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Après tant de discours fulminants, tout de projets déroulés sur fond de manichéisme qui laissait croire à un prochain changement, à travers une révolution dans la manière d’exercer le pouvoir, et qui ainsi brossait avec fougue les fresques du grand soir, le Peuple a enfin donné son verdict : Macky encore ! Comme si un retour en arrière n’était pas admissible. Comme si l’alternance après l’alternance de 2000, qui avait justement ouvert les portes du pouvoir à Macky pour la première fois n’était pas possible, relevait presque d’un «non-sens intellectuel».
Si «tout est possible», comme le répétaient en chœur les socialistes français au soir de la victoire de François Mitterrand en mai 1981, grisés en cela par l’éblouissement de l’état de grâce de ce cinquième mois de l’année d’alors, il est vrai que la seconde victoire à la Présidentielle du candidat de la coalition Benno bokk yaakaar a sonné comme une évidence durant toute la campagne, a été menée sur un mode qui laissait se dessiner la victoire, avec un candidat qui a posé placidement à côté de ses réalisations et projets n’attendant qu’une confirmation du Peuple pour sonner le «remake» de son programme. Pendant toutes ses pérégrinations, le prince a donné l’impression de vivre un état de grâce, beaucoup de Sénégalais se disant satisfaits de sa politique. Ainsi, la conversion ne s’est pas accomplie, comme d’aucuns le rêvaient malgré la distribution de tant de promesses qui laissaient présager de la capacité des citoyens à susciter le changement. Rien n’y fit. Le bonheur ne s’est pas exprimé aux sons de l’accordéon de l’opposition. On n’a pas dansé dans les carrefours ni veillé, comme en 2000, mais plutôt a-t-on décidé d’opter pour la continuité. A croire que les Sénégalais sont devenus apéristes. Peut-être parce qu’ils ont eu peur de certains discours qui prônaient le changement, formulés de la bouche de candidats qui incarnaient un nouveau style dans la gestion de l’Etat, et dans le comportement tout court. En tout cas, tout se passe comme si la majorité des Sénégalais avait intégré que certaines révolutions sont de courte durée pour la raison qu’elles «atteignent leur point culminant et un long malaise s’empare de la société avant qu’elle ait appris à s’approprier d’une façon sereine les résultats de sa période orageuse», comme le théorisait Karl Marx, dans le «18 Brumaire de Louis Bonaparte».
Mais, il faut dire que le candidat de la coalition gagnante avait bien préparé le terrain, avec la sortie de son ouvrage Le Sénégal au cœur, cette profession de foi du prince qui raconte son engagement en motivant son action savamment entretenue par son programme du Pse (Plan Sénégal Emergent). Et ce programme n’a cessé d’être sa feuille de route de campagne qui lui valut cette confiance renouvelée du Peuple pour un deuxième mandat.
Et les analyses les plus pointues de la science politique ne pouvaient que se taire devant ce bilan consacré par un premier mandat qui nous laisse un goût d’inachevé qu’illustre si bien l’état de certains projets dont l’achèvement pourrait bien inscrire le Sénégal dans les sphères tant rêvées de l’émergence.
C’est la revanche du réalisme sur le cri de la révolution accompagnée de feux de Bengale, de la fonction sur l’artifice du populisme. Bref d’une certaine morale. Une victoire que l’opposition digère mal, c’est certain, mais dont l’éclat ne peut être ignoré, même chez les mécontents qui ne manqueront peut-être pas de s’avouer, comme Chimène dans la parodie du Cid : «Qu’il est joli garçon l’assassin de papa !»

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