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Aliou Sall, président de l’Ams.

L’actualité bouillante sur les ressources naturelles décime le clivage politique sénégalais. L’homme, tout de blanc vêtu comme dans un cérémonial canonique, la main sur le Coran, jure et gesticule. Sa peine était visiblement difficile à cacher. Sa déclaration sonne comme une victoire pour le camp en face du «frère du Président».
De tous bords, le débat fut utile. Utile pour la sève nourricière de la démocratie sénégalaise et de la gestion vertueuse des ressources d’un pays croyant, mais laïc dans la pratique de l’Etat.
La fibre croyante a résonné chez le principal accusé pour cautionner une pratique républicaine jugée normale et convenable quand l’on est accusé de mal-gouvernement ou de délits financiers dans un Etat de droit.
Cependant, la forme ne convenait pas. Elle était brute et manquait d’élégance. Une démission était suffisante. Etait-il nécessaire, conseillé voire obligatoire, devant un média, de jurer pour appuyer ses dires. Fusse-t-il pour élaguer toutes velléités.
Tout citoyen ou responsable au banc des accusés doit répondre devant la justice dans un procès juste, équitable, tout en respectant la présomption d’innocence. Le gymnase judiciaire est ouvert pour ce cas d’espèce et Monsieur Sall doit s’y conformer sans faiblesse aucune.
Pour l’honneur et la dignité, aucune raison de se victimiser. Il s’agit d’une affaire publique. Au-delà de l’épisode «petrogate» sé­né­galais, une nouvelle forme de com­munication publique s’impose.

L’affaire «petrogate», telle que relatée, n’a pas que des mauvais côtés. Comme toutes les crises, elle conduit à réfléchir.
La bonne gouvernance des ressources naturelles est un principe vital, qui oriente une Nation vers des finalités correspondant globalement à son bien et qui, en même temps, par le mouvement donné, apportent au corps social sa cohésion, son unité, sa paix relatives. Il en est analogiquement de même dans toute forme de société, y compris familiale.
D’un autre côté, nos fragiles Etats sont perçus comme une sorte d’entité séparée, détachée du réel, regroupant à des échelons différents, nourrissant un système tentaculaire, et en vivant, par la vampirisation du corps social.
Le Sénégal va bientôt rejoindre le club des pays africains producteurs de pétrole. La manne financière attendue ouvre de nouveaux horizons pour transformer le tissu de l’économie et sortir les «gorgorlous» des villes et des villages de la pauvreté. Toutefois, il convient d’être prudent à cet égard. En effet, si l’on en croit le rapport 2008 sur les performances des compagnies pétrolières et gazières, publié par Transparency international, 60% des personnes les plus pauvres vivent dans des pays riches en ressources, particulièrement ceux de l’Afrique.
Si le Sénégal a adopté un régime démocratique, le principe de contre-pouvoirs, garant de la responsabilité des dirigeants, n’est pas toujours respecté, car ils sont dépourvus d’institutions capables de faire contrepoids et de lutter contre la tendance autocratique des régimes politiques. Les dirigeants échappent donc souvent au contrôle des institutions démocratiques, les obligeant à inscrire leurs actions dans le long terme d’une part, et à rendre compte à leurs citoyens d’autre part. La gestion de la manne pétrolière ne fait pas exception. L’opacité dans la gestion des ressources pétrolières traduit, elle aussi, une faiblesse du contrôle institutionnel, c’est-à-dire en l’espèce, l’ensemble des règles et d’institutions qui surveillent, évaluent et sanctionnent la gestion des revenus pétroliers. Ce n’est donc un secret de polichinelle que de constater que dans la majorité des pays africains, la déclaration et la gestion démocratique des revenus pétroliers sont quasiment absentes.
Pour échapper à la malédiction des ressources pétrolières, les gouvernants et partenaires doivent promouvoir la transparence au niveau de la déclaration et de la gestion des revenus pétroliers. Cela passe par la réhabilitation d’un contrôle institutionnel efficace, incitant les dirigeants à une gestion responsable et performante de la manne pétrolière. L’amélioration de la transparence, et donc de la responsabilité des acteurs, implique que le gouvernement soit soumis au contrôle effectif du Parlement et de la société civile. La transparence passe inéluctablement par la séparation des pouvoirs et la neutralisation des mécanismes de connivence entre le monde de la politique et celui des affaires. Cela permet de réduire les opportunités de corruption et d’abus offertes aux dirigeants et aux agents de l’appareil d’Etat.
En conséquence, il est incontournable que notre cher pays, le Sénégal, entreprenne de manière urgente des réformes institutionnelles structurelles et consensuelles, allant dans le sens de la transparence, condition sinon qua non pour conjurer la malédiction pétrolière dans la mesure où elles renforcent l’esprit de responsabilité nécessaire à toute bonne gouvernance et par conséquent, favorisent le développement.
Assane NIANG
Expert en communication
institutionnelle

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