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Au 21e siècle certains imaginent mal un écrivain, un journaliste ou un créateur inquiété pour ses écrits, ses articles ou ses œuvres. Et pourtant c’est la triste réalité dans certains pays, surtout ceux d’Afrique si l’on se fie aux propos de Alioune Badara Bèye. Le président de l’Association des écrivains du Sénégal (Aes) a en effet fait savoir, lors de l’ouverture de la 26e édition de la Journée internationale de l’écrivain africain, que les écrivains du Sénégal ont beaucoup de «chance», une chance que d’autres n’ont pas ailleurs. «La création pose des problèmes. Des écrivains ont payé de leur vie en quittant la Journée internationale de l’écrivain il y a de cela quelques années. Nous ne l’avons pas oublié. D’autres ont été exécutés dans des rencontres d’écrivains. Des écrivains ont payé de leur vie parce qu’ils voulaient créer librement. D’autres en quittant Dakar ont été convoqués par la police, d’autres arrêtés, d’autres interdits de séjour.» Et la liste n’est pas exhaustive, selon M. Bèye, qui note que de nombreuses associations d’écrivains leur font part des difficultés qu’elles rencontrent dans leurs pays. «Même dans cette rencontre (Ndlr : la 26e édition de la journée de l’écrivain africain) nous avons eu des absents qui n’ont pas eu l’autorisation de leur pays pour venir à cause du thème (Ndlr : littérature, démocratie et pouvoir). Certains sont passés par des chemins détournés pour venir ici», confie-t-il.
La 26e édition de la Journée internationale de l’écrivain africain est donc justement le prétexte pour discuter de cela, interpeller les autorités et les amener à agir. «Nous avons axé notre thème sur littérature, pouvoir et démocratie parce qu’effectivement le problème de la liberté d’écrire n’est pas encore réglé en Afrique… Nous voulons effectivement échanger, attirer l’attention des autorités. Et nous comptons sur elles pour nous appuyer au niveau international, au niveau de l’Ua pour que les autres desserrent l’étau. Pour que les écrivains puissent avoir une certaine liberté», a-t-il déclaré. Ce dernier a rappelé les rapports souvent heurtés entre le pouvoir et le monde littéraire, démontrant ainsi l’urgence dans laquelle les pays africains se trouvent de faire en sorte que les cas comme celui de Deyda Aïdara (Ndlr : qui avait été exécuté après avoir tenu un discours contre le régime de Jammeh) ne se répètent plus. «On croit souvent que le fait d’écrire est une activité subversive alors que l’écrivain est un porteur d’alerte. L’idéal pour nous écrivains, c’est d’écrire partout sauf sur la tombe. C’est même dangereux pour un Etat d’avoir des écrivains qui n’écrivent plus. L’écriture est une assurance. Elle est garante de la démocratie», a-t-il soutenu. Poursuivant, il dira : «voilà le combat que nous menons. Et ce combat des écrivains a été de tout temps et de tout lieu… Nous tenons à ce que les écrivains viennent témoigner et parler de la détresse qu’ils vivent, qu’on puisse apporter des solutions», dit-il.

aly@lequotidien.sn

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