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El hadj Malick Gackou, coordonnateur de la coalition Manko Taxawou Sénégal.

En sollicitant le suffrage des Sénégalais pour la Présidentielle de mars 2012, le candidat Macky Sall, dans l’entre-deux-tour, avait inséré dans son package de réformes la réduction du septennat une fois élu à la Magistrature suprême. Une promesse de campagne réaffirmée partout après son plébiscite au soir du 25 mars, ce qui lui avait naguère valu les louanges de l’opinion nationale et internationale. Il inscrivait ainsi son nom dans le panthéon national en attendant l’avis des 5 sages du controversé Conseil constitutionnel.
Après un mois de réflexion sur la proposition de réduction du mandat du Président, le Conseil rend dans la plus grande confidentialité ses conclusions qualifiées tantôt d’avis tantôt de décision jusqu’à ce qu’on s’y perde. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le principal concerné, la voix grave, au moyen d’un communiqué laconique lu le 16 février courant, avance : «J’entends me conformer à la décision du Conseil constitutionnel. En conséquence de quoi, le mandat en cours du président de la République connaîtra son terme en 2019.»
En conséquence, la concordance du calendrier électoral tant souhaitée vole en éclats, et l’histoire des Législatives en cours de septennat se répéta. Le Président Sall marcha ainsi sur les traces du Président Diouf en 1998, se soumettant ainsi à un test grandeur nature.
Parviendra-t-il à reconduire sa majorité mécanique lors de la 13ème Législature afin de continuer son mandat en cours sans grandes difficultés ? Ou subira-t-il la loi de la volatilité de l’électorat, conséquence de l’exercice du pouvoir ? C’est tout l’intérêt de la cohabitation politique souhaitée par l’opposition en ordre dispersé. Et le mot est lâché !
Ce concept, arrivé à maturité, impose une situation de coexistence institutionnelle entre un chef de l’Etat et un chef du gouvernement appartenant à une majorité parlementaire qui lui est politiquement opposée.
Pour le moins qu’on puisse dire, les signes avant-coureurs d’une telle situation inédite au pays du Président-poète sont perceptibles. Ils seraient, en partie, favorisés par la non concordance de la Présidentielle et des Législatives rappelée plus haut, fruit à la fois de l’avis du Conseil constitutionnel et du référendum du 20 mars remporté par la mouvance présidentielle.
Egalement, le Président Sall est loin de l’état de grâce concomitant à son élection en 2012 qui lui avait permis de survoler les Législatives d’alors. Et puisque le maçon n’est jugé qu’au pied du mur, le Peuple sénégalais a eu la latitude de confronter les engagements du candidat et les actes du Président 5 ans durant.
Cette cohabitation institutionnelle est du reste plus que d’actualité au regard de la tension sociale alimentée en somme par une embellie économique, chantée urbi-orbi, soutenue par un taux de croissance de 6% en 2016, mais non ressentie dans le panier de la ménagère et la reddition des comptes que d’aucuns qualifient de «chasse aux sorcières».
Si le souverain Peuple sénégalais a attendu 40 ans pour dicter l’alternance aux politiques en 2000, combien de temps lui faudrait-il pour franchir ce point de non-retour en changeant ce type de régime présidentialiste en régime parlementaire ? La volonté de vouloir sanctionner le Président Sall à tout prix suffit-elle pour faire ce choix que les plus pessimistes qualifient d’angélisme et les plus optimistes d’inévitable ? Bien malin est celui qui aurait les réponses !
En tout état de cause, Michel Debré déclarait en 1958, que le président de la République est la «clef de voûte» du régime. Lorsqu’il a le soutien de la majorité parlementaire, il joue un rôle primordial, mais si celle-ci lui fait défaut, alors son rôle est nettement plus effacé.
Il devient alors plus aisé de comprendre que si le Peuple, au soir des Législatives du 30 juillet, réécrivait une autre page de l’histoire du Sénégal en sanctionnant le chef de l’Etat par une cohabitation, celui-ci n’assurerait plus que la représentation du pays à l’étranger et déciderait de l’orientation de la politique étrangère, au moment où le nouvel homme fort de la Primature assurerait la gestion des affaires intérieures, donc la mort prématurée du Plan Sénégal émergent (Pse), socle des politiques publiques du pouvoir en place.
C’est ce que la coalition Mankoo taxawou senegaal, regroupant dix partis politiques, notamment le Pds du vieux briscard Me Abdoulaye Wade, le Rewmi de Idrissa Seck ou encore la branche dissidente du Ps dont le leader Khalifa Sall est actuellement en détention préventive, appelait de tous ses vœux le 4 mai courant à travers une plateforme de 11 mesures urgentes allant de l’Etat de droit à la bonne gouvernance en passant par une justice équitable.
«Il n’y a que le premier pas qui coûte», pour dire avec l’adage que le plus difficile en toute chose est de commencer. Face à cette situation, il urge d’alerter l’opinion nationale sur la crise institutionnelle latente qui paralyse le Venezuela et ayant déjà fait une quarantaine de morts en moins de deux mois, sur fond de cohabitation politique après les Législatives de décembre 2015 remportées par l’opposition, le tout dans un contexte économique morose.
Cette «ingouvernabilité» chro­nique, digne du Niger de Mahamane Ousmane en 2015, de l’Italie de l’ex président du Conseil, Matteo Renzi, en 2016, de l’Espagne de Mariano Rajoy en 2016, du Brésil de l’ex-Présidente Dilma Rousseff en 2016, serait un frein pour notre Nation cinquantenaire.
Pour autant, précisons que la cohabitation n’est pas toujours synonyme de chaos institutionnel. En effet, la France du tout jeune Président Macron a eu à en surmonter trois sous la Ve République dont la plus récente est l’œuvre du Président Jacques Chirac de la droite et du Premier ministre Lionel Jospin de la gauche. Cette cohabitation n’a pas abouti à la dissolution de l’Assemblée nationale encore moins à une destitution du Président, mais a résisté durant toute la Législature, soit de 1997 à 2002.
Cette donne républicaine exige des acteurs au-dessus de la mêlée, soucieux de l’intérêt collectif et épousant une vision claire de l’avenir. Hélas ! C’est trop demandé à la classe politique actuelle ! Et pourtant, «la plus grande vertu politique, selon Emmanuel Mounier, est de ne pas perdre le sens des ensembles». Vivement la 13ème Législature !
Dominique GOMIS
gomisbro89@gmail.com

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