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«On peut s’attendre à, et même espérer, de futurs renversements qui viendront bouleverser l’équilibre des lieux de pouvoir et de privilège et fournir une thérapie périodique qui semble nécessaire à la santé de notre démocratie», écrivait, il y a 60 ans, l’historien C. Vann Woodward, en réponse aux intellectuels qui critiquaient le populisme.
Il serait aujourd’hui insensé d’ignorer les limites de tels propos, dans une Amérique où le populisme symbolisé par le Président Trump s’énonce à travers une rhétorique qui, loin de renforcer la démocratie, tend plutôt à la fragiliser.
«Nous sommes le peuple» ; c’est bien cet élément crucial qui manque à la rhétorique de Trump, une description cohérente et presque émouvante du «peuple» que le président américain prétend représenter. Peut-être est-il impossible de trouver une définition crédible du «peuple» qui mobilise la pluralité des identités de classe, de genre et d’origines qui coexistent, souvent de façon malheureuse, aux Etats-Unis aujourd’hui. Toujours est-il que Trump a du mal à manipuler le concept de «peuple» sans quelques maladresses dans la rhétorique.
Bien qu’il ait promis de «redonner à l’Amérique sa grandeur passée», Trump n’a fait finalement que tourner cette grandeur vers sa personne en marquant toujours par ses tweets compulsifs sa supériorité morale sur tout, mettant en péril la notion de «peuple américain», expression bien neutre en comparaison de la vivacité de ses attaques souvent dirigées contre les Mexicains et les musulmans. Et, lorsque le Président américain, en réaction au dossier l’incriminant et géré par le juge Mueller, indexe les médias en les taxant d’«ennemis du peuple», peut-être ne mesure-t-il pas vraiment ce que vaut la souveraineté depuis qu’il a accédé à la magistrature suprême…
Que vaut réellement cette présidence qui s’assimile à un simulacre de pouvoir, avec un petit roi trépignant sur son trône et qui ne laisse pas de stupéfier au rythme de tweets insipides lorsqu’ils ne sont pas odieux ou dangereux et qu’il n’hésite pas à étaler ad nauseam dans les médias du monde entier ? Ce qui est plus dangereux encore, c’est qu’il ne mesure pas que sa politique (consistant essentiellement à défaire ce qui existe) nuit au premier chef à son propre électorat, donc au peuple. Alors, lorsque Trump s’exclame à la tribune des Nations-Unies : «…Si vous voulez la paix, aimez votre nation. Donnez la priorité au bien de votre peuple et de votre pays», on peut encore se risquer à poser la question de savoir de quel peuple Trump parle-t-il ? La démocratie américaine n’est-elle pas en danger depuis l’accession au pouvoir de ce président qui multiplie les frasques en foulant aux pieds le droit et le respect de l’humain ? Il est clair qu’au vu de ce qui se passe actuellement aux Usa, la démocratie elle-même a encaissé un coup dur, défiée par un président qui a porté un coup de poignard aux institutions américaines en refusant de coopérer dans les enquêtes qui l’incriminent directement. Et, il est vivement à souhaiter que la procédure de destitution du président aboutisse. Au cas contraire, nous assisterons à une victoire énorme pour le Président américain.

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