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A travers un article paru dans Le Quotidien du 07 juillet 2020 et intitulé «Joj Dakar 2022, et si on en parlait ?», Monsieur Cheikh Souleymane Fall, sociologue du Sport, analyse l’organisation de cet événement sous trois angles : la pertinence, l’héritage et le contexte économique lié au Covid-19.
En réaction à l’invitation de Monsieur Fall de parler de l’organisation des Joj 2022, je voudrais apporter quelques éclairages sur la pertinence d’organiser au Sénégal cet événement sportif d’envergure mondiale.
Dans son article, Monsieur Cheikh S. Fall remet en cause la pertinence de l’organisation des Joj 2022 au Sénégal et se demande comment un pays qui ne dispose pas de politique sportive claire, d’infrastructures sportives décentes, de ressources humaines et financières suffisantes peut-il songer à accueillir un événement international aussi dispendieux ; il soutient que la priorité est ailleurs.
A l’attention de tous ceux qui l’ignorent, je tiens à préciser que notre pays dispose d’une politique sportive très claire définie par le chef de l’Etat et dont la mise en œuvre est confiée au ministre des Sports. En effet, notre pays a élaboré en 2015, suivant une approche participative et inclusive, la Lettre de politique sectorielle de développement (Lpsd) des sports qui couvre une période de 10 ans (2016-2025).
Il y a lieu de rappeler que pour les Etats de l’Uemoa, l’élaboration des lettres politiques sectorielles constitue une exigence, en application de la Directive n° 06/2009/CM/Uemoa du 26 juin 2009. Ces politiques sont conçues selon l’approche de «la gestion axée sur les résultats».
Au Sénégal, les lettres de politiques sectorielles sont arrimées aux priorités définies dans le Plan Sénégal émergent (Pse). Le sport étant inscrit dans l’Axe 1 du Pse «Transformation structurelle de l’économie et Croissance», la Lpsd des sports a été bâtie autour de quatre orientations stratégiques, dont celle portant sur le «Renforcement de la contribution économique du sport». Cette orientation stratégique est ensuite déclinée en quatre programmes d’actions, dont un visant à «Améliorer la qualité de l’offre sportive du Sénégal pour l’organisation de rencontres internationales qui soutiennent le tourisme et les domaines connexes».
Il est donc clair que l’option prise par notre pays d’accueillir les Joj 2022 est une matérialisation d’une ambition inscrite dans la Lpsd des sports, une initiative en phase avec la place de choix qu’occupent les événements sportifs mondiaux dans les stratégies globales des Etats modernes.
Il importe de rappeler que pour un pays, l’option d’organiser un événement sportif d’envergure mondiale relève d’une stratégie fondée sur une nouvelle conception du pouvoir, caractérisée par l’ambition de renforcer son influence au niveau international pour ensuite bénéficier de retombées économiques. Ce type de pouvoir est théorisé sous le concept de «soft power» par le Professeur Joseph Nye de l’Université Harvard.
A l’heure du «soft power», le sport est pour certains auteurs l’un des leviers politiques les plus puissants du rayonnement d’un Etat sur la scène internationale. C’est ce qui justifie la concurrence rude à laquelle se livrent les pays pour abriter les grands événements sportifs mondiaux, avec parfois l’implication personnelle des chefs d’Etat dans le soutien des candidatures concernant leurs pays. Ce fût le cas avec les Présidents français et américain qui ont soutenu respectivement la candidature de Paris 2024 et la candidature nord-américaine pour le Mondial 2026 de football.
En termes de retombées, l’exposition médiatique dont bénéficiera notre pays pendant les 19 jours que vont durer les Joj 2022, notamment la future ville moderne de Diamniadio, constituera un atout énorme. En effet, l’équivalent monétaire de cette publicité dont va bénéficier le Sénégal à l’échelle internationale serait très élevé.
Le tourisme, qui constitue un des secteurs-clés de notre économie et qui vit des moments difficiles, en profitera largement avant, pendant et après les Joj 2022. L’opportunité sera saisie pour mettre en valeur nos atouts touristiques et susciter chez les millions de téléspectateurs l’envie de découvrir notre pays, chez les milliers de participants aux Joj 2022 l’envie de revenir au Sénégal. Les services connexes vont aussi en profiter.
L’héritage des Joj 2022, notamment dans le domaine des infrastructures sportives, constituera pour notre pays un atout de taille dans le cadre de la géopolitique du sport, caractérisée par l’intégration structurante du sport et des rencontres sportives mondiales dans les réalités et les dynamiques internationales économiques, politiques, sociales, éducatives ou culturelles. En effet, notre pays pourra, avec autant d’infrastructures modernes de sport, de transport et d’accueil, abriter après 2022 d’autres manifestations sportives internationales et renforcer son positionnement stratégique, économique et diplomatique aux niveaux ouest-africain, continental et mondial.
Cette liste non exhaustive d’impacts positifs attendus montre à suffisance la pertinence d’organiser les Joj 2022 au Sénégal, ce qui doit nous amener à considérer les montants investis par l’Etat dans cet événement comme un investissement et non comme une dépense non prioritaire.
Paul DIONNE
MBA Management du Sport (Esg Paris)
Secrétaire général du Ministère des Sports

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