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Il fut un temps où l’économie de sa parole lui semblait presque une exigence, au nom d’une forme de sagesse qu’il s’était imposé, car la cible qu’il était devenu semblait a priori facile.
Alors que l’accusation dont il fut objet et qui portait sur l’affaire dite «des chantiers de Thiès» relevait d’un débat presque perdu, la parole du pouvoir avait subitement changé d’objet. Le débat public a été déplacé. Du combat d’idées portant sur l’accusation, on est alors passé à la question liée à la personne même. Les attaques se sont focalisées sur cet homme quasi étrange, bête politique inquiétante. Il ne s’agissait plus de l’affaire des «chantiers de Thiès», mais de cet homme, Idrissa Seck, devenu subitement incarnation d’un mal diffus, aux relations troubles avec le prince d’alors, vivement entretenues par l’attachement (aux allures presque freudiennes) à un «père» spirituel dont les attaques répétées semblaient relever beaucoup plus d’un excès d’«amour» à l’endroit du «fils rebelle» que du pur reniement. Qui ne se souvient pas de ces échanges rapportés par des enregistrements et dont le contenu laissait transparaître des failles psychologiques béantes ?
A l’époque, tout devait être fait pour éviter que les citoyens s’identifient à celui qui ne deviendrait réellement dangereux que s’il apparaissait comme le «clone» du prince. Et le démon s’est introduit en lui, dont la prestation est l’œuvre des sorciers de la «com», les communicants issus de l’antre de celui dont il ne faut pas dire le nom : le prince de l’époque lui-même, qui renia ainsi sans ménagement son «premier fils».
Aujourd’hui, candidat à la Présidentielle prochaine, il est remarquable de constater comme le «fils spirituel» a hérité de l’ancien prince. Et sans parti pris aucun, il convient de reconnaître l’excellence de sa communication dont la stratégie convoque beaucoup la maîtrise verbale de l’ancien Président. Et si l’on se penche un instant, sans passion ni émotion, sur le moment ou la manière dont l’expression survient chez le candidat de la coalition Idy2019, il y a, à n’en pas douter, quelque leçon politique à en tirer, dont celle-ci que nous empruntons à l’homme politique français (qui connut le même sort que Idrissa Seck durant son magistère, en qualité de ministre français délégué au Budget, Jérôme Cahuzac : «J’avais une part d’ombre et elle est aujourd’hui en pleine lumière.» (Entretien accordé à Bfm Tv).
Ainsi, réduit à une virtualisation qui l’effacerait progressivement, il a continué à jouer. Et, il faut le dire, il joue à merveille avec ce qu’il maîtrise le mieux : la communication.
Mais rien de surprenant à cela, il a été à bonne école, chez l’ancien Président Wade, ce maître de la stratégie politique qui a fini de nous convaincre qu’au-delà des mots, la politique traduit surtout le non-dit du discours. En effet, seul face à des appareils étatiques hypertrophiés, il faut voir comme il se construit en quelques instants de discours un personnage, comme il parle calmement, le regard clair, tout en ne cessant de pratiquer la dérision. A le voir, à l’écouter dire de manière excellente le discours, l’on finit par être persuadé que la politique n’est qu’une stratégie, une ruse mise en œuvre par un homme particulièrement habile dans le seul but de triompher. On peut être condamné, emprisonné, soupçonné de corruption, d’abus de biens sociaux, puis se présenter sans état d’âme devant les électeurs avec le secret espoir que l’élection lavera l’honneur (injustement) sali. Et c’est ce qu’exprime la «part d’ombre» de la candidature de Idrissa Seck : c’est le signe d’une bête blessée encore prête à mordre.

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