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L’élection présidentielle que nous venons de vivre au Sénégal aura, entre autres, marqué un tournant dans l’utilisation de l’Internet par les candidats, tous également portés par une volonté de se rapprocher des électeurs. Si, de tout temps les candidats politiques ont tenté dans leurs différentes campagnes électorales d’instaurer un climat de confiance par une proximité avec la jeunesse, il faut dire que le réseau Internet s’est révélé une aubaine pour ces candidats, un moyen de susciter l’intérêt d’une jeunesse que tout semblait éloigner de la chose politique. A la faveur d’un tweet, d’un post Facebook affiché dans un fil d’actualité, partagé en grand nombre, liké et retweeté, l’élection présidentielle, à travers la toile, a représenté un véritable enjeu à mobiliser l’électorat.
Et, au-delà du changement que l’élection présidentielle de 2012 a apporté pour les futures échéances (dont celle que nous venons de vivre, en 2019, notamment marquée par un accroissement du phénomène d’«internetisation» des campagnes électorales), cette dernière élection présidentielle a marqué un tournant également sociologique.
En effet, le septennat de Macky Sall qui s’achève n’est pas étranger à ce changement observable par tous. Tout le monde a vu le chef de l’Etat apparaître dans ses différentes campagnes comme un citoyen tel qu’un autre, carrément décomplexé, casquette sur la tête, essayant tant bien que mal de forcer l’humour, jusqu’à verser dans une subtile dérision qui cache mal le cynisme du personnage.
Bien que le phénomène de la désacralisation de la fonction présidentielle ait été observé sous Wade, il n’en demeure pas moins qu’il l’a considérablement été sous la mandature de Macky Sall, davantage exacerbé par la campagne qui vient de s’achever et pendant laquelle l’information a été relayée plus en masse et plus rapidement, à travers une sanction du Peuple se lisant dans les caricatures multiples qu’il a faites des candidats, et plus particulièrement du président de la République. Comme pour lui rappeler cette «présidence normale» que Hollande appelait de ses vœux, comme pour exprimer cette volonté de «casser les codes» auxquels l’élite ou le système s’est toujours identifié.
Nous avons en effet eu l’impression, durant cette campagne, d’avoir à faire à une véritable désacralisation du politique, avec un passage obligé d’homme d’Etat à citoyen tout-court, pour ne pas dire comme les autres. Et cette désacralisation a été amplifiée par le comportement des autres candidats à la présidence : Sonko, arborant le style décontracté de quelqu’un qui se démarque du «système», Idy redevenu «humain» qui, tant bien que mal, s’est laissé porter par le poids combien redoutable de sa grande coalition, Issa Sall, candidat presque effacé, prisonnier d’un personnage dont le sérieux et la quête de la vertu mettent forcément mal à l’aise les spécialistes de la science politique habitués aux réalités froides de la mécanique du pouvoir. Et, parmi tous, l’exception que représente le candidat Madické Niang, qui a joué mieux que tout autre le pouvoir sur scène, avec un personnage qui, de par sa sympathie a emporté l’adhésion de l’espace public, l’humour étant sa marque de fabrique, qui a fait mieux connaître un homme dont les Sénégalais ignoraient le vrai visage avant la campagne. Le doute n’est donc plus permis quant à savoir si Internet a réussi à bouleverser l’image des candidats. Et cet activisme politique sur Internet a joué un rôle déterminant dans l’engagement du cycle électoral. Entre 2012 et 2019, l’usage des réseaux sociaux par les Sénégalais s’est considérablement banalisé, en représentant un véritable vivier de milliers d’électeurs.
De plus, grâce à Internet, les candidats ont réussi à s’affranchir du fameux temps de parole contrôlé avec vigilance par le Cnra (Conseil national de régulation de l’audiovisuel) lors de chaque compagne. Toutefois, si la force et le succès des réseaux sociaux sont sans conteste, ce phénomène s’est révélé à double tranchant. En effet, ces nouveaux médias sont plus indépendants et ont ainsi réussi à donner un visage plus personnel et populaire à la politique. Contrairement aux médias traditionnels qui diffusent seulement des messages des candidats, Internet permet de démarrer des conversations que rendent possibles les commentaires laissés par les lecteurs qui ouvrent sur la critique dont le danger est parfois de s’éloigner des réalités en produisant des représentations personnelles des internautes, souvent alimentées par les Fakenews. Et cette dernière campagne nous a beaucoup servi en lot de désinformations relayées par Whatsapp, Facebook, etc., via des vidéos produites par des blogueurs et qui ont parfois réussi à étouffer le sens critique en favorisant une influence majoritaire chez les citoyens. Et c’est justement cela le danger d’Internet, de permettre de transmettre des images dans le monde entier, en réussissant à transformer le regard d’un individu lambda sur l’élite. C’est la raison pour laquelle pour plaire et être potentiellement élus, les hommes politiques doivent soigner leur image.

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