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L’avocat de la défense Me Ousseynou Fall n’a pas du tout été tendre avec le Parquet général et le juge Demba Kandji. Il a traité ce dernier de tous les noms. Ce qui a poussé le Tribunal à lui retirer la parole avant la fin de sa plaidoirie.

«Une justice équitable est une justice qui respecte les règles de droit. Le procès équitable suppose que les parties soient écoutées  sans animosité.» Cette remarque de Me Ousseynou Fall cachait mal hier sa volonté d’en découdre avec le juge. Il a indiqué que le maire a été injustement accusé par «un Etat pour ne pas dire un dictateur qui emprisonne à tour de bras, musèle la presse». Il a invité le président Kandji à mettre un terme à cette injustice. «Vous êtes le dernier rempart de cette justice. Vous devez mettre fin à toutes ces entorses aux droits de l’Homme», demandera-t-il.
Après cette requête, l’avocat a décidé de s’en prendre au Procureur général et au juge. Au premier nommé, il exprimera son étonnement sur sa versatilité après son réquisitoire. «Personne n’a compris, le monde entier n’a pas compris que le Procureur général, après avoir demandé l’annulation de la procédure, retourne sa veste. Personne n’a compris cette volte-face», déplorera-t-il. Cela l’amènera à dire que la position actuelle de ce Parquet «montre le dessein ignominieux de l’Exécutif à liquider le maire de Dakar en inventant des mensonges pour éliminer un candidat». S’il y avait le droit, dit-il, Khalifa ne serait pas attrait à la barre. Et celui qui a aliéné le droit, avertit-il, est complice et passible devant la Cour pénale internationale.
Après le Procureur général ce sera au juge qu’il servira, sans le nommer, un plat d’invectives. «On sera tous jugés un jour. Ce que je dis, je n’ai pas peur de le dire. Personne ne viendra dire que Me Ousseynou Fall a un plan de carrière. Si j’ai choisi le métier d’avocat, c’est pour mon indépendance. J’étais à l’école de la magistrature, de la même promotion que l’actuel président du Conseil constitutionnel, mais j’ai préféré démissionner, parce que je ne crois pas en cette justice. Je le dis et je le soutiens, il y a des brebis galeuses dans cette magistrature», a-t-il affirmé en prélude.
Regardant le juge Kandji, il ajoutera : «Pour des soucis de carrière et d’avancement, on arrive à piétiner les droits d’un musulman comme nous. Il arrivera un jour où nous répondrons devant Dieu. Vous avez prêté serment, et en prêtant serment, vous avez engagé votre honneur. Niit day am diom, day am fayda», a-t-il martelé en wolof. A cette remarque, le juge Kandji n’a pu se contenir. «Me Doudou Ndoye, je vous interpelle. Si c’est ça la lettre, le procès va à l’eau. Me Doudou Ndoye, le bâtonnier, répondez-moi, je vous interpelle. Est-ce convenable devant une barre ?» Ce à quoi le représentant de l’Ordre dira : «Nous allons vous présenter nos excuses», a répondu Me Ndoye. «Il ne s’agit pas de d’excuses, parce que cela va se répéter. C’est comme ça depuis le début de ce procès», a rétorqué le juge.
Le juge Kandji a décidé après cet incident, de ne plus donner la parole à Me Ousseynou Fall qui faisait des va-et-vient en attendant que le calme revienne pour continuer. «Vous n’allez pas me priver de parole, je n’ai pas terminé», a-t-il vociféré.
Finalement c’est le représentant du bâtonnier, Ibrahima Ndiéguène, qui a présenté ses excuses au président au nom de l’Ordre des avocats.
justin@lequotidien.sn

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