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Le journal intime est une scène des vestiges de l’enfance. C’est un carnet sur lequel les ados couchaient leurs sentiments, leurs déceptions, passions, gardés jalousement quelque part. Dès qu’on le feuillette, il ouvre le volet de notre passé tumultueux où se juxtaposent rêves et déceptions, poèmes d’amour, relevés de notes. Le Quotidien a ouvert le carnet de certaines personnes pour partager avec vous leurs secrets.

Il est le vestige de notre adolescence, témoin de nos fantasmes, de nos joies et de nos déceptions.  Le journal intime révèle nos dépits amoureux et nos passions fugaces. Il est complexe en tout genre  et rappelle des écrits de jeunesse pas toujours reluisants. Loin de cette époque 3.0, certaines filles sauvegardent encore ces pages noircies de leurs états d’âme sous la couette pour leur rappeler leur passé.  L’écriture, c’est une évasion. N’est-ce pas dit-on souvent qu’écrire c’est partager, se confier ? C’est alléger le poids de ses peines ? Pour ces personnes, l’écriture est juste un passe-temps, un jeu, une manière de se libérer de la détresse du moment. Cette forme d’écriture ignore toute règle, cette autre écriture ne s’enlace d’aucune loi. Celle libre de tout complexe, est une écriture qui soulage, qui soigne, qui n’est pas forcement privée de fautes. Elle est juste puérile et constitue l’apanage des adolescents.
Le journal intime d’Anne Frank est l’un des plus célèbres de cette autre forme d’écriture. Placée dans un camp d’extermination juive pendant la deuxième guerre mondiale, l’adolescente de 13 ans avait trouvé le moyen de décrire au jour le jour, la persécution allemande sur les juives. Son journal découvert par son père, paraitra à titre posthume, et demeurera l’un des grands témoignages faits par un adolescent sur l’Holocauste et l’un des livres les plus lus à travers le monde. Eleanor Roosevelt, Hilary Clinton et Nelson Mandela qui ont lu ce livre, en ont fait de grands éloges en le décrivant comme l’un des plus bouleversants témoignages sur la guerre et ses impacts sur les êtres humains, un livre éveillant à la folie de l’indifférence et au terrible prix qu’elle faisait peser sur la jeunesse. Un livre dont plusieurs films et pièces de théâtre ont été inspirés.
Au Sénégal, on se demande qui n’a pas connu l’époque où les journaux intimes faisaient rage ? Qui ne souvient pas de l’époque où tenir un journal intime était vraiment en vogue ? On retrouve cette jeune fille qui avait hâte de se poser sur son lit, chaque soir, pour écrire quelques lignes. Des lignes retraçant les moments forts de sa journée ou bien le grand béguin qu’elle éprouvait pour un mec.  Qui n’a pas tenu ce petit livre pour compter et conter ses grandes mésaventures, ses petites expériences avec Dou­dou, ses petits secrets. Une vraie histoire d’adolescents, qui tend à être rangée aux oubliettes. Aujourd’hui c’est presque rare de trouver une personne avec un petit journal intime. A l’heure du numérique, l’envie des jeunes de s’exprimer, tient plutôt dans un blog, sur un fil facebook, ou sur Watpad. Les talents s’y dévoilent et cela revient presque à chercher une aiguille dans une botte de foin, que de trouver une personne qui écrit régulièrement dans le journal intime un de nos jours. Mais le destin nous a mis sur le chemin de trois jeunes filles, qui ont longtemps caché leurs illusions dans ce cahier à spirale.
En Europe aux Etats-Unis, le phénomène Mortified fat rage dans plusieurs villes. Il s’agit pour une poignée d’anonymes de revisiter sur scène des écrits de jeunesse pas toujours reluisants lors de ces soirées entre anonymes. Il arrive aussi que les choses finissent mal et que le journal intime se retrouve à la barre. En France, il a été au cœur  d’une bataille qui oppose depuis plusieurs années la Cour de cassation aux «juges de base». Dans un article, le journal Libération raconte une décision du Tribunal de grande instance de Caen opposant un couple dans le cadre d’une procédure de divorce. Le juge caennais, estime le journal français, aux affaires familiales, s’était retrouvé face à un document qui commençait par «aujourd’hui je suis seule» et se clôturait sur cette déclaration: «Je vivrai seule avec mes quatre enfants et pour lui que j’aime toujours.» Loin d’en conclure quoi que ce soit sur le couple, le magistrat en a tiré des principes généraux: «Toute possession ou production d’un journal intime par un tiers, fût-il le mari, constitue une violation de la vie privée au sens de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme.» C’est qu’on appelle le côte obscur d’une vie archivée sur un papier.

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