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Bâtie sur les cendres de l’Iprao (Institution de prévoyance et de retraite de l’Afrique de l’Ouest) de par la loi n° 75-50 du 03 avril 1975 relative aux Institutions de prévoyance sociale, l’Ipres (Ins­titution de prévoyance retraite du Sénégal), de tous temps décriée dans sa gestion et sa manière de servir les intérêts de ses membres, n’en continue pas moins de faire des misères à ces derniers. En effet, au regard des dates de paiement des pensions de retraite 2018 contenues dans l’échéancier publié par l’institution, qui situerait la date moyenne mensuelle d’échéance au 17 de chaque mois, et du projet de bancarisation projeté de façon unilatérale, l’on ne peut manquer de s’interroger d’une part, sur son : «qui sommes-nous ?» ; question qui figure en bonne place sur son site pour définir ses missions, et d’autre part sur sa situation de trésorerie. Ces interrogations sont d’autant plus fondées que l’Ipres semble ne s’être jamais préoccupée de la qualité du service qu’elle s’est engagée à garantir à ses allocataires, en leur double qualité de membre cotisant et de client, en les installant dans une situation inconfortable du fait de l’anachronisme entre les dates de paiement des pensions et celles relatives aux factures des «3 S» qui se situeraient entre le 5 et le 10 du mois suivant leur réception. Il suffit de faire le tour des centres de paiement aux dates d’échéances pour se rendre compte du degré d’exaspération voire même de résignation des allocataires, face à cet anachronisme qui leur est imposé. Cet anachronisme qui étreint terriblement les allocataires, pour la plupart grabataires, sans soutien de leur progéniture qui peine à trouver un emploi du fait d’un chômage endémique, découle-t-il d’un autoritarisme, d’un égocentrisme de ses dirigeants ou d’une tension de trésorerie ? Tout semble indiquer la seconde hypothèse au regard du contenu des différents rapports soumis aux  participants à la conférence sociale des 20 et 21 avril 2017 qui faisait déjà ressortir «une situation financière désastreuse de l’Institution qui arriverait à peine à couvrir ses charges d’allocation et à assurer son équilibre financier». Ce constat effroyable, comme l’atteste le choix du thème de cette conférence sociale : «la réforme de la retraite, vers des régimes fiables et inclusifs», en était déjà annonciateur et remet au grand jour la soif d’audit de cette institution tant réclamé par les allocataires.
Cet audit de l’institution que ses membres participants n’ont jamais cessé de réclamer, du fait de cet illogisme entre son riche patrimoine et la modicité des pensions qu’elle continue de distribuer. Cet audit s’impose avec acuité car son intérêt est d’orienter le management vers une évaluation correcte du patrimoine de l’Institution et de ses capacités financières réelles, aux fins d’une revalorisation des pensions de retraite et de leur paiement à bonne date. Inscrit en bonne place, le quatrième point de l’ordre du jour de cette conférence : «cette feuille de route a comme perspective de définir un agenda de réformes, pour améliorer les conditions de vie des retraités du secteur public et privé, d’assurer la viabilité financière de nos régimes de retraite et d’étendre nos systèmes et nos régimes de retraite aux travailleurs non pris en charge par le système», en dit long sur cette nécessité d’auditer cette institution, d’autant plus qu’il est fait mention dans les conclusions de la conférence, d’une dégradation continue du ratio cotisant /retraité (11actifs pour 1 retraité en 2005 contre 5 actifs pour 1 retraité aujourd’hui).
Sous ce rapport, l’Etat qui a en charge la tutelle technique et financière, plus que les organisations patronales et syndicales qui ont perdu depuis longtemps la confiance de leurs mandants, a triplement intérêt à ce que cet audit se réalise : Premièrement, soulager les retraités (citoyens sénégalais à part entière) qui croulent sous le poids des dépenses familiales quotidiennes et vivent sous la hantise permanente des factures des 3«S», qu’ils ont fait savoir à travers leur marche, chose inédite dans un pays ; Deuxièmement, atténuer le poids de la pression du chômage des jeunes qui pèse sur lui (Etat), en permettant aux citoyens retraités de continuer à prendre en charge correctement leurs progénitures qui continuent de vivre sous leur coupe et qui ont des besoins à satisfaire ; Troisièmement, éviter de cristalliser le mécontentement des retraites sur sa personne qui en a déjà trop avec la grogne sociale qui sévit au niveau de tous les secteurs d’activités du pays.
En attendant la réalisation de cet audit, il revient aux dirigeants de l’Ipres et aux membres de son Conseil d’administration, de faire preuve de générosité et d’empathie envers ces retraités qui ont sué sang et eau pour créer et entretenir cet outil. Un outil qui, de surcroît, leur garantit un standing de vie sans commune mesure avec celui des retraités qui ne demandent que de quoi leur permettre de vivre le plus longtemps possible. Ce n’est pas trop demander que d’inviter la Direction de l’Ipres à revenir sur l’échéancier de paiement des pensions, pour le caler aux dates de règlement des factures d’eau, d’électricité, de téléphone et de scolarité à savoir le 5 de chaque mois. Quant à la décision, unilatérale, de bancariser tous les paiements de plus de cent mille francs, l’Ipres devra veiller de façon claire et permanente à ce que les charges financières (agios) y afférentes soient supportées par elle-même.
Quid des réformes annoncées en prélude à cette conférence sociale de 2017 (pension minimale et revalorisation de celle-ci). Aussi, il est grand temps pour les dirigeants et membres des conseils d’administration de toutes ces institutions sociales qui n’existent que par la volonté des travailleurs, à la sueur de leur front, de comprendre que celles-ci ne peuvent plus être gouvernées comme auparavant ; ce qui suppose qu’elles soient gérées de manière rigoureuse et transparente. Que les principes démocratiques qui doivent prévaloir au niveau du fonctionnement de ces institutions soient respectés par une association des membres participants aux prises de décisions (réformes, acquisition de biens, etc..). C’est à ce prix et en considération des pesanteurs sociales qui dégradent l’espérance de vie des travailleurs, de surcroît retraités, que les institutions sociales doivent faire leur mue.
Mamadou FAYE Retraité Hamo Grand-Yoff

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