preuve d’hypocrisie. Et vouloir le faire croire aux Sénégalais et à la communauté internationale résulterait d’une malhonnêteté intellectuelle. Cela est simplement du sabotage. Quant à la délimitation des responsabilités, nul au Sénégal ne peut y échapper (Etat, institutions politiques, société civile, partis, intellectuels, citoyens…). La «vitrine démocratique de l’Afrique de l’Ouest» est devenue la risée de ses voisins, dévalorisée, avilie et chahutée par ses propres animateurs.
Tétanisés par la peur inexplicable de se compter afin de connaître leur poids électoral, nos politiciens se réfugient dans des coalitions qui en réalité ne le sont que de nom. Une unité d’action leur pose problème a fortiori une unité organique. Ce à quoi les syndicats d’enseignants sont arrivés par la panacée des élections de représentativité, pourquoi ne devrait-on pas l’appliquer aux partis ou coalitions de partis politiques ? Toute formation ne réussissant pas à cumuler 5% des voix de l’électorat devra quitter la scène ou se ranger, car en politique il faut se compter et se peser périodiquement. Ainsi disparaîtront progressivement les derniers d’entre eux. Comme dans tous les jeux, les derniers sont relégués en division inférieure. N’est-ce pas que la politique en est un ? C’est au Sénégal seulement que l’on trouve des partis qui n’ont jamais «compéti» sous leur propre bannière, ils font toujours de l’auto-stop électoral. Ce sont ceux-là qui nous tympanisent en clamant urbi et orbi : «C’est moi qui l’ai élu» (maa ko fal). Alors qu’ils n’en sont pour rien, car eux-mêmes ne représentant rien.
Par le fait d’un Guide éclairé, dans beaucoup de coalitions, certainement la chose la mieux partagée cette semaine est la frustration. Quoi de plus normal me direz-vous, car il y a trop de prétendants pour peu de strapontins.
Comme lors d’un face-à-face entre des lutteurs, il y a eu plus de tentatives de ruse, de chantage aussi, rien que pour diriger la liste et avoir pour sa propre formation plus de places et de bonnes positions. Ils se sont neutralisés les uns les autres. Ce n’est qu’après constat de l’impossibilité d’aller ensemble que chaque sous-groupe est parti déposer sa liste, en ce qui concerne l’opposition. Dans Mankoo wattu Senegaal, le manque de confiance mutuelle est passé par-là. L’eau, le vent, le feu, l’essence et le gaz ont voulu faire bon ménage, le mélange a été détonant.
L’histoire a bégayé une fois encore. Souvenez-vous du Benno de Niasse et celui de Tanor lors de la Présidentielle de 2012. Personne ne voulait que l’autre soit tête de liste. L’hypocrisie a triomphé une fois encore. Et surtout demain, qu’ils nous épargnent de discours rassembleurs ou d’appels à l’unité ou à l’union ; le Peuple n’y croira pas.
Cependant, il nous semble que là où cela fait le plus mal, c’est chez les coalisés de la majorité présidentielle, le Benno bokk yaakaar. Nous pouvons sans risque de nous tromper donner raison à MM. Malick Gakou, Khalifa Sall, Barthélemy Dias et beaucoup d’autres qui avaient alerté et appuyé sur la sonnette d’alarme sur les risques de voir MM. Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng saborder leurs partis respectifs en s’aliénant avec M. Macky Sall. Le pire est arrivé. Avec froideur et sans remords, ni honte, le «maquisard en chef» a lancé une Opa sur l’Afp de «M. Koufi thieupi thieupi» et le Ps «yobbaaléma».
Ce que le président de l’Apr a fait est assimilable au fameux partage de bouki l’hyène qui, dans l’imaginaire populaire sénégalais, lors du partage d’un taureau immolé, s’était accaparé de tout en usant de moult subterfuges et autres artifices (bii bouki, bii ndiour, bii samba, bii tek naa si sama lokho, bii ndieuk naa si, bii dieul naa ko). Si ce n’est de la boulimie ou de la gloutonnerie, cela y ressemble fort.
Pour n’avoir jamais participé seule à une quelconque compétition électorale (elle a jusqu’ici toujours évolué dans une coalition), l’Apr, parti à peine naissant, non encore structuré totalement, a réussi le tour de force de museler et de bâillonner des vétérans, des «caïmans» et des «dinosaures» de la scène politique tels que MM. Moustapha Niasse, Djibo Kâ, Ousmane Tanor Dieng, les «Rouges» de la Ld, du Pit, d’And-jëf et j’en passe. En effet, ces leaders de partis créés il y a plus de 20 voire 30, 40, 50 ans, pour les besoins des investitures ont donné carte blanche à Macky Sall (lui qui était à la naissance de ces formations alliées à l’école élémentaire, au collège, au lycée ou à l’université) pour le choix et la répartition des candidats à la députation. La carte blanche s’est muée en carton jaune pour certains d’entre eux et en carton rouge pour d’autres. Les poings et les pieds liés, une corde avec nœud coulant au cou, ces vieux briscards se sont «suicidés» en laissant au chef d’un autre parti décider de leur sort par la magie de la carte blanche. Résultats des courses : Apr : 115. Ps : 17. Afp : 6. Macky2012 : 3. Ld : 2. Pit : 1. Urd : 0. S’il vous plaît, ne riez surtout pas.
C’est encore et toujours la magie de la carte blanche qui a opéré. Macky Sall ne leur applique-t-il pas la fameuse théorie de Idrissa Seck en 2000 ? Il soutenait à l’époque qu’il fallait se garder de servir à une fourmi la part d’un éléphant et à un éléphant la ration d’une fourmi, car la première nommée risquera à coup sûr l’indigestion et le dernier mourra de faim. En clair, «ces vieilles peaux» ne pèsent plus lourd.
Depuis lors, ils poussent des cris d’orfraie, clament leur réprobation et hurlent leur colère comme des loups pour dénoncer «la gourmandise» du «mackysard en chef». Ils sont blessés au plus profond d’eux-mêmes, dans leur âme et dans leur chair. Et c’est bien fait pour eux ! Cela n’est que la partie visible de l’iceberg de leur dégringolade inévitable et de leur déchéance inéluctable. Le pire reste à venir dans le futur très proche, l’heure de la retraite forcée aura sonné pour sûr.
Les gémissements, les cris, les plaintes et complaintes n’y feront rien et qu’ils s’attendent au pire au lendemain de la publication des résultats qui seront issus du scrutin du 30 juillet 2017. Seront voués aux gémonies et même à la géhenne tous ceux qui auront la malchance de perdre.
Mais de grâce, lorsque viendront ce jour et ce moment, ayez le courage de pointer le doigt sur le seul responsable du mauvais casting effectué par le détenteur de la carte blanche ! Je devine déjà tout ce qui se dira. Ils ne manqueront point de faire à l’occasion de «la météo politique» pour expliquer leur échec et leur défaite. A moins d’aller consulter les  «pangols ou autres boukhaba» ! Peut-être ont-ils déjà rassuré certains et leur ont prescrit les offrandes et sacrifices à opérer.
Pendant ce temps, les Sénégalais sont harassés d’entendre et de voir ces politiciens à la petite semaine les tympaniser d’inepties et les saturer par une pléthore de listes électorales. Ils boycotteront massivement ce scrutin pour ne plus se sentir être les responsables d’une Législature plus que nulle. Et encore que le ministère de l’Intérieur et la Daf ne leur facilitent pas les choses ; la confection et la distribution des cartes nationales d’identité Cedeao tardent terriblement.
Prenons date ! Le Peuple sénégalais, politiquement mûr, debout, éveillé, mais lassé et saoulé par la politique politicienne risque de sanctionner sèchement et amèrement tous ces vendeurs d’illusions. Je n’en doute point. Rendez-vous est pris pour le 31 juillet 2017.
Modou DIOUF Responsable politique Ps  Conseiller municipal Touba-Toul    

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