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«L’opposition, au creux de la vague, rassemble ceux que le pouvoir sépare parce qu’il en fait des rivaux», reconnaissait la talentueuse biographe de François Mitterrand, Catherine Nay, dans un de ses ouvrages. Certes… nous pouvons convenir de cette rare pertinence de vues, signe de l’expertise avérée de la spécialiste du pouvoir qui, déjà dans l’examen froid des principes du «gouverner», n’écartait pas pour autant la force du bloc pouvant constituer un véritable contre-pouvoir – au pouvoir déjà établi légitimement.
Mais ce qui semble avoir échappé à la logique d’une telle analyse, c’est, me semble-t-il, l’éventualité que le pouvoir lui-même ne se serve d’une partie de l’opposition, d’un camp plus précisément, qui se voit confier les rênes du «principat», suite à un triomphe sans gloire. Plus précisément, lorsque le genre de situation politique qui prévaut actuellement en RD Congo se présente (à la suite d’un triomphe contesté vivement d’ailleurs, du parti de l’ancien opposant Félix Tshisekedi à la Présidentielle), et qui exige une cohabitation qui, disons-le, est assez inédite avec l’ancien prince Kabila dont les agissements durant son magistère ont toujours été vivement décriés, notamment les stratégies en vue d’éliminer les grands opposants politiques, à l’instar de Bemba et d’autres ; lorsque cette nouvelle situation de partenariat forcé se pose, qui exige une cohabitation autour du pouvoir, il est fort à craindre que le nouveau gouvernement ne se constitue sur la base d’une simple manipulation. Et le nouveau Président l’a bien rappelé en saluant sa victoire qui, selon lui, (et à raison, dirons-nous ironiquement) «n’est pas la victoire d’un camp contre un autre», («mais bien la victoire retrouvée dans la continuité de l’ancien gouvernement», ajouterons-nous, sans fard).
Nous comprenons à cet effet toutes les réactions qui ont suivi cette élection qui ne semble pas être loin d’une parodie, en particulier les vives récriminations de l’Eglise et de Martin Fayulu, suite aux résultats proclamés et qui ont consacré le fils de Etienne Tshisekedi vainqueur, suivi de Mr Kabila. En effet, tout se passe comme si un «deal» avait été orchestré par les deux hommes, et qui fait qu’en définitive, seule la fonction change de visage et non le pouvoir. De quoi susciter presque une admiration forcée pour Kabila, si on se réfère aux commentaires des experts de la politique qui, sur le site Politico, n’ont pas manqué de saluer les performances de «Kabila l’artiste», le «Maestro» de la scène politique congolaise ; et le site qui conclut ainsi : «L’artiste a joué, avec une précision diabolique, sa martingale politique. Il chute sans chuter. Il quitte le pouvoir sans le perdre. Il faudra bien rendre au César congolais les hommages qui lui sont dus.»
En effet, Kabila quitte le pouvoir sans le perdre, car disposant d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale, avec près de 350 députés sur 485 élus. Le Président élu n’a donc aucune majorité absolue, et nulle part. Aucun gouverneur de province. Donc, reconnaissons-le, il lui sera très difficile de s’imposer dans ces conditions. Il ne peut mettre en exécution aucun de ses plans «s’il ne conclut pas un accord avec Kabila», ajoute le politologue et écrivain congolais Dieudonné Wamu Oyatambwe au micro de la Rtbf. Triste destin qui explique peut-être ce regrettable malaise du nouveau Président congolais lors de son investiture. Sans entrer dans des considérations psychologiques, ce malaise est peut-être le signe d’un acquiescement face au «coup d’Etat» que l’ex prince Kabila a perpétré à sa manière, en le maquillant du fard d’une démocratie honteuse qui n’a pas hésité à recaler de dignes opposants à la course pour la Présidentielle, dont Jean Pierre Bemba, Antoine Gizenga et d’autres, tous aussi méritants.
A souhaiter vivement que cette cohabitation ne reproduise le duo Poutine – Medvedev et le simulacre de souveraineté que le second conduisait, juste pour laisser le bon rôle au premier qui, ainsi, fortifiait déjà son futur règne de Tsar et ses rêves d’impérialisme noyés dans l’ivresse décadente du triste règne de Boris Eltsine.

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