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Après avoir vu pendant plusieurs jours la bande annonce, les téléspectateurs salivaient déjà des joutes épiques qui devraient opposer Zahra Iyane Thiam, ministre-conseiller du président de la République et membre du Secrétariat exécutif de l’Apr et Hawa Abdoul Bâ, membre du comité directeur du Pds, sur le plateau de l’émission Kër Jaraaf présentée par Mouhamadou Bitèye et Adja Astou, avec comme journaliste invité Moustapha Diop du groupe Wal Fadjri.
Même s’il n’y a pas grand-chose à redire sur le format de l’émission qu’on trouve très séduisant, on ne peut pas en dire autant pour le scénario gratifié aux téléspectateurs ce mercredi 10 octobre 2018.
Première de deux co-débatteuses à se présenter sur le plateau de l’émission, Zahra Iyane Thiam n’a pas attendu la fin de celle-ci pour s’en aller tout bonnement, parce que, dit-elle, elle avait d’autres urgences à satisfaire, laissant ainsi sur le carreau et son vis-à-vis, Hawa Abdoul Bâ, et les journalistes. Une attitude discourtoise, déplacée et franchement irrespectueuse. L’on s’étonne même que les présentateurs de l’émission que sont Mouhamadou Bitèye et Adja Astou aient pu accepter cela. Dans son intervention, le temps que Hawa Abdoul Bâ n’arrive, Zahra Iyane Thiam ne cessait de rappeler à ses hôtes du jour que son téléphone n’arrêtait pas de sonner avec insistance (inadmissible sur un plateau télé) et qu’on l’attendait ailleurs. Si on fustige un manque de respect de la part de l’invitée qui s’est défilée au bout de…24 minutes d’acte de présence, on ne peut également pas éluder le manque de caractère de la part de 7Tv qui s’est accommodée du comportement d’une participante à une émission qui a pris la liberté de quitter le plateau de son propre gré alors que l’émission n’était pas encore terminée. Suivant le principe selon lequel on ne peut pas courir après deux lièvres à la fois, un invité à une émission ne saurait partager son temps entre plusieurs obligations. Il n’a qu’à choisir pour l’une ou pour l’autre. Finalement, le débat tant attendu n’a pas eu lieu à cause de la défection d’une des protagonistes. Car qui dit débat, dit présence effective de différentes parties, échange et réplique. En fin de compte, les choses ont tourné à l’interview, avec une Hawa Abdoul Bâ seule face aux journalistes. D’ailleurs, dans son intervention, Hawa Abdoul Bâ s’est même désolée que Zahra Iyane Thiam ne fût pas sur place pour l’entendre se prononcer sur certains sujets et vice-versa. Peut-être qu’elle aurait pu l’interpeller sur un fait passé presque inaperçu mais qui donne une idée assez claire sur nos politiciens. C’était à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012 quand, le jour même du scrutin du premier tour, une certaine Zahra Iyane Thiam, alors membre de la coalition « Macky 2012 », a réagi dans une radio de la place pour se scandaliser du fait qu’un avion militaire bourré de bulletins du candidat Abdoulaye Wade et pré-positionné sur le tarmac de l’aéroport Léopold Sédar Senghor, s’apprêtait à décoller pour aller à une destination et pour une mission inconnue. Opération de bourrage des urnes ? Nul ne pouvait savoir. Seulement, quelques minutes seulement après cette sortie grave, un haut-officier de l’Armée sénégalaise a fait une sortie sur les ondes de la même radio pour démentir formellement cette info ou intox et mettre en garde les uns et les autres contre toute déclaration ou action de nature à jeter le discrédit sur les armées du Sénégal. Pourtant, la bonne dame n’a jamais été inquiétée pour cette accusation infondée mais surtout dangereuse pour le pays, de surcroît, faite à un moment aussi sensible. La volonté d’accéder au pouvoir ou l’envie de renverser un régime ne peuvent pas justifier de tels écarts. Cela relève de la manipulation et de la surenchère, des méthodes dont le régime actuel, dans l’opposition à l’époque, a usé et abusé à volonté. Les colporteurs et diffuseurs de ce qu’on n’appelait pas encore «fakenews» sous nos cieux, une fois arrivés aujourd’hui au pouvoir, sont devenus les artisans des mensonges d’Etat qu’on entend tous les jours. Seules les situations ont changé, les pratiques sont restées les mêmes. Ç’aurait été donc intéressant, avec le recul, que 6 ans après avoir fait ces allégations qui pouvaient avoir une issue dramatique, Zahra Iyane Thiam puisse répondre à cette interpellation.
Maintenant, si certains politiciens manquent de considération à des journalistes au point de les traiter de cette façon, il appartient à ces derniers de se faire respecter en précisant au préalable avec tout le monde les conditions et les exigences à observer dans le déroulement de leurs productions. L’autre «urgence» de Zahra Iyane Thiam qui l’a poussée à écourter son passage à l’émission Kër Jaraaf ne saurait être d’une importance supérieure au débat en question. Si un invité pense qu’il ne peut pas faire le choix de laisser tomber le reste pour accorder tout son temps à honorer de sa présence et sa participation active à une émission jusqu’au bout, il n’a qu’à déclarer forfait. Et les journalistes de trouver alors à sa place une autre personne plus disponible. Le Sénégal ne manque pas à ce point de ressources humaines de qualité disposées à répondre favorablement à l’invitation des médias pour venir débattre avec d’autres, partager leurs vues avec les auditeurs ou les téléspectateurs, tout en restant sur les plateaux jusqu’à la fin, dans le respect bien compris de leurs hôtes de journalistes et des personnes qui les écoutent ou les regardent.

Pape SAMB – papeaasamb@gmail.com

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