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A priori, l’évocation de ce terme qui introduit notre propos suscite l’effroi, nous rappelant le souvenir de l’homme d’Etat de Pékin, celui qui a incarné la révolution à travers une dictature totalitaire ; pour autant, celui que nous célébrons en usant de cette expression du «Timonier» et dont nous pleurons la lourde perte n’en a pas moins été le guide d’un parti qui demeure l’un des symboles les plus emblématiques de notre pays, et au-delà, du monde socialiste en général.
Mais au-delà de l’incarnation à l’échelle mondiale du mouvement socialiste qu’il fut (à travers l’Internationale socialiste), M. Ousmane Tanor Dieng (car c’est de lui qu’il s’agit ici) aura surtout marqué les esprits par la maîtrise de cette qualité dont Machiavel dirait sûrement qu’elle ne peut ni se commander ni s’enseigner : la maîtrise du secret politique comme instrument de gouvernement indispensable. Car en définitive, c’est bien cela que nous aura appris M. Ousmane Tanor Dieng, en étant pendant longtemps aux soins des affaires de l’Etat ; d’abord sous l’ombre de Léopold Sédar Senghor, le père-fondateur du Parti socialiste, avant que son aîné, le Président Diouf, ne prenne le relais en lui confiant les rênes du parti en 1996. Durant tout ce compagnonnage, la distance élégante par rapport au bellicisme qui alimente souvent les relations gouvernants et gouvernés a toujours été entretenue par le désormais ancien secrétaire du Parti socialiste, même au plus profond des crises que ce parti a connues, inféodé alors dans une dynamique gouvernementale qui exigeait de sa part une attitude de réserve qui a fini par susciter certaines frustrations qui ne pouvaient manquer de se produire.
En politique admirable qu’il était, Ousmane Tanor Dieng nous a appris le lien indéfectible que le «secret» entretient avec le titre de «Secrétaire» qu’il incarnait au sein d’une formation politique dont Senghor s’était chargé du sacerdoce, grandement reflété par le culte de l’éthique qu’enseigne l’école du parti. La pensée de M. Ousmane Tanor Dieng a toujours été liée à un respect sans faille du secret en politique, que l’on considère comme un trait structurel du fonctionnement du pouvoir.
Cette pensée avait fini par rapprocher le personnage du défunt secrétaire du Parti socialiste de Richelieu qui justement écrit : «Le secret est l’âme des affaires.» Sauf que la ressemblance s’arrête là, pour qui connaît le cynisme du ministre de Louis XIII dont l’attachement à la raison d’Etat excusait toutes les dérives.
M. Ousmane Tanor Dieng était loin des intrigues de cabinet, poussé par un sens du respect qui fondait le caractère presque timide de son personnage.
On aura ainsi tout entendu se dire à son endroit, lorsque même qu’il ne s’est jamais livré en versant dans des travers qui souvent révèlent la fragilité de certains personnages politiques.
Au contraire, il a toujours tendu vers la discipline et la présentation avantageuse de sa personne, presqu’à travers une mystification qui lui garantissait autant que possible l’accord avec lui-même et avec la réalité absolue que subsume l’Etat. C’est bien cela qui symbolisait le parfait empire de Ousmane Tanor Dieng ; cette aptitude qu’il avait d’incarner à travers son personnage une forme de supériorité que le Général De Gaulle met sur le compte du mystère lorsqu’il fait remarquer dans Le fil de l’épée : «Le mystère ne va pas sans la distance.» Preuve que dans toute la noble dimension que représente ce personnage, le «timonier» nous oblige à repenser la place du curseur entre secret et transparence en politique.

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