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C’est une situation qui interpelle les autorités académiques : A Kolda, les écoles privées se multiplient à une vitesse exponentielle. Malgré le caractère légal de leur création et l’alternative qu’elles constituent pour les rejets scolaires en quête de seconde chance, elles n’offrent aucune garantie de qualité aux élèves.

Dans la commune de Kolda, il est facile de constater ou de voir de près un établissement scolaire à caractère privé de gauche à droite. Avec cette floraison, les conditions de création de ces écoles sont moins respectées. Sur chaque cinq cents mètres, il est créé une école privée dans le périmètre. Entre certaines écoles, la distance ne fait pas la moitié du kilomètre. C’est le cas au grand quartier Sikilo. Ici, on enregistre neuf établissements privés sur les 16 que compte la commune. L’enseignement moyen secondaire ne souffre nullement de structures d’accueil, enrôlant ainsi plusieurs élèves dont la plupart sont des exclus des établissements publics.

Qui sont ces élèves et enseignants ?
Les effectifs sont aussi constitués d’élèves refusant de doubler un niveau pédagogique dans le public, ou même ceux ayant abandonné les classes il y a longtemps. Et à la recherche d’une seconde chance. Ce qui ouvre la question du recrutement ou des critères d’entrée dans ces établissements. Si certains optent pour la facilité en inscrivant des élèves sur la base d’un faible renseignement, d’autres par contre restent plus exigeants. Ici, on exige aux élèves désireux de s’inscrire certains dossiers comme le dernier bulletin de notes de l’année précédente. Une manière pour ces administrations de filtrer les entrées pour éviter des rejets scolaires inaptes à recevoir des cours de tel ou tel niveau. Pourtant, avec l’inspection d’académie, les responsables de ces écoles privées ont décidé de partir sur les mêmes bases de recrutement d’élèves.
Dans la plupart de ces établissements, les enseignants retenus pour y donner des cours sont sélectionnés sur la base des relations personnelles. Rares sont ceux qui y évoluent par le mérite. A quelques exceptions, certains professeurs émérites évoluent quotidiennement dans ces écoles privées avec un engagement et une abnégation à apporter des résultats, surtout dans les classes d’examen comme les Terminales.

Des écoles logées dans des habitations
Dans les établissements privés, les enseignements apprentissages se font dans des salles qui respectent moins les normes pédagogiques. Justement, c’est parce qu’elles sont logées dans des habitations. Des maisons construites pour habiter cèdent la place à un espace scolaire. Des compartiments ou chambres sont transformés en salles de cours où des tables sont rangées à faciliter l’accès de l’élève au tableau. D’ailleurs dans ces écoles, il manque des espaces de récréation. Des terrains de sport sont empruntés sur des sites généralement très éloignés de l’établissement d’origine. Et pour contenir tout ce monde scolaire, des abris provisoires y sont construits.

Conditions d’existence
L’inspection d’académie est formelle sur les conditions de création et d’ouverture des écoles privées. A en croire Babacar Ndiaye, cela commence par un dossier adressé à l’inspecteur d’académie, chargé de le transmettre au ministère de l’Education. Cet inspecteur, secrétaire général de l’Ia de Kolda, précise que c’est au ministère de délivrer l’autorisation. Et parmi les pièces qui composent ce dossier, il y a entre autres l’avis du procureur, celui du préfet. Le déclarant responsable doit avoir au moins le Bac pour prétendre ouvrir un établissement d’enseignement moyen. Et la licence pour l’enseignement secondaire. Tout cela suivi d’une enquête préliminaire pour révéler les véritables conditions d’existence de cet établissement. Et l’inspection d’académie est chargée de transmettre à la tutelle les conclusions de l‘enquête pouvant déboucher sur une reconnaissance ministérielle. Seule la reconnaissance peut faire bénéficier à cet établissement la subvention de l’Etat.

Les difficultés de ces écoles
La première difficulté dans le fonctionnement de ces établissements reste le manque de locaux adéquats. Ici, les responsables déplorent l’absence d’espaces ou de bâtiments spacieux, favorables au bon déroulement des enseignements apprentissages. De l’avis de El hadji Seyni Wade, le ministère de l’Education doit amoindrir ses conditions et venir en aide à ces écoles privées qui, selon lui, ne font que du social. Justement, les droits d’inscription atteignent rarement les 90 mille francs Cfa pour toute l’année par élève. Dans certains cas, la moyenne minimale est de 40 mille francs Cfa par élève pour toute l’année. Des valeurs financières qui font dire à M. Wade que les écoles privées de Kolda souffrent dans leur existence. «A un moment donné, on paie difficilement les heures enseignées, sans compter d’autres charges comme les techniciennes de surface, les gardiens et autres», a déclaré M. Baldé, responsable d’un établissement privé. El Hadji Seyni Wade souligne la difficulté de ces écoles à se procurer des tables-bancs et autres mobiliers scolaires. Par ailleurs, des structures informelles d’encadrement d’élèves, moyennant une quelconque somme, concurrencent et menacent la survie de ces établissements. Là, l’intervention rapide des autorités scolaires est souhaitée pour réglementer le secteur.

Des écoles privées, un atout pour Kolda
Dans cette région où les mariages précoces sont largement pratiqués, avec à la clé des abandons scolaires, les écoles privées sont un rempart sérieux et une nouvelle offre pour ces enfants qui poursuivent le rêve d’achever leurs études après un premier échec. Il s’y ajoute de nombreux élèves exclus du système dans le public et qui n’ont pas où aller. Des avantages qu’offrent ces écoles où on retrouve beaucoup de filles-mères. Un petit commerce se développe autour de ces établissements avec des femmes vendeuses de petits-déjeuners. Et les différentes femmes rencontrées plaident pour le maintien de ces espaces scolaires. Mieux, ces écoles sont sources d’emploi, avec le recrutement d’un personnel de sécurité et d’un autre d’appoint comme les surveillants, les secrétaires et les femmes de ménage. D’ailleurs, la grande satisfaction est le résultat final aux examens de fin d’année scolaire. Certaines écoles privées ont toujours fait d’excellents résultats au Baccalauréat, dépassant certains lycées publics. Dans la commune de Kolda, beaucoup d’élèves du privé obtiennent le Baccalauréat avec «Mention» à la grande fierté des parents et professeurs. Certaines écoles privées font la fierté de toute une population, au point que des parents sortent leurs enfants du public pour les inscrire dans ces cours privés où on trouve des effectifs pléthoriques. Malgré les conditions de travail qui ne sont pas des meilleures, les établissements privés contribuent positivent au rayonnement de la flamme scolaire dans cette partie sud du pays.
ehcoly@lequotidien.sn

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