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Les chiffres avancés concernant les candidats à la candidature pour l’élection présidentielle de février 2019 font état de plus de 80 déclarations de candidatures, si l’on s’en réfère à la liste des présents à la rencontre des acteurs, convoquée par le ministre de l’Intérieur.
Cela donne le vertige !
On ne le dira jamais assez, le Sénégal est malade de sa démocratie, ou comme disent certains, la démocratie sénégalaise est aujourd’hui malade de ses acteurs qui ont investi le champ politique par effraction, et ceux qui ont fait de la politique un métier.
C’est en cela que la loi sur le parrainage, qui a été instituée en 2018, est salutaire pour crédibiliser le moment le plus important dans la vie politique d’un pays, et pendant lequel on célèbre la démocratie.
Le Sénégal en a donné l’exemple à plusieurs reprises, raison pour laquelle les citoyens en attendent plus, et non le moins. L’alerte donnée par la pléthore de listes lors des Législatives de 2017 vaut son pesant d’or. Du moins, pour ceux qui sont mus par la pérennité de notre système, et qui ont un niveau de responsabilité qui leur permette de mesurer les énormes enjeux qui vont structurer la vie politique de notre pays, desquels dépend le choix des hommes et des femmes aptes à le diriger.
Au rythme où s’expriment les candidatures, on rit jaune, car cela rappelle la fameuse candidature du regretté Coluche en France qui, dépité par le comportement des politiciens, s’est décidé à se présenter. Tout le monde savait que ce n’était pas sérieux, mais le coup a réussi à pointer une lumière sur des tares du jeu politique, à l’image de Diogène Laerce qui, lui, avait brandi une lampe torche en plein jour pour, disait-il, éclairer, car le soleil, à force de donner la lumière, était frappé d’entropie. Belle métaphore pour dire qu’il y a des évidences que les gens refusent de voir, comme dit l’adage, il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir le soleil au zénith. Au Sénégal, on n’a pas vraiment livré une réflexion de fond sur le phénomène de l’hypertrophie des candidatures. N’en déplaise à nos soi-disant experts en tout et sur tout et finalement sur rien, et qui occupent le devant des médias pour nous seriner de plates généralités digne d’un wax sa xallat de série B. On est déçu parfois de constater que de soi-disant «experts», sous des titres ronflants, académiques ou non, font preuve d’une indigence d’analyse qui fait croire parfois que ce sont des partisans. Le citoyen sénégalais, assommé par le diktat de l’actualité ou de l’agenda politicien de certains de nos compatriotes, attend en vain des pistes de solutions que n’offrent pas hélas nos «experts».
En lieu et place, on leur balance des réflexions à deux sous d’un manichéisme sidérant pour, soit condamner ou justifier au nom de la démocratie et de la liberté ou alors railler ou disqualifier des candidatures qui, loin d’être farfelues, expriment un message que tout homme politique doit méditer.
Hélas, les candidats eux-mêmes ou l’écrasante majorité, refusent l’effort de clarification. Les uns et les autres ont choisi la voie de la création d’un parti politique pour éviter de se présenter directement devant les Sénégalais et requérir leur signature, afin de parrainer leur candidature, et du coup, ils esquivent l’épreuve de l’explication de leur projet de société. Par conséquent, on rate l’occasion de donner aux Sénégalais la possibilité d’apprécier l’offre qu’on leur fait sur la base sans doute des critiques du système en place, et par conséquent, des alternatives qu’on leur propose.
Cet exercice aurait été plus valorisant pour la crédibilité de toute candidature, quoique plus exigeante physiquement et financièrement sans doute, car au fond, la Présidentielle est un moment de «rendez-vous entre un homme et son Peuple», comme on a l’habitude de dire.
Trouver de l’argent pour faire la politique est devenu un jeu d’enfant dans ce Sénégal qui présente des perspectives intéressantes au plan économique, avec l’exploitation prochaine du pétrole et du gaz.
De puissants lobbies sont à l’affût, et bien entendu prêts à sponsoriser le moindre candidat qui présente une certaine porosité par rapport à leurs attentes, et qui sait se faire bruyant à la faveur des micros et caméras généreusement tendus. Point de programme, ni d’équipe, encore moins d’états de service probants, l’essentiel c’est d’exceller dans la démagogie et la critique facile, que dis-je, la dénonciation calomnieuse.
C’est en cela que la loi sur le parrainage me semble être un remède puissant, pas le seul d’ailleurs, contre les échappées solitaires de frustrés de la dernière heure, et autres aventuriers prêts à lancer une Opa sur les richesses du pays.
Elle est d’autant plus importante qu’elle imprime de fait un agenda à la recomposition de l’espace politique, avec un chronogramme qui va jusqu’aux prochaines Locales, dont la date a été reportée.
Les partis politiques de la mouvance présidentielle comme ceux de l’opposition et les individualités devront nécessairement passer par le parrainage, soit pour exister en l’état, se disloquer ou se fondre définitivement en laissant derrière un espace politique offrant une plus grande lisibilité.
Les péripéties qui vont nous mener vers la Présidentielle de février 2019 vont constituer l’épreuve de vérité des partis politiques de l’opposition certes, mais plus encore pour ceux de la mouvance présidentielle confrontés au parrainage.
Pour Benno bokk yaakaar, l’épreuve de vérité a déjà commencé. Il faudra chiffrer sa contribution à «l’effort de guerre» pour le parrainage du candidat Macky Sall. La question se posera de savoir qui représente quoi en son sein devant l’Apr. Ce sera le moment de se compter. Et justement, la contribution des uns et des autres déterminera forcément la composition et l’équilibre du futur attelage si le Président Macky Sall passe au 1er tour.
Le partage des responsabilités se fera à l’aune du comportement de toutes les composantes de Bby. Il reste évident que ceux qui auront apporté une contribution marginale seront irrémédiablement largués.
Invariablement, les partis et organisations que composent Bby devront faire leur mue pour épouser les contours d’un espace où se profile l’après 2024, qui va coïncider avec la fin du second et dernier mandat du Président Macky Sall, s’il est élu en 2019, mais aussi avec les manifestations d’ambitions pour lui succéder qui vont se faire jour. Cette perspective ne semble guère préoccuper les partis alliés qui, légitimement, peuvent revendiquer le bilan de Macky Sall avec qui ils ont cheminé. Mais la question taboue aujourd’hui est quel avenir pour Bby après 2019, personne ne semble vouloir se prononcer dessus, mais elle s’impose.
L’Afp tout comme le Ps, mais aussi la Ld et le Pit devront régler la question du renouvellement de leur leadership, en phase avec leurs ambitions réelles ou supposées, mais aussi et surtout les dynamiques internes qu’a suscitées leur présence au pouvoir durant le mandat du Président Macky Sall. Faute de quoi, ils vont vers leur pure perte face à l’Apr qui aura toute la latitude de se donner des positions hégémoniques institutionnelles partout comme elle l’a déjà fait ; et c’est de bonne guerre.
Le désamour des Sénégalais vis-à-vis des politiciens aura précipité irrémédiablement la chute de ces partis «historiques» au profit de nouvelles forces portées par des hommes neufs, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes.
La floraison des candidatures indépendantes a résolument donné le top départ vers une recomposition de l’espace politique. A terme, ces candidatures vont tracer des lignes de cohérence et des synergies entre des visions, des programmes et des projets de société, et bien sûr des frustrations, qui pourront donner 4 à 5 grands blocs politiques.
Aujourd’hui, les Libéraux ou ce qui en reste essaient laborieusement de se reconstituer, l’opposition bute sur des ego surdimensionnés, la coalition au pouvoir semble être préoccupée par d’autres réflexions, soit pour phagocyter des partis, éliminer les candidats gênants, débaucher des militants, voire régler ses problèmes de positionnement post 2019. Ce qui naturellement exclut de fait toute projection sur le futur de Bby, du moins à court terme.

Que faire après la victoire de Macky Sall et de Bby en 2019 ? Bien malin est celui qui peut y donner une réponse.
En revanche, sans être devin, il faudra s’attendre à un renouvellement du personnel politique et du dispositif institutionnel qui mettra l’Apr réorganisée sur orbite pour enterrer définitivement les ambitions des partis alliés et autres souteneurs qui n’auront pas contribué de manière significative à l’effort de guerre, et qui sans doute vont être «les chevaux de Troie» de la future «Armée mexicaine» de la nouvelle opposition.
Macky Sall fera alors un second mandat dans un espace politique qui aura, par la magie de la loi sur le parrainage, scellé le sort des velléitaires et de tous ceux qui ont eu du mal pendant 12 ans à accepter que c’est Macky Sall que les Sénégalais ont élu au suffrage universel.
Ils ne seront pas les seuls. Les partis qui ont dormi sur leurs lauriers ou qui se seraient embourgeoisés auront un réveil difficile face à une nouvelle adversité, interne comme externe. Bref, la recomposition a commencé avant l’heure et le report des Locales préfigure les combats épiques que vont se livrer alliés d’aujourd’hui et potentiels adversaires de demain.
Mamadou NDAO
Président de la Commission politique
de l’Alliance des Cadres pour le Progrès (Ancp)
de l’Afp
Liberté 6

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