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Vendredi 21 septembre 2018, peu après 17h, j’appris la triste nouvelle du rappel à Dieu de Bruno Diatta. Je pris le téléphone pour appeler son beau-frère puis un oncle, qui me confirmèrent l’information. Dans le salon du coiffeur où je me trouvais, un septuagénaire restait prostré. Un autre, d’une quarantaine d’années, «psalmodiait» sans cesse : ndeysane ki mo done chef d’Etat. Le lendemain, me procurant la presse sur l’avenue W. Ponty, un vigile d’une banque de la place, informant son collègue, «précisait» que le défunt avait été successivement le garde du corps de Léopold Senghor, de Abdou Diouf, de Abdoulaye Wade et de Macky Sall. Je souris de cet abus de langage qui rendait compte de la dimension de l’homme.
Mes maîtres, de l’école Kleber au lycée Van Vo, m’ont fait aimer le métier d’enseignant. Mamadou Dia (1910-2009), de vénérée mémoire, et Bruno Diatta, qui vient de nous quitter, m’ont appris à servir l’Etat. Dans l’intégrité et sans faiblesse. Ils continueront de m’inspirer. A la différence du Mawdo, prolifique, de 1952 à sa mort, dans sa réflexion sur le développement du Sénégal, sur l’économie de l’Afrique, actrice d’une politique d’avenir et de libération, l’ancien chef du protocole de la présidence de la République s’en est allé, sans laisser d’écrit, sauf à me tromper. J’imagine que oui, il en avait le projet. Restituer le fonctionnement de la République, avec ses avancées et ses ombres, sans blesser qui que ce soit. Si la pratique de Bruno Diatta fait sens et unanimité, l’éducation reçue dans la cellule familiale et les valeurs chrétiennes qu’il incarnait, y sont déterminantes. Il en a retenu le sens du devoir et du bien commun, l’humilité, la rigueur, la courtoisie, la discrétion, le discernement, le don de soi, sans calcul, gratuit. Il est mort à la tâche. D’épuisement.
Pour dire vrai, je ne le connaissais pas, sinon par son action de grand commis de l’Etat ou en le croisant, en de rares occasions ; mon épouse étant la nièce de sa femme. Oui, j’admirais Bruno Diatta, ce technocrate, ce bureaucrate (au sens wébérien), professionnel, efficient, responsable. La critique de l’idéal type wébérien du bureaucrate et de son inadéquation à l’espace social africain a été faite et se poursuit. Elle est juste, en partie. Bruno Diatta nous invite, sans théorie pompeuse, à repenser nos pratiques en les expurgeant de leurs tropismes paresseux, voire moribonds et en les réinscrivant dans une universalité. Oui, servir l’Etat dans l’éthique et la déontologie nous est possible. Il en est un exemple. Et plus tard ? Aujourd’hui, l’Etat et la Nation font corps autour du défunt, une référence. Demain, nous aurons déjà oublié ; la plupart d’entre nous retombant dans leurs travers d’indiscipline, de mensonge, d’arrangements, d’arrogance, de corruption, de mesquinerie, de médiocrité…
Constant et fidèle, Bruno Diatta fut apprécié des gens de son temps. Il peut encore inspirer bien des gens à servir, dans le respect d’eux-mêmes. Il mérite l’éloge que le prophète Isaïe fait au Juste : tes morts revivront… car ta rosée, Seigneur, est rosée de lumière. Condoléances émues à Tata Thérèse, à leurs enfants et petits-enfants ; aux familles Diatta de Carabane et Dakar, Turpin de Saint-Louis, Ndiaffate, Kaolack et Dakar.

Merci Tonton Bruno.
Va en paix !
Ndiouga BENGA
Département d’Histoire, Ucad
ndiougabenga@gmail.com

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