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Après moult réflexions, elle a décidé de briser le silence pour extérioriser le mal qui la ronge depuis des années. Judith Ekwalla, de nationalité Camerounaise aujourd’hui établie au Sénégal, vient de publier «Souvenirs sombres et clairs». Elle retrace sa vie teintée de cauchemars qui la hantent. Celle qui se fait appeler «Princesse du Wouri» dénonce le viol, le viol collectif, les violences conjugales, le proxénétisme dans nos sociétés. Entretien.

Quel est le thème principal de «Souvenirs sombres et clairs» ?
Le livre n’a pas qu’un seul thème, il en  renferme plusieurs dont le viol, le viol collectif, les violences conjugales, le proxénétisme et aussi l’amour. Ainsi à travers différents souvenirs de l’auteure, de différentes phases de sa vie, le livre raconte des histoires vécues par elle et autour d’elle. Montrant ainsi le parcours d’une jeune fille, de son enfance, son adolescence jusqu’à l’âge adulte,  le livre montre les dérives et les violences qui minent notre société avec un regard parfois naïf et innocent mais qui interpelle chacun à prendre conscience de notre responsabilité à lutter pour un monde juste, tolérant.

Avez-vous écrit ce livre pour dénoncer les violences faites aux femmes ou c’est pour témoigner de quelque chose de particulier ?
Je voulais  témoigner  d’abord de quelque chose de particulier en effet. Car il est toujours difficile de s’ouvrir et de parler des choses  qui  nous ont marqué au plus profond  de notre être, le livre est comme un exutoire, beaucoup de gens ont vécu  des  drames que leur entourage ignore pendant  des années et vivre avec ces «secrets» est un véritable fardeau, qui empêche de vivre en harmonie avec soi-même  et avec  ce qui nous entoure, j’avais besoin  de sortir tout ça. Dénoncer aussi ces violences car toutes ces histoires qui sont dans ce livre sont des histoires de nombreuses femmes à travers le monde, et ce qu’elles vivent passent encore  sous silence.

Julia votre héroïne est victime de plusieurs abus dans sa jeunesse. Quel message avez-vous envie de lancer aux parents dans ce récit ?
De mieux veiller sur leurs enfants, on n’est jamais trop prudent, mais il faut parler aux enfants et les sensibiliser sur ces fléaux, parfois le loup est dans la bergerie, dans nos maisons et dort sous nos toits donc nous devons tous faire plus attention aux moindres signes.

Finalement en confrontant l’héroïne à tous ces mauvais traitements, violences physiques et sexuelles, prostitution, jalousie, etc., vous voulez montrer combien il est difficile d’être une femme en Afrique aujourd’hui ?
Oui, il est difficile d’être une femme en Afrique. Et ce qui est pour ma part triste et désolant c’est que les mesures sévères ne sont pas prises contre les auteurs d’abus de violences sexuelles ou même de feminicide. Combien de femmes doivent encore mourir sous les coups de leurs partenaires pour que la considération soit portée sur ces crimes ?

Le livre est déjà disponible sur Amazon. Pourquoi pas dans les librairies ?
Il sera disponible dans les librairies après la rentrée.

C’est votre premier livre ?
C’est le premier livre et le tome 1 de «Souvenirs Sombres et Clairs», le tome 2 est en préparation.

Et pourquoi la signature Princesse du Wouri ?
Le Wouri est un département du Cameroun dans la région du Littoral et c’est aussi le nom d’un fleuve qui m’a beaucoup troublé à un moment de ma vie et je me sens liée à ces eaux. J’ai voulu marquer cette partie de moi et m’approprier mes origines.

Comment vous est venue l’envie d’écrire et surtout de publier ?
J’avais  envie de m’ouvrir  une bonne fois pour toutes,  de me soulager de ce poids qui pesait de plus en plus. Et en tant que mère  j‘ai eu à un moment donné  un sursaut  de peur pour mes enfants, ce monde qui est de plus méchant et violent, qu’est-ce qui va advenir d’eux et de la génération future ? Il est urgent qu’on sensibilise davantage afin que des mesures soient prises plus efficacement pour lutter contre le viol et les violences de toutes sortes faites aux femmes et aux enfants, c’est vraiment ça ma motivation et le combat que je veux mener.

Avez-vous un engagement féministe ?
Je ne saurais vous dire. Je suis peut-être sur cette voie, Dieu Seul sait. Un engagement féministe, c’est être dans l’action, sur le terrain et faire entendre sa voix pour faire bouger les choses sur le plan de l’égalité et des droits des femmes. Pour le moment il est important pour moi de rompre le silence et de dénoncer ces viols qui sont camouflés dans les maisons, dans les familles, à l’école et que les victimes puissent enfin avoir justice ; après on verra jusqu’où  ce combat nous mènera.

Parlez-nous de vous ? 
Je suis d’origine camerounaise née à Douala, après mon bac en Economie, j‘ai fait des études de marketing et communication puis de réalisation audiovisuelle. J’ai créé une structure qui est spécialisée dans la conception, la création et la production de supports de communication et de contenus audiovisuels. Et je fais aussi de la promotion culturelle avec la création d’une chaîne YouTube : Artplus tv Channel pour la promotion et la valorisation de l’art et la culture africaine. Je suis mariée et mère de quatre enfants.

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