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Chérif Samba Fall, Bineta Ndiaye Diouf et Moussa Ndiaye, techniciens buccodentaires à la retraite, ont comparu devant le Tribunal correctionnel pour exercice illégal de médecine après une plainte de l’Ordre des chirurgiens-dentistes. Le Parquet a demandé de les condamner à 6 mois assortis de sursis. Le verdict sera rendu le 9 janvier prochain.

L’Ordre national des chirurgiens-dentistes veille au grain, en tenant à ce que ceux qui sont reconnus par l’Ordre ouvrent des cabinets dans le privé. Et Chérif Samba Fall, Bineta Ndiaye Diouf et Moussa Ndiaye l’ont appris à leurs dépens. Ces techniciens supérieurs d’odontologie à la retraite ont été attraits devant le Tribunal pour exercice illégal de médecine. En fait, après de bons et loyaux services dans le public, les prévenus, qui ont fait valoir leur droit à la retraite, ont ouvert des cabinets dentaires. Ce qui n’a pas échappé à la vigilance de l’Ordre. Suite à une enquête, le président de l’Ordre, Mamadou Kâ, a porté plainte contre les trois techniciens supérieurs à la retraite.
Interpellés par le juge, ils ont unanimement reconnu avoir ouvert des cabinets, mais prétendent disposer d’autorisations délivrées par le ministère de la Santé. Ils disent avoir subi une formation de techniciens supérieurs en odontologie à l’Endss. Moussa Ndiaye, propriétaire d’un cabinet dentaire aux Parcelles Assainies, unité 2, se targue d’avoir obtenu son parchemin en 1978 et d’avoir travaillé dans des hôpitaux sous la tutelle d’un chirurgien dentaire. «C’est après ma retraite que j’ai ouvert mon cabinet. Je ne fais que des soins d’infirmier et dentaires», a-t-il précisé. Alors que Chérif Samba Fall déclare ne faire que des soins dentaires, des extractions de 1er et 2e degrés. «On n’a rien avoir avec l’Ordre de chirurgiens-dentistes. D’ailleurs, lorsqu’ils ont porté plainte, l’inspecteur est venu voir nos locaux. Il m’a juste demandé de compléter mon dossier avec mon diplôme de technicien», se défend-il. Bineta Ndiaye Diouf, qui a aussi ouvert un cabinet paramédical, se défend à sa manière : «J’exerce mon travail de la même manière que je le faisais quand j’étais dans la Fonction publique. A chaque fois qu’il y a quelque chose qui dépasse mes compétences, je me réfère à un chirurgien.» Selon elle, si l’Ordre a porté plainte contre eux, «c’est par pure jalousie. Mais nous n’avons rien à nous reprocher en ce sens que nous disposons d’une autorisation d’ouvrir des cabinets».
La partie civile s’inscrit en faux contre de telles déclarations. Selon la représentante de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes, «ils n’ont pas la latitude de procéder à un acte chirurgical sans la tutelle d’un chirurgien-dentiste. S’ils ont été recrutés dans le public, c’était juste pour combler le gap de chirurgiens dentaires». Elle précise : «Ils doivent travailler sous la tutelle d’un dentiste, car nul ne peut exercer la profession s’il n’est pas chirurgien-dentiste.» Selon toujours elle, l’Ordre a utilisé toutes les procédures pour alerter l’Etat du Sénégal. «Il n’y a pas d’acharnement ou une haine parce que nous ne boxons pas dans la même catégorie», botte-t-elle en touche. Selon elle, ils peuvent exercer dans le public et non dans le privé. «Mais après avoir pris leur retraite, ils ont ouvert des cabinets paramédicaux sur les soins et plaies. Nous ne donnons aucune autorisation pour des soins paramédicaux dentaires. Et encore moins le ministère», précise-t-elle.
De l’avis de Me Iba Diagne, il y a une violation manifeste de la loi. «Les prévenus ont dit qu’ils ont obtenu une autorisation du ministère de la Santé. Et sur la matière de la dent, ils ont dit avoir fait une formation et qu’ils ont des compétences. Alors que le décret dit qu’ils n’ont aucun lien avec l’Ordre des chirurgiens-dentistes. Et ceux-ci ont dit que tout ce qui doit se faire doit être fait sous le contrôle d’un chirurgien-dentiste», a dit l’avocat de la partie civile. Estimant que la loi a été violée, «car les prévenus, même s’ils ont ouvert des cabinets, ne sont pas habilités à faire de la chirurgie dentaire. Pour ce faire, ils doivent bénéficier d’une supervision d’un titulaire. Par conséquent, l’infraction est consommée». Il a réclamé le franc symbolique. Alors que le Parquet a requis 6 mois assortis de sursis et a demandé la fermeture des cabinets. La défense a plaidé la relaxe. Pour elle, les prévenus n’ont «pas fauté. Ce n’est que de la jalousie». Ses clients seront édifiés le 9 janvier prochain.

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