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A la parution du livre au titre mémorable de Simone de Beauvoir «Le Deuxième Sexe», l’écrivain André Rousseau n’avait pas manqué de soupirer : «Comment faire comprendre [à la femme] que c’est au bout du don de soi que sont les enrichissements infinis ?»
Cette remarque n’est pas sans attirer l’attention sur le regard que l’homme porte sur la condition de la femme, regard, il faut le dire, assez limité par ailleurs. En effet, admettre que l’éducation de la femme doit se faire dans le sens le plus altruiste, c’est du coup reconnaître que le seul rôle dévolu à la femme dans la vie est de tout donner autour d’elle (l’amour, la beauté, la joie, le sourire, bref se prêter à une soumission totale et entière, sans faire figure de martyr). Et ce don de soi passe nécessairement par l’abandon de ses potentialités créatives, par le renoncement de toutes ambitions créatives, de toutes aspirations personnelles. De telle sorte que refuser de nous sacrifier, ou vouloir poursuivre nos propres buts, nous attire une réprobation sans précédent de la part d’hommes face à qui il est difficile de disputer une aura imperceptible mais tenace, de prestige et de légitimité dans tous les domaines (l’écriture, la création, l’action politique etc.).
Cette remarque, pour en arriver à ce constat assez évident que, malgré des progrès incontestables, l’égalité entre les hommes et les femmes demeure un objectif très difficile à atteindre tant dans la sphère publique que dans la sphère privée. Et cette situation menace grandement la pleine citoyenneté de la femme et l’enjeu que représente cette citoyenneté face au défi de la démocratie.
Si la journée du 08 mars est dédiée aux droits des femmes, partout dans le monde, il faut reconnaître tout d’abord que c’est notre citoyenneté (qui aussi fait partie de notre nature, en tant que nous aspirons à prendre position dans toutes les décisions qui orientent notre futur) qui est d’abord mise à rude épreuve. En effet, l’état actuel des choses laisse voir que les femmes peinent à accéder à la pleine citoyenneté. Ce qui est assez révélateur des relations de pouvoir et de domination qui structurent nos sociétés, particulièrement en Afrique.
Peut-on parler de pleine citoyenneté pour les femmes alors que leurs droits fondamentaux ne sont presque pas reconnus ou sont menacés dans de nombreux pays, surtout en Afrique ?
Peut-on parler de citoyenneté sans participation à la vie politique ? Il est évident que la dernière élection présidentielle a laissé planer l’ombre d’un certain sexisme, avec zéro participation de femmes à la dernière course pour la souveraineté, le parrainage s’étant chargé de l’élimination de la seule note féminine qui pouvait encore prétendre à la légitimité suprême.
Quelle citoyenneté pour toutes ces femmes migrantes, travailleuses sans droits ou épouses soumises aux législations discriminatoires de leur pays d’origine ?
Sans oublier celles qui vivent dans la peur de la violence, à qui on dénie le droit le plus élémentaire et non moins humain de disposer de leur propre corps et de maîtriser leur propre vie ? Quelle citoyenneté dans nos démocraties où l’écart est persistant entre la réalité de la vie des femmes et les textes de lois, les résolutions relatives à l’égal accès aux processus de décision et à la lutte contre les discriminations et les violences ?
Autant de questions qui nous invitent à mieux situer le débat que suscite la célébration de la journée des droits des femmes, pour ne pas tourner l’interrogation vers les initiatives citoyennes, les valeurs citoyennes ou l’entreprise citoyenne…
Toujours est-il qu’il est nécessaire d’alimenter tout d’abord une réflexion sur le statut de pleine citoyenneté de la femme, pour nous éviter le sort combien triste de nous inscrire dans ce que Michelle Perrot appelle les «Silences de l’histoire». («Les femmes ou les Silences de l’Histoire», Flammarion, 1998, Paris).

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