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L’un des points consacrés par la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, rédigée par Fatsah Ouguergouz, et préfacée par feu Kéba Mbaye, stipule clairement «la liberté d’aller et de venir, et le droit d’asile», comme droit concédé à tout Africain désireux de s’établir dans le pays de son choix. Ainsi, le réfugié est purement et simplement intégré à la communauté dans laquelle il a choisi de vivre.
Pourquoi ce rappel ? Peut-être parce que nous avons le sentiment aujourd’hui de vivre un moment de recul des droits de l’Homme, aussi bien dans les faits que dans le discours. En effet, nous vivons une situation qui a tendance à rendre presque inaudible la défense des droits de l’Homme, comme si ses arguments ne portaient plus. Et pour cause… Comment nous expliquer les événements violents qui ont émaillé l’Afrique du Sud ces dernières semaines ? Comment caractériser cette xénophobie, signe d’un retour à la sauvagerie, à la barbarie que l’on a vu revenir, si ce n’est qu’un viol a été opéré sur les droits de l’Homme, qui oblige à s’interroger sur la multiplication des griefs à l’égard du vocable des droits de l’Homme ?
Pourtant, la défense des droits de l’Homme avait formé un champ de légitimité avec différents discours à visées différentes au sein de la Nation arc-en-ciel, avec la libération de cette figure illustre qu’est Nelson Mandela.
Pour autant, la disparition de l’apartheid n’a pas réussi à faire taire les tensions sourdes qui traversaient le consensus en partie hypocrite autour de la question des droits de l’Homme, avec le fort taux de criminalité depuis toujours consacré par des villes sud-africaines comme Johannesburg, le Cap ou Durban.
Aujourd’hui, cette violence orientée vers les étrangers (particulièrement les Nigérians vivant en Afrique du Sud) s’énonce comme une tentation manifeste de désinvestir le champ des droits de l’Homme, ou plus exactement et de manière paradoxale, nous dirons que cette offensive contre les droits des étrangers va de pair avec une froide revendication de droits exclusifs aux Sud-africains dont la frustration ne cesse de s’amplifier avec un chômage qui continue de monter et une situation sociale stagnante.
La question qu’il importe de se poser, c’est bien celle-ci alors : Peut-on avoir raison de camper ainsi sur ses droits sans perdre toute notion de respect ou de civilité ? A moins que, reprenant le propos de Alain Finkielkraut, lors d’une de ses émissions, «le sujet de droit» ne soit «un mufle». Dans ce cas, la politesse et la galanterie disparaîtraient au fur et à mesure que les droits progressent.

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