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Famara Ibrahima sagna, président du Dialogue national.

C’est dans le noble dessein de briser les chaînes de l’asservissement dans lequel les rois tenaient leur Peuple que des Français issus de cette noblesse se sont joints à leurs populations oppressées pour faire la Révolution française. Par conséquent, ce 10 décembre 2019 (jour anniversaire) doit être une occasion pour se rappeler et rendre un vibrant hommage à ces dignes fils de France qui, par leur héroïsme et les énormes sacrifices consentis, ont fait profiter leurs concitoyens du monde de la fameuse Déclaration universelle des droits de l’Homme. Malheureusement, leurs successeurs n’auront pas ce même mérite pour avoir trahi la Fraternité qui devrait compléter la trilogie républicaine. Par cupidité, ces derniers ont préféré fermer les yeux sur cette fameuse déclaration que leurs nobles prédécesseurs avaient voulue universelle, pour coloniser leurs concitoyens africains de l’Universel et s’accaparer, toute honte bue, de leurs ressources et continuer, jusqu’à nos jours, à les appauvrir, avec la complicité de leurs dirigeants.
Ce sera aussi l’occasion de saluer l’intelligence, la noblesse et le patriotisme des dirigeants chinois pour la manière dont ils ont su comprendre et utiliser le Parti communiste chinois ; ils ont hissé la Chine à son niveau actuel, rien que pour le bonheur et la fierté de leur Peuple.
Pour la petite comparaison que cela permet, après presque soixante années de souveraineté internationale, la situation de précarité économico-sociale du Sénégal n’est qu’une traduction éloquente de sa mauvaise gouvernance, portée par nos partis politiques qu’animent des antipatriotes.
Toujours les sempiternelles revendications syndicales et populaires conduites par les mêmes leaders, des tensions répétitives pré et post électorales, des Constitutions qui se succèdent et qui créent plus de polémiques, une indépendance des pouvoirs quasi impossible, des fautes de gestion qui défient toute logique et qui demeurent impunies… La redondance d’une telle situation doit justifier les interrogations suivantes de chaque citoyen : Les partis politiques sont-ils créés dans les conditions optimales ? Les formations politiques sont-elles animées par les citoyens qu’il faut ? Quel doit être le nombre de nos partis politiques ? Pour cela, au nom d’une véritable démocratie de développement, n’est-il pas pertinent d’instaurer une logique de compétition dans les partis politiques pour le choix à l’interne de nos futurs prétendants à la Magistrature suprême ? Quel doit être le système de parrainage le plus pertinent ? Autant de questionnements que je laisse à l’appréciation de tous.
Trois cent vingt-cinq partis politiques pour un pays de moins de 20 millions d’habitants. Le nombre me paraît ridicule, honteux et incompréhensible surtout quand ces partis, légalement constitués, ont été régulièrement autorisés par le ministère de l’Intérieur, pièce centrale de notre Administration. N’est-ce-pas une bonne manière de jouer avec l’intelligence voire la naïveté des autres citoyens qui, pour avoir choisi l’honnêteté, comprennent bien la supercherie et ne peuvent être que dépités par la fourberie de ceux-là qu’on appelle péjorativement «politiciens» ? Si on sait qu’un parti politique est une association privée, créée par des personnes qui aspirent à diriger un pays, la question ne devrait pas être aussi banale ou banalisée.
En effet, la création des formations politiques n’a été qu’une grande farce savamment organisée par ceux qui ont choisi de nous diriger depuis les années quatre-vingt, avec l’avènement du multipartisme intégral au Sénégal, sous le magistère du Président Abdou Diouf. Lui-même l’avait d’ailleurs justifié, si mes souvenirs sont exacts, en affirmant qu’il le faisait pour dénicher tous ses adversaires terrés dans la clandestinité sous le régime de son prédécesseur Léopold Sédar Senghor, qui avait instauré les courants pour limiter les partis politiques à quatre (4). Choisi pour être son dauphin et le succéder à la Magistrature suprême, le Président Senghor avait choisi de fouler aux pieds notre démocratie pour écarter Maître Abdoulaye Wade, son challenger et successeur naturel, en votant le fameux article 35 qui a permis à Abdou Diouf d’occuper le poste, en attendant les joutes électorales de 1983. C’est depuis lors que la politique est devenue un véritable business au Sénégal. En réalité, le Président Diouf n’avait pas opté pour le multipartisme intégral, dans le souci de renforcer la démocratie et la liberté d’expression, mais avait plutôt décidé de procéder à des combines et manœuvres pour piper les dés et pouvoir organiser des élections taillées sur ses seules aspirations à devenir le chef de l’Exécutif, conformément au désir affirmé de son prédécesseur.
De 1983 à nos jours, rien n’a changé d’autant plus qu’une telle situation est tout à fait confortable pour les politiciens devenus par la force des choses de véritables hommes d’affaires. La cupidité aidant, de grands paresseux se sont ainsi frayés un chemin pour faire de la politique une profession, un métier de loin plus rentable que tout autre, dans la mesure où tous les milliardaires, au lieu d’être des produits du secteur privé (les seuls citoyens qui ont le droit d’être riches parce que ayant opté de prendre des risques comme compétiteurs), sont plutôt des citoyens du secteur public, qui devraient malheureusement opter pour le sacerdoce, à savoir les acteurs politiques et les agents de l’Administration (le plus souvent contraints à la transhumance et à la complicité avec tous les néo-pouvoiristes).
Dès lors, je pense qu’il urge de mettre fin à la récréation et réagir en vrais patriotes et assumer chacun en ce qui le concerne sa citoyenneté. Le pays n’appartient pas aux seuls citoyens actifs dans la politique. Il ne faut pas qu’ils se méprennent pour cette pseudo-passivité de leurs concitoyens, qui ne traduit aucunement un désintérêt à la chose publique, mais plutôt un choix de mériter, de la part des premiers nommés, une gouvernance à la dimension de leurs aspirations de bien-être économique et social. Les politiciens ne doivent point oublier qu’ils sont de loin minoritaires dans notre pays, notre chère Nation que nous avons en partage.
Il nous incombe d’être tous responsables. Assumer notre citoyenneté, c’est d’abord pour chaque citoyen, sans exclusive, s’intéresser à la chose politique ou plus exactement à la République. C’est aussi choisir nos futurs dirigeants en conformité avec nos croyances en Dieu et à ses recommandations (musulmans et chrétiens). Nous n’avons pas le droit de laisser n’importe quel énergumène avoir la prétention de vouloir diriger un pays comme le Sénégal dont le rayonnement n’est justifié que par la qualité de ses ressources humaines. Un système de parrainage draconien doit s’imposer à tout citoyen qui veut prétendre diriger une formation politique (exiger par exemple un nombre assez significatif de signatures de cadres compétents et reconnus au niveau national). Les dirigeants d’un pays, étant ses premiers ambassadeurs, ces derniers doivent être jugés et choisis en fonction de leurs compétences et des vertus qu’ils incarnent et qui doivent être conformes à celles recommandées par nos religions majoritaires.
Pour ma part, le dialogue national, récemment engagé sous nos cieux, devrait se faire sans aucun des citoyens actifs dans les partis politiques. En effet, notre Constitution et tout le processus électoral devraient être en principe organisés sans la présence d’aucun des politiciens affairistes qui ne peuvent pas être à la fois juges et parties. La compétition électorale qui doit aboutir au choix de nos futurs dirigeants doit se faire avec le sérieux que cela exige. A l’instar du football ou de tout autre sport et dans toute autre compétition citoyenne, les règles du jeu électoral doivent être fixées par des citoyens compétents et neutres qui seront les seuls à parler au nom du Peuple souverain.
Une Nation qui aspire à l’émergence dans un contexte de mondialisation doit être gouvernée avec plus de rigueur, d’expertise et de noblesse. La démocratie, loin d’être une notion philosophique, doit être comprise de manière basique comme la loi du nombre, pour dire simplement que le Peuple majoritaire (qui choisit) ne se trouve pas dans les partis politiques. Par mépris, je ne veux même pas évoquer les coalitions qui confirment que les partis politiques ne sont que des Groupements d’intérêt économique (Gie), un moyen très vil, pour certains, de se servir et non de servir le Peuple.
J’en profite pour interpeller le premier pouvoir au Sénégal, c’est-à-dire la classe maraboutique, en leur qualité de gardiens des vertus, de dépasser leur compréhension de la laïcité et de participer à la politique (ou gestion vertueuse de la Cité), en s’inspirant du Prophète Mohamed (Psl), commandeur des croyants à son époque. Pour cela, ils doivent revendiquer eux-mêmes leur citoyenneté qui n’est rien d’autre que le fait d’appartenir à une Nation. Ils doivent s’engager davantage à se préoccuper du sort de leurs disciples, en créant par exemple une plateforme de communication entre les confréries et le clergé catholique, animée par les fils, petits-fils et pasteurs, aussi instruits que nos dirigeants et hommes politiques, pour corriger ces derniers dans leurs moult dérapages. Par exemple, l’élaboration de notre Constitution doit exclure tout citoyen membre d’un parti politique qui est avant tout une association privée. Notre loi fondamentale doit, par respect à la démocratie donc pour la majorité, n’être exclusivement confiée qu’aux seuls citoyens constitutionnalistes et neutres. Ce document qui doit organiser la vie de tous les citoyens doit, compte tenu de la situation d’analphabétisme de la majorité des votants, être traduit en arabe et dans toutes nos langues nationales pour une meilleure prise en compte des citoyens, sans exclusive.
Souvent, j’ai l’impression que nos guides religieux ne voient pas les souffrances et les tares comportementales de nos dirigeants que dénoncent la Société civile et nos vaillants activistes malmenés dans les prisons. Pour une laïcité mieux comprise, il est temps que ce «pouvoir des pouvoirs» au Sénégal se donne un rôle et mette un contenu à cette fonction pour s’engager, avec et auprès des Sénégalais qui leur vouent un respect sans limites, dans ce combat commun d’une meilleure appropriation de notre Constitution, de nos institutions, mais surtout de leur indépendance, condition sine qua non de l’émergence de notre Nation dont la qualité reconnue de la ressource humaine peut nous valoir des progrès tout à fait rapides et très significatifs.
Abdourahmane SY
Thies- Keur Massamba Gueye 1
boumalick@yahoo.fr

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