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L’exploitation de l’or dans les diouras pose de véritables problèmes à Kédougou. Une étude d’Enda Lead intitulé : «Diagnostiques sur le secteur minier dans la région de Kédougou, aspects fiscalité, migration et genre» révèle un trafic illicite de migrants, d’enfants, une prostitution clandestine, des flux migratoire et financier qui, si on n’y prend garde, vont mettre en danger toute cette partie sud-est du Sénégal.

«Diagnostiques sur le secteur minier dans la région de Kédougou aspects fiscalité, migration  et genre», une étude qui laisse voir un condensé de problèmes. Le trafic illicite de migrants, le trafic de personnes notamment d’enfants, le travail des enfants, la prostitution, l’existence de bande armées, la dégradation de l’environnement, l’utilisation du mercure de la cyanure, les problèmes de santé notamment le Sida, les maladies sexuellement transmissibles sont, entre autres, les irrégularités révélées par cette étude faite par Enda Lead. Une situation de chaos qui peut s’abattre à tout moment sur tout le monde. Selon cette étude, tout ce désordre est savamment entretenu par des gens qui travaillent dans les sites d’orpaillage estimés à plus de 31 mille dont les 60% sont des étrangers essentiellement, des Burkinabè, des Maliens, des Nigériens, etc. Rien que dans les zones de Balanko, Khossanto, Bembou Tenkonto situées entre 70 à plus de 90 km du centre urbain de Kédougou où l’étude a été faite, pas moins de 11 nationalités ont été répertoriées par l’équipe de recherche.

Une quantité d’or d’une valeur de 80 milliards expédiée hors du pays
Un flux migratoire qui constitue un enjeu important en matière de sécurité. Ce, d’autant plus que ces acteurs manipulent des sommes d’argent extrêmement importantes dans un contexte sous régional marqué par le terrorisme.
Selon le directeur des Mines et de la géologie, qui cite les dernières statistiques de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), la production d’or dans ces zones de l’année précédente, a tourné autour de 4,3 tonnes. Une production énorme si on la compare celle de l’usine de Sabodala, qui à ses débuts en 2009, produisait 4 tonnes d’or. «C’est donc une production d’une valeur de 80 milliards de francs Cfa», évalue Ousmane Cissé, qui précise que l’Etat ne parvient même pas à appliquer la redevance minière estimée à 3%. Si on convertit cette production en termes d’argent, c’est donc un flux financier de 80 milliards entre les mains «d’individus de groupes d’associations qui sont dans le secteur informel et dont la plupart sont des étrangers qui exploitent le sous-sol de Kédougou et par des moyens détournés, ils expédient l’argent hors du pays sans contrepartie reversée à l’Etat», soutient le directeur des Mines et de la géologie. Et cela malgré, note-t-il, les mesures prises par l’Etat pour organiser le secteur de l’orpaillage à travers un ensemble d’instruments comme la définition de couloirs d’orpaillage et la production de cartes pour identifier les orpail­leurs. «Nous constatons que jusqu’à présent, il y a des difficultés à maitriser le secteur, le mouvement migratoire et le flux financier qui constituent une menace assez sérieuse», relève-t-il.
Et les services de l’Etat dans tout ce désordre ? «Comment se fait-il que des étrangers viennent dans notre pays, exploitent nos ressources, expédient de l’argent hors du pays, érigent des zones de non droit, sans que l’Etat ne fasse rien ?», se demande un acteur dans la salle visiblement sidéré par cette situation.

154 fausses cartes d’identité saisies
L’adjudant Moundor Diouf, en service à Kédougou dans les sites d’orpaillage, qui confirme les conclusions de cette étude, soutient que les choses sont beaucoup plus complexes qu’elles ne paraissent. A cause de la porosité des frontières, des Nigérianes passent par des postes de passage non réguliers. Ce malgré un resserrement du maillage avec de nouveaux postes à Kédougou. L’adjudant Diouf parle également de réseaux professionnels qui prennent le temps d’étudier les textes du Sénégal en matière de trafic illicite de migrants et de trafic de personnes pour con­tourner la loi. A cela s’ajoute des faussaires qui confectionnent des cartes d’identité des pays comme le Mali, le Nigeria. «Nous avons procédé à la saisie de 154 cartes d’identité envoyées au niveau des ambassades concernées et toutes se sont révélées fausses après vérification. Des citoyens du Nigeria circulent avec 4 types de cartes d’identité», révèle-t-il. L’adju­dant Diouf, qui interpelle les autorités burkinabè, dit avoir remarqué un nombre impressionnant d’enfants venant du Burkina Faso et qui entrent au Sénégal. Mais la difficulté c’est que ces enfants sont en règle et que les forces de défense ne peuvent pas procéder à leur arrestation. Concernant le contrôle dans les diouras, il s’avère aussi difficile. Le sous-officier précise : «Nous n’avons pas un accès facile dans les diouras. Nous n’intervenons que quand il y a des problèmes car, les gens disent que la tenue apporte la malédiction dans la recherche de l’or.»
ndieng@lequotidien.sn

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