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Les retrouvailles entre Me Abdoulaye Wade et le Président Macky Sall procurent un sentiment de «bonheur et fierté» à Abdou Khafor Touré. L’ancien porte-parole de la Fédération nationale des cadres libéraux plaide une amnistie pour Karim Wade et Khalifa Sall au nom de «la paix sociale, la stabilité et la cohésion nationale». Dans cet entretien, le responsable de l’Apr à Guédiawaye évoque l’actualité du Pds et de la Compagnie générale immobilière du Sahel.

Quel commentaire faites-vous de la libération de Khalifa Sall ?
Je crois que c’est une excellente initiative. Cela concourt à apaiser les cœurs, à ramener la sérénité et à rétablir la confiance. Les évènements en cours permettent de poser les germes d’un dialogue franc, constructif et inclusif qui aboutira à un approfondissement de la démocratie sénégalaise et à une accélération du rythme de développement économique et social.

Khalifa Sall et Karim Wade doivent-ils bénéficier d’une amnistie ?
Si cela permet de renforcer la paix sociale, la stabilité et la cohésion nationale, je suis totalement d’accord pour qu’à l’issue du dialogue national, les conditions d’un rétablissement de Karim et Khalifa dans leurs droits civils et politiques soient trouvées. Elles peuvent l’être par une loi d’amnistie ou par une réforme du Code pénal qui supprimerait les articles afférents aux conditions d’éligibilité.

Macky Sall devait-il se lancer dans cette direction que certains considèrent comme une chasse aux opposants ?
Je pense que nous sommes dans une nouvelle séquence de notre histoire politique qui requiert l’esprit de dépassement, le patriotisme, une commune volonté d’être au service des intérêts de nos compatriotes et relever les défis futurs. Par conséquent, il ne sert à rien de ressasser le passé. Il faut simplement que ce passé nous permette d’avancer et de consolider nos acquis démocratiques et politiques. Par la force des choses, ils sont devenus deux acteurs majeurs du jeu politique dans notre pays. Il y a eu des requêtes allant dans le sens de permettre à Karim de rentrer et à Khalifa de humer l’air de la liberté. Aujourd’hui, Khalifa est libre. Peut-être demain, Karim va rentrer. A chaque jour suffit sa peine. Apprécions le moment présent de décrispation et laissons le temps faire son œuvre ! Demain, s’il y a un consensus national sur la question, je ne vois aucun inconvénient pour une amnistie.

Le cas échéant, le régime actuel ne va-t-il pas réhabiliter des adversaires de demain ?
Non. Il s’agirait simplement de permettre à deux acteurs du jeu politique de jouer pleinement leur rôle.

Quelle lecture faites-vous des retrouvailles entre Macky Sall et Abdoulaye Wade vendredi, lors de l’inauguration de la mosquée Massalikoul Jinane ?
Je suis animé d’un sentiment de fierté et de bonheur. Nous venons de vivre un évènement important de l’histoire de notre pays. Un fait qui ferme une ère et inaugure de nouvelles perspectives. C’est heureux que ces deux hommes et grands leaders se soient réconciliés en ce jour historique d’inauguration de la mosquée Massalikoul Jinane. Nous tous qui sommes proches de Wade et du Président Macky Sall vivions mal cette guerre, un combat inutile. Malheureusement, on a perdu beaucoup de temps, d’énergie pour rien. Il est heureux que la voie de la sagesse, de la lucidité, du réalisme ait prévalu en fin de compte. Nous sommes tous de la même famille politique. Me Abdoulaye Wade est le père du Libéralisme en Afrique et Macky Sall se prévaut de cette idéologie. Par conséquent, celui qui a implanté ce Libéralisme au Sénégal et en Afrique, naturellement, doit se réjouir d’avoir un successeur libéral à la tête du Sénégal. Macky Sall est le fils politique de Me Wade. J’ai toujours œuvré pour leur réconciliation. Quand cela se concrétise, on ne peut être qu’heureux. Macky Sall a fait 19 ans de compagnonnage avec le Président Wade et des liens se sont tissés. Evidemment, des contentieux politiques ont eu lieu. Il faut oublier le passé, même s’il faut retenir les leçons de ce passé pour dégager de nouvelles perspectives. Nous qui avons accompagné les deux hommes savons que Macky et Wade se vouent un respect et une estime réciproques.

L’exil de Karim ne serait-il pas un blocage à ces retrouvailles ?
Je ne sais pas si Karim est exilé, je sais qu’il vit en ce moment à l’étranger. Mais ça ne peut pas constituer un blocage. Vous savez, l’œuvre politique de Abdoulaye Wade est gigantesque. Cela nous fait tous mal que Wade assiste à la déliquescence et à la désagrégation de son œuvre. A son âge, il est important qu’il soit au-dessus des contingences partisanes. Il est l’un des hommes politiques les plus âgés de notre pays avec le doyen Amadou Makhtar Mbow. Si on l’aime, on doit l’aider à être au-dessus de la mêlée. A partir de là, il pourra jouer un très grand rôle. Maintenant, il y a des contentieux politiques qui peuvent trouver des solutions. Si Karim est lucide et réaliste, son retour ne doit pas poser de problème. Dans le cadre de ces retrouvailles, tous ces problèmes peuvent trouver des solutions. On doit aider Wade à vivre tranquillement. Si cela passe par un retour de Karim, pourquoi pas ? Il faut que tout le monde soit réaliste avec un esprit constructif.

Est-ce que le Président Macky Sall n’est pas en train de regretter la politique de la traque des biens mal acquis ?
Ce n’est pas un regret. C’était un temps politique.

La traque était donc politique ?
Non, je vous ai dit en début d’entretien que ces combats étaient malheureux. Toutes les grandes guerres finissent autour d’une table de négociations.

Macky Sall n’a-t-il pas perdu du temps dans cette traque ?
C’est de l’histoire ancienne. Mais je crois que ces problèmes auraient pu être réglés autrement.

Vous fustigiez cette traque à l’époque…
Oui, on a perdu du temps avec cette traque. Il ne faut pas remuer le couteau dans la plaie. Depuis 2013, je dis qu’on n’avait pas besoin de cette confrontation. Des gens ont accepté ce qu’ils avaient refusé au début. Si on avait été lucide dès le départ, on n’aurait pu nous épargner ces 7 ans de combat fratricide. A l’époque, il y avait des extrémistes dans les deux camps. On n’a pas pu écouter les plus modérés.

Qu’est-ce qui différencie ces retrouvailles de celles de 2008 lorsque Serigne Bara, khalife des Mourides d’alors, avait réconcilié Wade et Macky, mais que cela n’avait pas empêché la procédure de destitution de Macky Sall à la tête de l’Assemblée nationale ?
C’est différent. Le début de la crise entre Macky Sall et Wade a démarré en 2007-2008. Après 12 ans de combat, les retrouvailles à Massalikoul Jinane constituent l’épilogue de la confrontation Wade-Macky. La confrontation a duré 12 ans et non 7. Il y a eu plusieurs épisodes. Le Président Sall a dit qu’il va respecter le ndigël du khalife.

En tant qu’ex porte-parole de la Fédération nationale des cadres libéraux, quel regard portez-vous sur la crise au Pds ?
Vous savez, je n’aime pas parler des affaires du Pds aujourd’hui parce que j’ai dit en son temps les réformes qu’il fallait pour le parti. Nous n’avons pas été écoutés. J’ai démissionné du Pds en disant clairement que je ne suis pas d’accord sur l’orientation et la perspective. J’avais indiqué que la voie empruntée était sans issue. La perspective faisant de Karim Wade le candidat du parti n’était pas sérieuse. Tout le monde savait que cette candidature n’allait jamais être acceptée. Tout ce que j’entends sur le fonctionnement du parti, nous l’avions dit. Je n’entends pas une chose nouvelle. Si je peux me permettre un conseil pour les frondeurs d’aujourd’hui, je leur rappelle juste un conseil que le Président Macky Sall nous avait donné en 2008 pour la première fois, et en 2015 une deuxième fois : «Vouloir engager un combat à l’intérieur du Pds contre Abdoulaye Wade, c’est perdre son temps.» S’ils veulent engager un combat contre Wade, ils n’ont qu’à quitter le Pds. Tant que les textes du Pds sont en l’état, Abdoulaye Wade aura un droit de vie et de mort sur les militants. C’est lui qui décide du destin et du sort des responsables et des militants. Il faut changer les articles 22 et 23 des statuts du Pds. A l’époque, les gens dont les actuels frondeurs nous insultaient.

Dans le cadre des Réformateurs, vous étiez reçu par le Président Sall. Est-ce que cela ne justifie pas ce grief porté contre vous par la direction du Pds d’«accointance avec le pouvoir» ?
C’est absolument faux de dire que nous étions en accointance avec le pouvoir. En un moment, le Président a fait appel à certains d’entre nous, pas dans un cadre groupé. Il m’a reçu moi-même. Le Président a toujours eu de bons rapports avec certains d’entre nous. Il m’a dit qu’on perd du temps dans ce combat. On n’avait pas posé le débat pour quitter le Pds à l’époque. C’est un débat de fond et de principe pour donner un avenir et une perspective au parti. Et l’histoire nous a donné raison aujourd’hui.

Est-ce que vous avez le sentiment que le Pds est désormais entre les mains de Karim Wade ?
(Rires) Le Pds est derrière moi, je ne veux plus parler des questions internes.

Quelle est l’utilité de la Compagnie générale immobilière du Sahel que vous dirigez ?
Ce n’est pas une direction nationale, c’est une société privée et anonyme. Vous le verrez à la fin de l’année lorsqu’on va démarrer nos activités commerciales.

Donc, vous n’avez pas encore démarré ?
Si, on a bien démarré. Je parle des activités commerciales. Nous sommes une société privée de droit sénégalais avec pour actionnaire unique la Caisse des dépôts et consignations. La Cdc s’inscrit dans une perspective de filialisation de certains de ses métiers. Elle est un investisseur institutionnel et l’idée est de créer cette filiale pour porter les actifs immobiliers de la Cdc. Notre objectif est aussi de contribuer à l’atteinte de la mission d’un financement du logement social et de standing qui est assignée à la Caisse. C’est un modèle unique que nous sommes en train de construire et qui n’existe pas au Sénégal. Notre domaine d’intervention est l’immobilier. Cette société deviendra dans les 5 prochaines années un acteur important de l’immobilier. Nous avons consacré notre première année à la mise en place de l’organisation. C’est une société qui sera à la fois un investisseur, un développeur et un promoteur immobilier.

Malgré tout, l’accès au logement est très cher à Dakar…
Il faut le dire : c’est très cher. C’est la première préoccupation des jeunes, des femmes et du citoyen en général. Le coût d’acquisition de logement ou d’accès à l’habitat dans notre pays, il n’y a aucune rationalité économique qui le justifie. Les instruments de l’Etat doivent concourir à baisser le coût d’accès à l’habitat et au loyer. On ne pourra réaliser cela qu’en ramenant la politique de location-vente, une politique de construction et de promotion de location-simple.

Donc, la Cgis ne fera pas partie des structures supprimées dans le cadre de la réduction du train de vie de l’Etat ?
Pas du tout. Je vous dis que nous sommes une société privée. On ne fonctionne pas avec un budget de l’Etat. J’ai été nommé par un Conseil d’administration sur proposition du président de la République. La Cgis n’est pas une société publique. Elle va générer ses produits sur la base de ses activités commerciales propres. Notre budget provient de l’activité qu’on développe. Si la Cgis ne génère pas de produits, elle va disparaître. On n’est pas comme la Sicap ou la Sn-Hlm. Ce n’est pas l’Etat qui va nous enrichir, ce sera plutôt l’inverse.

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