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Qu’est-ce qui nous pousse encore à les aimer… ?
Cette question assez intrigante en apparence n’en garde pas moins sa pertinence, au regard des sujets qu’elle interpelle et de la réalité qui a été la leur, confrontés à l’exercice du pouvoir. Les sujets dont il s’agit ici sont tout simplement ces dictateurs aimés, haïs, puis étrangement adulés après leur mort. Leur réalité… ? …ils ont eu d’énormes défauts, se sont révélés des montres, paranoïaques, avec une prédominance dans leur style de gouverner marquée particulièrement par une monopolisation de tous les pouvoirs qui commande une gouvernance selon ses envies et impulsions ; le tout assis sur une parfaite banalisation de la terreur et le rejet des droits de l’Homme.
Qu’est-ce qui fascine encore chez certains personnages et qui suscite la nostalgie parfois ? De Kadhafi à Mugabe, en passant par Saddam Hussein, il y a à se poser la terrible question : y a-t-il des dictateurs plus acceptables que d’autres ? Ou bien, question plus terrible encore : en tant que Peuple, n’avons-nous pas tendance à nous laisser subvertir par un tyran démoniaque ? Autre manière de nous demander si nous ne portons pas en nous une forme de destruction systématique.
En tout état de cause, il demeure étrange de constater comme certains Peuples semblent attirés par la solution du pire qui leur est présentée.
Nous avons tous constaté la forte compassion qui, chez les Peuples, accompagna la nouvelle de la disparition de certaines figures politiques autoritaires. Loin de nous l’idée d’oublier que nous devons respect aux morts ! Mais nous avons fait beaucoup plus au fil du temps, en parvenant presqu’à déifier, magiquement d’austères personnages : Saddam Hussein qui, en disparaissant, a fait oublier le massacre à l’arme chimique de la ville de Halabja. Aujourd’hui, l’ancien raïs déchu et atrocement assassiné demeure un héros fortement adulé par les Arabes.
Et que dire du grand prédateur, au besoin presque compulsif de posséder l’autre, et dont le règne a beaucoup plus contribué à marquer les êtres du fer de sa puissance ? Aujourd’hui, les hommages posthumes se multiplient à travers les médias, de gens qui n’hésitent pas à tresser une véritable couronne de lauriers au colonel libyen. Même si nous ne perdons pas de vue toutes les réalisations du guide libyen, et dans plusieurs domaines ; même si nous n’excusons pas la responsabilité des puissances étrangères, particulièrement des Etats-Unis, dans l’effroyable exécution de l’ancien guide libyen ; une seule question me semble essentielle : qu’est-ce qui fascine encore chez certaines figures où se sont mêlés violence, tyrannie, progrès et autoritarisme ?
A croire que c’est la démocratie elle-même qui est fragilisée ! C’est justement ce qu’on est tenté de croire lorsque, après avoir été le sauveur de son Peuple (en sa qualité de champion de la lutte contre le colonialisme et symbole de la résistance contre l’oppresseur anglais), puis son tyran (à travers une incarnation solitaire du pouvoir que traduit l’existence d’un régime présidentiel pendant longtemps), Robert Mugabe est aujourd’hui considéré comme un héros national, après sa mort, certains membres de l’opposition allant même jusqu’à dire que le régime de Emerson Mnangagwa est plus dictatorial que celui de l’ancien Président. Et ces mêmes exemples foisonnent eu Europe et ailleurs où d’anciens dictateurs déchus semblent presque réincarnés par d’autres qui émergent.
Autant de faits qui nous font redouter que le 21e siècle ne soit un renouveau du siècle des dictateurs, comme le craignait Jacques Bainville qui avertissait depuis les années 30 : «Nous croyons toujours que tout est nouveau, alors que nous refaisons les expériences que les hommes des autres siècles ont faites et que nous repassons par les mêmes chemins qu’eux.» Et cela fait d’autant plus peur qu’une autre forme de dictature s’est faite jour, le populisme en Europe, avec ses fantasques représentants dont la plupart semblent parfaire une certaine mythologie, adoptant un fonctionnement vertical du pouvoir qui décrit une politique de tension et de révoltes. Et le Peuple qui acclame en exprimant à travers leur choix son goût de renouveau !

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