PARTAGER

A la veille des élections législatives, certains souhaitent confronter le Sénégal à l’expérience de la cohabitation, avec un pouvoir exécutif qui deviendrait minoritaire à l’Assemblée nationale, à la suite des élections de juillet prochain.
Sur le principe, cette cohabitation pourrait être un très bon instrument de mesure de la maturité de nos hommes politiques et de la solidité de notre système politique. Cependant, force est de constater que les ingrédients qui peuvent indiquer que cette expérimentation serait bonne pour notre pays ne sont pas réunis, et très loin de l’être d’ailleurs.
En effet, qui dit cohabitation dit un leader incontesté de l’opposition et obligatoirement, un programme politique alternatif crédible. Rien de tout cela. Notre opposition n’a malheureusement jamais présenté un projet politique crédible. Elle n’a jamais eu le temps de se poser et de réfléchir très sérieusement sur ce qu’elle propose comme alternative. Il y a même une forme de paresse intellectuelle chez nos hommes politiques, de tous bords politiques d’ailleurs. Ce qui est un drame pour notre pays. Très rares sont nos hommes politiques, qui à la veille d’élection sortent un livre-programme pour exposer leur vision de la société. Comment ose-t-on demander le suffrage de ses compatriotes, sans pour autant faire le strict minimum ? La critique permanente n’est pas un projet politique.
D’autre part, qui dit cohabitation dit entente sur au moins la composition d’un futur gouvernement issu des Législatives, un leader capable de fédérer tout le monde et de gérer les ego et contradictions. Or, le plus grand problème de l’opposition sénégalaise, c’est l’absence de leader incontestable en son sein, son caractère hétéroclite et leurs ego surdimensionnés.
Comment dans ce contexte, peut-on s’aventurer à confier la destinée de notre pays ? A moins qu’on opte pour une crise institutionnelle et une instabilité gouvernementale sans précédent. C’est une réalité incontestable.
En France, lorsque Lionel Jospin gagnait les élections législatives de 1997, face au Rpr de Jacques Chirac, président de la République d’alors, il avait au préalable un projet politique alternatif. Il avait également réussi à fédérer toutes les gauches et écologistes y compris, pour envisager et former par la suite le gouvernement de la gauche plurielle. Si la gauche a réussi à capter la majorité du suffrage des Français, c’est parce qu’elle (autour de Jospin) avait déjà travaillé un projet, et que par le fait d’une dissolution (inattendue) de l’Assemblée intervenue, les électeurs savaient qu’ils pouvaient compter sur une gauche unie et crédible.
Je rêve d’une opposition sénégalaise avec un «shadow cabinet», prêt à gouverner à tout moment, parce qu’ayant un projet politique.
Aujourd’hui, l’opposition sé­né­galaise est très loin de cette disposition, malgré les appels répétés de son «chef exilé» à Versailles. Elle n’a pas de projet connu, et est incapable de se rassembler autour d’une seule personne.
Au risque d’indisposer ou de choquer certains, il n’est pas souhaitable, dans le contexte actuel, d’offrir la majorité parlementaire à cette opposition. Le Sénégal n’a pas besoin de crise institutionnelle, encore moins de faire du surplace, dans un environnement mondial où la concurrence économique fait rage, où les Etats sont confrontés à une crise multidimensionnelle et défis sans issus apparents.
Dans cette situation, il vaudrait mieux avoir un gouvernement avec des imperfections et stable, que de se lancer dans l’aventure, pour le moins ambiguë.
Nous avons le droit de savoir, bien avant les joutes électorales de juillet prochain, le nom du potentiel Premier ministre issu de l’opposition. C’est un élément qui doit compter dans le choix de l’électeur.
Notre pays doit éviter les aventures et aventuriers, si nous voulons soulager notre Peuple au travers des politiques publiques cohérentes et efficaces. C’est pourquoi, je pense que c’est un risque de donner la majorité parlementaire à une opposition qui ne nous propose Rien, pour le moment. Faire partir un homme, son régime, ne doit plus être le motif qui sous-tend le vote du citoyen. «Na dèm, na dèm..», ce n’est pas un programme politique.
On ne peut plus, on ne doit plus confier les destinées de toute une Nation à un homme, groupe de personnes ou d’organisations, qui arrivent les mains dans les poches, ne sachant pas où nous mener.
Les politiques doivent nous dire quel avenir et dans quel futur souhaitent-ils conduire notre pays, c’est la base même d’un engagement politique.
Pape Bocar DIALLO
Diplômé en Droit et Sciences Politiques
Spécialisé en Conduite et Evaluation des Politiques Publiques
Université Paris 13
bdiallob@gmail.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here