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A Guédiawaye, dans le quartier de Médina Gounass, un endroit étonne : la «Maison rose». Créée depuis novembre 2008 par l’association humanitaire de solidarité internationale «Unies Vers Elles Sénégal», elle accueille et accompagne des femmes qui sont en grande difficulté.

La «Maison rose» occupe, après rénovation, les locaux de l’ancien Tribunal de la ville de Guédiawaye. Située au cœur du quartier populaire de Médina Gounass à Guédiawaye, elle se distingue des habitations vétustes juxtaposées à elle. La propreté des lieux, la couleur rose qui l’embellit et les rires qu’on entend parfois contrastent avec le passé douloureux des femmes en grande difficulté qui y sont accueillies. Elles ont été victimes de viol, d’inceste, de maltraitance, sans oublier celles qui ont souffert de la prostitution. L’architecture et la couleur rose des lieux renseignent sur la volonté des initiatrices d’en faire un lieu chaleureux. Un espace où ces victimes peuvent se reconstruire. A l’intérieur, résonnent des cris d’enfants. Car dans cet endroit, on accueille les victimes avec ou sans leurs enfants. Au-delà de l’internat, certaines viennent juste pour y passer la matinée, court séjour appelé «accueil de jour». Ce volet permet à des femmes de bénéficier, le temps d’une journée, d’une prise en charge. Juste à l’entrée, à gauche du bâtiment, se trouvent des bureaux. Au rez-de-chaussée, des membres du personnel échangent avec une patiente. Cette dernière, en tenue traditionnelle, parole hésitante, se déplace à l’aide d’un déambuleur.
A la «Maison rose», appelée « Dar es Salam » (maison de la paix), c’est tout un programme pour aider ces femmes à reconstruire leur vie. Pour briser l’omerta et libérer la parole des concernées. Les éducatrices se fondent sur le passé tumultueux de la personne, indispensable à cette reconstruction. Pour y arriver, elles se reposent sur des principes simples : voir, écouter, sentir, développer l’intuition. Une étape importante, selon Khady Badio, coordinatrice de la «Maison rose». Pour elle, «la Maison rose propose un programme holistique aux bénéficiaires». L’accompagnement est fait à partir d’une philosophie instaurée par l’initiatrice, Mona Chasserio. Il s’agit de «travailler l’histoire de la personne», renseigne-t-elle. Les victimes y viennent après avoir vécu des moments difficiles. «Il est donc important de connaitre leur trajectoire douloureuse, leur souffrance pour en faire quelque chose de positif», ajoute Khady Badio.
A la «Maison rose», les employés font tout pour que ces femmes se sentent protégées derrière ses murs. Un atelier de broderie, qui a fermé boutique depuis quelque temps, leur permettait d’exercer de petits métiers. Situé à l’entrée, il leur donnait aussi l’occasion de gagner de l’argent. Mais seulement certaines victimes, tentées par l’argent, accordaient plus la priorité aux «sous».
«On s’est rendu compte que cela pouvait impacter négativement la victime.» Les dirigeants de la «Maison rose» ont changé depuis de fusil d’épaule. Ils appliquent désormais, le «système de parrainage». Il consiste, après la sortie, à lui trouver un parrain ou une marraine pour l’épauler dans ses activités.

Garder son enfant malgré elle
Elles sont nombreuses, à la «Maison rose», les femmes qui ont tenté l’avortement clandestin. «Je dirais que plus de 50 % des victimes qui viennent nous voir ont déjà essayé l’avortement. Elles nous disent avoir pris des médicaments ou des plantes», martèle Khady Badio. Devant le fait accompli, la résignation est l’ultime solution pour elles. A la «Maison rose», ces enfants, inconscients bien sûr de leur situation, s’amusent. En fait, ils sont le fruit d’une relation incestueuse. Et Khady Badio, la coordinatrice de la «Maison rose», pense que l’avortement peut être un recours, une solution. «Surtout lorsqu’il s’agit d’inceste ou d’autres cas comme celui de cette fille de 14 ans, déficiente mentale qu’on a eu à recevoir. Elle avait fugué de Mbacké et s’est retrouvée dans un réseau de prostituées à Dakar. Inconsciente de son état, enceinte par la suite, son pronostic vital était engagé.» En sus de cela, «elle piquait même des crises parfois». Neuf ans après sa création, dans la banlieue dakaroise, la «Maison rose» continue à protéger la parole des femmes. Celles qui sont en grande souffrance pour ne pas les exposer dans les médias. Car ce lieu leur permet de gagner en confiance et de transformer le négatif en positif.

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