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C’est comme si l’on venait de démonter la Tour Eiffel… Jean Miot est mort et tout le paysage s’en trouve changé.
Je laisse à d’autres le soin de rappeler ce que fut son parcours, sa longue histoire d’amour avec la presse, avec l’écrit, avec les mots, lui qui -jamais à court d’humour- chassait d’un revers de main les maux rencontrés par la presse pour affirmer que «l’écrit aurait toujours le dernier mot» !
De la presse de son Berry natal où il attrapa le virus du journalisme, à l’adolescence jusqu’à la présidence de l’Afp, sa plus grande fidélité fut pour le groupe Hersant. Pendant plus de trente ans, il y occupa différents postes, de celui de localier à la direction du Figaro en passant par des responsabilités en province et aux Antilles…
Ayant eu l’immense bonheur d’être son ami pendant très exactement 50 ans, et aussi l’honneur de lui succéder à la présidence de l’Union de la Presse Franco­phone-France lorsqu’il fut atteint par la maladie, c’est de Jean Miot intime dont je veux risquer le portrait, cet homme de réseaux qui collectionnait les présidences comme d’autres les coupe-cigares et qui souriait malicieusement chaque fois que qu’il s’entendait appeler «Monsieur les présidents !».
Je l’entends encore, au cours d’un repas au cœur du Berry, me raconter comment, enfant, il accompagnait son père accordeur de pianos, de demeure en demeure, chaque jeudi. Et aussi me commenter ses premières piges à l’âge de 16 ans dans les journaux locaux de son canton, à travers les villages qu’il parcourait à vélo. C’est bien de ces années-là, qu’il n’avait jamais oubliées, qu’il tirait cette force tranquille, cette sagesse, cette humanité, ce sens de l’amitié.
Lui l’ami des bistrots gourmands, l’amateur de vins robustes et de bons cigares n’était jamais aussi heureux qu’au milieu de ses copains de ripailles. On disait de lui qu’il était l’un des derniers barons de la presse, et il s’en amusait franchement en se faisant nouer par la serveuse du restaurant une serviette autour du cou pour ne pas tâcher son nœud papillon !
En créant le «prix de l’humour politique», il avait montré toute la distance qu’un journaliste doit prendre vis-à-vis de la politique partisane.
Comme beaucoup sans doute, je vais devoir m’habituer à la vie sans lui. Il était pour moi beaucoup plus qu’un ami. C’était une référence, un guide, un compagnon de route dans les bons comme dans les mauvais moments. Après une année de souffrances à l’hôpital, c’est dans sa région natale qu’il s’en était retourné pour tirer sa révérence. C’est là-bas, dans le Berry, que je l’avais rencontré la première fois et qu’il m’avait mis le pied à l’étrier pour entrer en journalisme comme d’autres entrent en religion. Et il m’avait dit, déjà au cours d‘un repas bien arrosé: «La France, c’est le Berry avec des départements autour.» C’est donc dans les terres de son enfance que Jean va reposer, et du centre géographique de la France, son souvenir va nous accompagner, et nous éclairer, encore longtemps.

Gérard BARDY
Président de l’Upf-France

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