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Première étape vers la Présidentielle, le dépôt des parrainages a été institué en vue d’écarter toute candidature à caractère fantaisiste, en contrôlant le nombre de candidats à l’élection pour la Magistrature suprême.
Mais au-delà de toutes les craintes que le système de parrainage suscite, liées au fait qu’il constitue un obstacle à la démocratie pour certains, conjugué à cela l’âpre quête de voix qu’il représente pour d’autres, si nous réfléchissions quant aux effets de ce mode démocratique établi sur la base de la représentation majoritaire !
Et lorsque nous parlons d’effets ici, nous faisons allusion à l’institution même de l’acte de parrainage, au mode de dévolution de la confiance qui désormais lie le candidat désigné pour la représentation majoritaire aux différents acteurs qui l’ont choisi.
En effet, il est remarquable de constater que le parrainage, au-delà du fait qu’il rassemble, qu’il égalise, allie aussi (et c’est cela qui est important) un moment le Peuple et ses leaders politiques dans l’exaltation de réalisations communes d’un contrat que le parrainé présente comme un «contrat social» sur la base duquel devront s’ériger les modalités du gouverner une fois que le candidat sera élu. Et c’est exactement à ce niveau que nous situons les «effets» en qualité de spectacle, et qui pourraient servir certains candidats, bêtes politiques habituées à la scène du pouvoir, et qui peuvent facilement emporter l’adhésion de voix qui habituellement votaient pour d’autres partis politiques.
Parce qu’il refaçonne les acteurs politiques en les engageant dans un spectacle où ils représentent non ce qu’ils sont, mais ce qu’ils doivent être en fonction de ce que les parrains attendent d’eux, le parrainage, par l’acte solennel qui le caractérise, est l’aspect le plus remarquable de la dramatisation ou de la spectacularisation du pouvoir. Ce qui explique que certains candidats organisent des meetings ou congrès d’investiture de leur candidat pour mieux marquer cet acte pourtant solennel qu’est le contrat de parrainage. Ce constat n’est pas sans rappeler ces propos de Georges Balandier, tirés de son ouvrage Le pouvoir sur scènes : «Tout pouvoir politique obtient finalement la subordination par le moyen de la théâtralité […]. Il représente, dans toutes les acceptions du terme, la société qu’il gouverne. Il se montre comme son émanation, il en assure la présentation à l’extérieur, il lui renvoie une image d’elle-même idéalisée et donc acceptable.»
Le candidat au parrainage utilise d’ailleurs des arguments tirés des moyens spectaculaires pour mieux marquer l’originalité du choix fait sur sa personne, en exposant publiquement les valeurs qu’il ou qu’elle incarne, fièrement exaltées par son griot parfois. Et cette situation est d’autant plus importante qu’elle permet d’immortaliser même «dans une matière impérissable» certains candidats dont la lignée comporte à la tête un chef historique, comme pour lui rappeler qu’il ne doit pas faillir dans sa noble mission. Et c’est à ce titre que le contrat de parrainage outrepasse le simple lien de confiance entre les élus et le Peuple, pour convoquer l’imaginaire, à travers une mise en scène de la vie sociale qui ne se dissocie pas d’une représentation de nos réalités.
Cette représentation du pouvoir délégué a ainsi une valeur exemplaire pour le public qui assiste ou participe à la cérémonie d’investiture du candidat parrainé, cela dans la mesure où ce public qui n’est pas forcément membre à 100% du parti du candidat au parrainage pourrait lui accorder sa confiance et ainsi se voir obligé de repenser sérieusement sa position par rapport aux autres partis.
Parce que le candidat assure à travers l’exposé de son programme, il peut, au sortir de son congrès d’investiture, s’attirer la sympathie ou la confiance de militants hésitants jusque-là quant à la personne sur qui faire porter leur choix définitivement. Et c’est en cela que le parrainage peut profiter à certains candidats, souvent les plus persuasifs, ceux qui sont habitués aux rouages de la politique, ces «bêtes de scène», pertinents à bien des égards, et qui forcent l’admiration en suscitant la confiance pour certains d’entre eux.
Il faut voir comme ils réussissent à mettre en action la corruption des institutions de notre société en sanctionnant publiquement la transgression de nos droits les plus fondamentaux, et qu’ils se proposent de restaurer, désormais à travers ce «contrat de sang» qui les lie aux militants – parrains. Nous voilà ainsi soumis à une logique implacable qui, de la réprobation à la colère, nous entraîne dans un nouveau terrain où le meneur de jeu nous assure la sauvegarde de la forme et des valeurs fondamentales de notre société même si, reconnaissons-le, souvent «l’argument est moins neuf que le terme qui le nomme», pour reprendre l’expression de Balandier.

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