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Peu sont ceux qui pouvaient imaginer Jammeh partir sans un dernier baroud d’honneur. Sa sortie pousse à pardonner beaucoup de ses excès. Même si tôt ou tard, des comptes devront être réglés.

Le pouvoir qui vient de prendre fin à Banjul ce vendredi 2 décembre a été de ceux dont beaucoup de gens se demandaient, en Afrique et dans le monde, s’ils en verraient la fin de leur vivant. C’est que, arrivé au pouvoir en juillet 1994, l’alors Lieutenant Yaya Jammeh, a su louvoyer habilement à travers les obstacles, pour éliminer tous ses adversaires, et s’accrocher au pouvoir.
Il a pris le pouvoir sans effusion de sang, le vieillard Dawda Kairaba Jawara qu’il venait de renverser, ayant eu la bonne idée de disparaître avant l’arrivée de son tombeur au palais, Yahya jalonnera son règne de beaucoup de sang. D’abord par celui de ses compagnons de la première heure, qu’il va assassiner sans états d’âme, pour régner sans partage.
Pour se représenter sans discontinuer au pouvoir, il se départit de son uniforme de militaire, mais garde néanmoins la haute main sur l’Armée gambienne, véritable pilier de son pouvoir répressif. Dans l’idée de bien embrigader ses compatriotes, il s’érige en médecin, guérisseur, guide religieux et chef militaire, entre autres. Il affirme guérir le Sida, ainsi que plusieurs autres maladies. Gare au malade déclaré guéri, et qui n’afficherait pas tous les signes de bonne santé !
Ayant jeté aux orties son uniforme militaire, il n’apparaît plus qu’habillé d’un lourd boubou tout blanc, et avec une canne et un exemplaire du coran, ou un chapelet, à la main. Bien entendu, les mauvais esprits qui pourraient s’aventurer à tourner en ridicule cet accoutrement, seront châtiés à la hauteur de leur crime !
Assis sur la terreur à l’intérieur du pays, Jammeh était protégé à l’extérieur par les principes de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain, affichés par les différentes dictatures africaines.
Conséquence, les Gambiens auraient beau gémir, personne ne viendrait à leur secours de l’extérieur. Il a fallu que le peuple gambien prenne de lui-même sa cause en mains. Car la répression a été plus que sanglante. Les intimidations, innombrables. On ne compte plus le nombre de Gambiens qui ont fini par quitter leur pays, pour trouver la paix loin de Jammeh. Journalistes, intellectuels et autres personnes instruites, ont été particulièrement visés par les services de sécurité du pouvoir. Les disparitions et les morts mystérieuses aussi, ont rempli une longue liste. Pour un Deyda Hydara dont la mort reste mystérieuse à ce jour, combien d’autres victimes anonymes Yahya Jammeh a créées ? Tout cela, pour s’éterniser au pouvoir.
Yahya Jammeh avait fait comprendre qu’il n’avait pas l’intention de céder le pouvoir de sitôt, assurant que Dieu lui donnera la force de diriger la Gambie «pendant au moins 1000 ans !» Heureusement pour le peuple gambien, que l’avenir n’appartient qu’à Dieu. Qu’est-ce qui l’a convaincu de céder le pouvoir sans effusion de sang ? Certainement pas une brusque montée de sentiment démocratique. Dans le secret de ses appartements, il a dû faire une analyse sans concession de la situation et s’est rendu compte que les tendances n’étaient pas en sa faveur. Mais aujourd’hui, l’important est qu’il parte sans avoir transformé son pays en champ de bataille.
mgueye@lequotidien.sn

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