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Le Sénégal a pour habitude de ne pas déroger à la célébration le 9 juin de la Journée internationale des archives. Investissant le temps d’une matinée la Chambre de commerce de Dakar, la direction des Archives a convié le ministre-conseiller, Ismaïla Madior Fall, à retracer les strates électorales depuis l’indépendance.

Le Sénégal jouit d’une certaine précocité en matière d’élection. Dès 1848, alors territoire de la jeune seconde République française, le Sénégal choisit son réprésentant pour siéger à la Chambre parlementaire qui borde la Seine. Cette histoire est consignée par les Archives du Sénégal qui, à l’occasion de la Journée internationale des archives, ont placardé dans l’enceinte de la Chambre de commerce de Dakar les traces écrites et iconographiques des épisodes électoraux du pays : publications officielles ou coupures de presse. Le Professeur de Droit public, Ismaïla Madior Fall, s’est mué en conférencier du jour pour jeter son regard dans le rétroviseur de l’histoire électorale de la Nation sénégalaise. Pour lui, «l’étude des élections renseigne en réalité sur les caractéristiques fondamentales d’un Peuple» et par le biais des archives, il s’est lui-même placé dans cette perspective. Brossant les étapes graduelles, il souligne que la composition de l’Assemblée porteuse de la crise de décembre 1962 était le fruit d’un scrutin organisé sous la souveraineté française. Dans le même temps, cette crise, terme du régime parlementaire au Sénégal, a introduit précocément l’élection au suffrage universel direct du président de la République et cela, avant la France qui introduit ce type de scrutin seulement en 1965. C’est pour le conférencier «l’élection fondatrice qui, depuis 1963, voit le Sénégal organiser des élections présidentielles, législatives ou municipales à intervalle régulier» ; fait qui, selon lui, distingue le pays de beaucoup de ses voisins. 10 élections présidentielles et 10 élections législatives nous séparent de cette période fondatrice, des scrutins «fermés, semi-ouverts puis ouverts», d’après Ismaïla Madior Fall. Sous couvert du «parti unifié» de Lépold Sédar Senghor, le Sénégal, marqué par les violences électorales de 1963, voit les scrutins cadenassés par le pouvoir en dépit de la crise universitaire jusqu’en 1974. Le déverouillage progressif va se matérialiser en 1978 lorsque le même jour, les Sénégalais élisent leur Président, députés et maires. Mais les élections deviendront «ouvertes» seulement à partir de 1992 et l’adoption d’un Code électoral consensuel, conséquence du point de non-retour atteint en termes de violences et contestations élecorales survenues en 1988.
Cette réforme délègue notamment la légitimité en matière de validation des élections au Conseil constitutionnel au détriment de la Cour suprême. Cette évolution n’empêche pour autant pas le Sénégal de verser à nouveau dans la violence électorale l’année suivante. Néanmoins en 1998, les élections législatives inaugurent le temps des scrutins non contestés avec en prime l’alternance : élection présidentielle de 2000, remportée par l’opposition, locales de 2009 qui voit la capitale échapper pour la première fois au régime en place au Palais ou plus proche de nous l’an 2012 où le Parti démocratique sénégalais perd ce dernier et Soweto. Cette histoire et ses moindres détails sont jalousement conservés par les archivistes que cette journée a célébrés à travers les personnes de Ibrahima Sall et de Louis Dior, pionniers des archives du Sénégal indépendant, distingués d’honorabilité par le gouvernement.
bdavid@lequotidien.sn  

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