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L’inauguration de la mosquée Massalikoul Djinane, symbole de la grandeur de l’œuvre du fondateur du Mouridisme, aura remarquablement contribué à l’apaisement du climat politique, en suscitant une communion des cœurs entre le prince et certains de ses opposants. En effet, ce grand événement catalyseur d’un rapprochement longtemps souhaité entre les protagonistes de la vie politique sénégalaise (à l’instar de Abdoulaye Wade et Macky Sall) a révélé ceci de particulier : outre qu’elle mobilise les foules, (comme l’a attesté du reste l’enthousiasme des fidèles de toutes obédiences religieuses et confrériques réunies), la religion relève de ce règne de l’apparence qui façonne les rapports de pouvoir entre les hommes. Et c’est peut-être pour avoir compris que le Peuple vit dans l’opinion et l’imagination que le prince, s’adaptant à cette donne, décida quarante-huit heures après l’événement d’accorder enfin sa grâce à Khalifa Sall, l’ex-maire de Dakar.
En tout état de cause, ce que nous pouvons retenir de l’inauguration de la mosquée Massalikoul Djinane, c’est qu’elle a représenté un véritable temps de rencontre entre deux réalités qui ne consacrent qu’une séparation symbolique : la religion et la politique. Toutefois, la religion rend possible le pouvoir politique en ce sens qu’elle lui est supérieure. Ce dont témoigne l’apaisement des cœurs qui signa des retrouvailles entre Wade et le prince, réconciliation bénie par le khalife général des Mourides qui en a été témoin. Mais au-delà de l’événement, la politique ne nous semble-t-elle pas être en détresse pour prétendre encore pouvoir répondre à la quête du sens liée à notre avenir et à la gestion des affaires de la cité ? Si nous posons ici la question, c’est parce que justement la politique semble de nos jours être débordée de tous les côtés par des crises qui l’affectent de différentes manières en conduisant la raison à douter d’elle-même. Et cet affaissement de la raison est assez visible sur le terrain politique où l’on note une impossibilité à s’entendre autour des mêmes enjeux. Et c’est à ce niveau que la religion triomphe, en aidant la raison à être raisonnable. C’est cette difficile mission que peut encore réussir le religieux sur la politique, peut-être parce que le fait religieux a été le premier cadre d’interprétation du monde ; et que, de par son étymologie même («religare»), se pose déjà la question du sujet social et du sens qu’il donne à son existence, en fonction de sa communauté d’appartenance.
Toujours est-il que ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est que la mission du religieux demeure toujours grande, dont l’objectif est de faire de la religion une force stabilisatrice. Et c’est cette grande leçon qu’a si bien exposée le khalife général des Mourides, dont le défi a été d’avoir délimité la place du religieux afin de lui permettre de jouer ce rôle positif de régulateur social, en parvenant à réconcilier les cœurs dans l’espace politique.

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