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C’est l’histoire d’une femme… Mais ce n’est pas l’histoire de n’importe quelle femme. C’est une femme qui pense par elle-même, et dont l’attrait irrésistible, que rehaussent la singularité d’un style et le punch intellectuel, laisse penser qu’elle peut bien réussir à manier le pouvoir différemment. Peut-être, en effet, n’aurait-elle pas les mêmes priorités, ni les mêmes méthodes, car elle est d’abord femme ; et les femmes, il faut le dire, apportent autre chose. Une société dans laquelle les femmes interviennent, par leur influence, par leur participation au Parlement, est une société qui bénéficie d’une richesse supplémentaire, car la femme y est une complémentarité. Et, si à tous ces avantages s’ajoute chez une dame une parfaite maîtrise de la règle de droit, le pouvoir devient familier, et le regard qu’on pose sur la politique devient différent. A la différence des hommes – qui s’agrippent au pouvoir très souvent –, les femmes savent – peut-être parce qu’elles ont la charge de ce qu’il y a de plus fragile au monde : les enfants – que tout est d’emblée précaire, et pour cela, il faut être constamment aux aguets. La situation actuelle de notre pays, caractérisée par une réalité politique qui depuis les indépendances n’a accordé le monopole du pouvoir qu’aux hommes, semble pourtant nourrir l’urgence de produire enfin «la femme–alibi», celle qui justement peut obtenir les choses parce qu’elle est une femme, mais une femme qui peut mener à une douce révolution dans les mentalités, notamment pour ce qui concerne la politique… Le combat qu’elle mènera, la façon dont elle considèrera à la fois ses propres habitudes traditionnelles, mais aussi et tout d’abord ce que sera l’Etat à ses yeux, peut justifier qu’on lui fasse confiance. Une seule candidature l’incarne : celle de Maître Aïssata Tall Sall ! Loin de nous l’idée de nourrir une quelconque propagande ! Il s’agit tout simplement de réfléchir à la rigueur d’une candidature qui a déjà subi ses effets de maturation.
C’est l’histoire d’une femme déjà projetée vers un «avenir» inscrit dans un programme de société qui s’énonce comme un nouveau «contrat social» qu’elle nous demande d’«oser», en ayant foi au changement. Sa volonté de réussir est sûrement à la hauteur des difficultés auxquelles elle s’est déjà heurtée, en tant que femme écartelée entre les traditions toujours vivantes en elle (l’appartenance à une ethnie très enracinée dans ses réalités) et l’ouverture au modernisme par le courage d’une revendication du statut de vraie battante, incarné par son choix professionnel : l’avocature ! Un choix non-anodin, en effet ! Quand on veut se lancer en politique, indéniablement, il faut le reconnaitre, il faut maitriser le discours. Et la grande dame fait déjà forte impression. Elle est peut-être la seule qui fasse l’unanimité dans la gent féminine ; tout le monde se presse pour l’écouter. Elle sait se faire remarquer. Et tout cela ne serait rien, cependant, si son attrait et son charme se brisaient dès qu’elle prend la parole. Au contraire, non seulement elle parle bien, mais c’est une femme d’esprit, jamais avare de belles formules, même au moment où elle assassine son adversaire par le verbe. C’est un régal que de l’entendre à l’Assemblée rappeler à l’ordre ces parlementaires qui méconnaissent la grandeur de l’institution et la sacralité du pouvoir, non sans attirer l’attention des gouvernants sur le modèle constitutif de la démocratie, de cette démocratie qui n’est pas la dictature de la majorité, mais la reconnaissance des droits de la minorité. Le personnage se dessine ainsi, volontairement double. Elle est la brillante avocate que l’on connait, et dont l’image est bien rehaussée par le film «Bamako», dans lequel elle se drape encore de la toge, haranguant la foule du juré pour la défense d’une noble cause.
Mais, Maître Aïssata Tall Sall, c’est aussi la femme qui a incarné le pouvoir et ses aléas, en ayant gardé d’abord une fidélité à un Parti (le Ps), et déposé en lui une confiance aveugle. Du militantisme engagé, elle est passée à une politique ambitieuse qui lui vaudra plusieurs nominations en qualité de ministre (au temps du Président Abdou Diouf), siégeant dans un gouvernement où elle a été presque «le seul homme», pour reprendre le propos de Ben Gourion à l’endroit de Golda Meir, plusieurs fois nommée ministre. En quand arriva le désamour de 2000 qui consacre la défaite du Ps aux présidentielles, l’adoration ne s’est pas totalement éteinte pour autant. Elle est déjà brillante opposante, avec une classe intellectuelle reconnue par tous, y compris les fervents opposants à son parti. Et ce qui accroche le plus chez la dame, c’est le style. Elle ne joue pas sur la séduction féminine, pas plus qu’elle ne manifeste le sentimentalisme qu’on prête volontiers aux femmes. En sa présence, on oublie qu’elle est une femme. Et c’est précisément ce qu’elle reflète lorsqu’on lui fait face : elle ne veut pas obtenir de ses partenaires hommes la moindre faveur, qui semblerait être accordée à une représentante du sexe dit faible. Pour autant, on ne la connaît pas féministe. Et ce paradoxe suscite l’admiration de tous. Jamais, surtout dans les médias, on n’avait encore porté à ce niveau d’audience l’aura d’une femme comme l’est le cas Aïssata Tall Sall ! Sur la toile, certaines internautes osent porter leur pourcentage d’admiration pour la candidate de Podor à 200% !
Jamais situation n’a conduit à une telle libération des femmes disant leur soutien à l’avocate. Et pour cause ! C’est une battante et elle est constante jusque dans le triomphe. Elle garde fièrement le contrôle de sa localité tout en nourrissant pour son parti le désir de reprendre les rênes du pouvoir.
Elle peut incarner ce pouvoir comme elle a incarné la figure d’héroïne du film «Bamako» où, en femme indépendante, elle n’a pas manqué de dire tout le mal qu’elle pensait d’un certain système qu’elle combat sous une autre forme dans la vie de tous les jours, au nom d’un principe républicain et dans le respect de l’adversité. Elle s’est imposée par sa ténacité et son courage à la société des hommes, pour protéger son peuple et défendre les intérêts de son terroir, n’hésitant pas à sacrifier sa liberté en descendant protester contre les dérives d’un certain régime dans la rue à côté d’autres opposants pour barrer la route à la tyrannie. Disons-le, elle peut être le modèle propre à faire vibrer les plus nobles émotions et à séduire l’électorat par ses qualités et ses vertus. Parce qu’elle a eu l’audace d’endosser un habit d’homme, dans une société encore phallocrate certes, mais qu’elle ne peine pas à séduire, car son intention est de la sauver – c’est extraordinaire ! Quitte à heurter la vieille garde des hommes en politique, elle tente de s’approprier l’imaginaire familier de la République et de séduire ainsi un électorat déjà déçu par les brutalités des comportements et les propos extrémistes de certains candidats. La grande dame a le sens de l’image et sait s’adresser bien au-delà des militants de son parti, au point, dans son discours, d’inviter tout le monde par une attention amicale.

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