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Pourquoi elle divise… ?

Le côté sombre que l’on redoute le plus en politique, c’est ce pouvoir d’embarquer dans un de ces déchirements souvent inévitables dont seuls les hommes politiques ont le secret, et qui rendent incompréhensible au peuple la moindre question liée aux raisons qui expliquent parfois le choix ou l’attitude de ces hommes politiques. Et, dans le cas de certaines «exceptions», de certaines figures de politiques presque portées et entretenues par une forme d’adoration excessive, le moment du choix devient un dilemme pour l’homme ou la femme politique, surtout si le choix engage le risque d’un avenir dont le rendez-vous peut être manqué, car se jouant sur le pari fou d’un choix qui peut avoir des retombées désastreuses. Aussi, le risque est d’autant plus sérieux qu’il s’accompagne nécessairement de diabolisation et d’invectives de la part du Peuple.
Mais, le moment de passion écarté, la politique doit-elle vraiment risquer de subir ce que le Peuple instruit en une critique radicale de la morale, jusqu’à courir à perte elle-même, au nom d’un idéal soi-disant «éthique», si l’on sait qu’en dernier ressort, l’objectif de l’homme ou la femme politique est de parvenir au pouvoir pour changer dans le bon sens la situation économique et sociale de son pays ? Ne devrions-nous pas alors essayer de comprendre certaines positions que nos hommes et femmes politiques ont eu la liberté d’adopter en toute connaissance de cause, même si, difficilement pour certains ?
Si nous posons cette terrible question, c’est bien dans le but d’inviter à laisser enfin s’exprimer certaines personnes, dont la posture avant la Présidentielle a bien suscité quelques vives réactions, en alimentant sans raison une vague de passions déferlantes sur les réseaux sociaux, écorchant au passage leur personnalité emblématique. Et le cas le plus poignant noté à cet effet, est le dernier cas de Me Aïssata Tall Sall, présidente de la coalition «Osez l’Avenir».
Ce qui intéresse dans le cas de cette dame qui n’a commis (aux yeux de certains) pour seul tort (si on peut l’appeler ainsi !) celui d’avoir porté le choix d’appuyer la candidature du président de l’Apr, Macky Sall, à l’élection présidentielle prochaine, c’est que, si l’on se fie aux réactions à tort que son choix a suscitées, on lui demande presque l’impossible pour un politique : celui d’être neutre, pire même, de ne pas «vivre» réellement, de ne pas oser «bouger» politiquement, de rester dans sa bulle, comme «objet» de faïence qu’on adore sans plus, qu’on admire tant qu’elle reste dans les limites d’appréciation du jugement populaire. Mais, ce jugement populaire a-t-il toujours raison ? Si oui, quel serait alors ce rôle dévolu aux gouvernants et qui est celui de conduire dans le droit chemin des âmes dont Platon nous dit dans la République qu’elles sont égarées dans la caverne ?
Ne pourrions-nous pas véritablement mettre de côté la passion, et interroger la raison du choix de Aïssata Tall Sall, en nous inscrivant dans les hauteurs que requiert tout le sérieux de l’analyse politique ? Tout le monde peut ne pas être d’accord en politique, pour autant avons-nous le droit d’exiger de cette dame qu’elle n’ait aucunement la liberté de faire porter son choix sur le candidat dont elle peut juger qu’il est le plus près d’épouser les résolutions de son programme ?
Ce que les gens semblent oublier, c’est bien le fait que c’est sur la base d’un accord, résultat d’une consultation qui requiert une mise à niveau d’un programme des candidats que le choix définitif s’opère, sans oublier cette exigence démocratique consistant en dernier ressort à descendre au niveau de sa base électorale pour décider du choix du candidat à accompagner à l’élection présidentielle. Toutes ces raisons évoquées, n’y a-t-il pas une sorte de cohérence à ce que ce vœu cher de Aïssata Tall Sall de conduire les destinées de notre pays la conduise à se prononcer en faveur d’un candidat qui a eu au moins le mérite de reconnaître la pertinence du programme de «Osez l’Avenir», et qui s’est engagé à réajuster certaines choses, en corrigeant les manquements pour que les deux programmes (celui de «Osez l’Avenir» et celui du Pse (Plan Sénégal Emergent, puissent prendre en compte les dispositifs les plus impérieux pouvant nous mener vers l’émergence, si tant est que pour l’un comme pour l’autre, l’essentiel reste le Sénégal) ?
L’enjeu que constitue «l’avenir», n’est-il pas déjà inscrit dans le vouloir de «l’émergence» ? Peut-on se décider à ranger au placard certains points fondamentaux de son programme jusqu’à l’élection prochaine, alors même que le pouvoir se dispose à les intégrer dans sa propre feuille de route afin d’améliorer la situation du pays ? C’est cela la question véritable, et non toutes ces provocations et invectives mal nourries à l’endroit d’une femme qui, pour avoir été dans l’opposition pendant 19 ans, n’a plus rien à prouver quant à sa probité morale et sa bonne foi. Alors, au peuple d’être cohérent avec lui-même en ne demandant pas l’impossible.
La politique reste avant tout une affaire de réalisme. En cela, l’attitude de Aïssata Tall Sall n’a rien d’étrange ; elle n’a pas «transhumé» dans l’Apr, mais a décidé, en parfait accord avec les membres de sa coalition et sa base de Podor, de faire appliquer sa politique dont les points saillants sont en phase avec certaines propositions du Pse. Et elle n’a pas hésité à le rappeler lors de la campagne de Podor, devant le candidat de l’Apr, car c’est sur la base de la reconnaissance de l’applicabilité de ces points que le «contrat» a été scellé entre sa coalition et l’Apr. Ce qui ne dénote en rien d’une transhumance, mais tient plutôt au désir raisonné d’inventer avec l’autre (Apr) une issue commune.
L’essentiel reste bien le Sénégal ! Ce que nous devons comprendre et surtout accepter dans toute cette histoire, c’est que le choix de Aïssata Tall Sall fait encore partie de cette part d’elle que nous avons toujours aimée, sauf que c’est l’autre part qui a contribué à façonner sa personne et sa trajectoire, c’est cette part du refus de la stagnation pour ce qui touche à l’Avenir tel qu’elle le rêve et qu’elle demande d’«oser». En effet, toute l’audace que subsume la formule de sa coalition se résumait à travers le courage de son choix. Sa personne reste toujours intègre si on la juge véritablement par sa trajectoire professionnelle et politique. On ne gagne rien à vouloir lui faire vivre un sentiment de culpabilité alors même que son choix est cohérent, pour avoir pensé à l’éventualité d’un échec du candidat qu’elle a décidé de soutenir à ses risques et périls. Ce qui montre que son objectif est lié à son programme et non au soutien d’une personne de son clan. Et c’est bien cette part d’elle qui est la part de l’autre Aïssata, cette «femme qui pense par elle-même», avions-nous bien écrit dans une autre chronique.

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