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La phallocratie plonge ses racines dans la nuit des temps. Pour asseoir le pouvoir du phallus, ils ont depuis l’antiquité fabriqué des idéologies d’exclusion. Les phallocrates ont tellement sous-estimé la femme qu’ils ont fini par l’assujettir et la ravaler au rang d’objet sexuel. Constamment en surchauffe libidinale et s’adjugeant l’exclusivité du droit à la jouissance, ils ont fait subir à la femme la clitoridectomie. Pour masquer leurs faiblesses, les phallocrates obligent la femme à porter le voile alors que c’est à eux de contrôler leurs désirs sexuels ou de fermer leurs yeux. Ce sont les hommes de cet acabit, jaloux et égoïstes, qui avaient de par le passé châtré leurs esclaves et autorisé la femme à ne pas porter le voile devant l’esclave. Ils sont convaincus qu’une femme non voilée ne peut en aucun cas allumer le feu de l’excitation d’un esclave émasculé.
En fouillant dans les archives et recueillant les témoignages de la tradition orale, on se rend compte que certaines personnes considérées comme des derviches, parangons de vertu ou modèles de référence sont en réalité des hédonistes et concupiscents. Leur apparence de probité ou de rectitude cache souvent une sexualité débridée. Ces faux vertueux aiment la bonne chair et s’adonnent à la luxure. Ils s’emmitouflent dans leurs oripeaux vestimentaires et s’érigent en donneurs de leçons. Dans le silence des alcôves ou des bureaux, ils commettent des délits sexuels, trompent leurs épouses, abusent de leurs esclaves, violent leurs domestiques ou employées, donnent des «promotions canapés» aux demandeuses d’emplois… Il suffit d’écouter les émissions de certaines radios pour se rendre compte de la dégradation des mœurs, de l’intensité de l’activité sexuelle au Sénégal, des nombreux cas de viol, de harcèlements sexuels et de pédophilie au Séné­gal.
D’après certains témoins oraux, dans une célèbre ville du Sénégal colonial, même en période de jeûne, le maître, usant et abusant du droit de cuissage, pouvait forcer son esclave à rompre son jeûne pour éteindre le feu de son excitation. Ces genres de pratiques sont encore légion aujourd’hui. D’autres témoins oraux disent que le droit de cuissage existe toujours dans quelques villages où la coutume voudrait qu’on mît chaque mois à la disposition du chef religieux trois filles pucelles pour abuser d’elles et les remettre à leur famille aussitôt après leur avoir fait perdre leur virginité. Ailleurs, ce sont des indigents qui «vendent» leurs filles à de riches sénescents à la recherche d’une eau nuptiale de jouvence.
Cette sexualité débridée et les fréquents viols ont entraîné la naissance de beaucoup d’enfants adultérins. Ces derniers sont considérés comme des souillures qui déshonorent leur père. Ils ne sont pas les bienvenus dans les domiciles de leurs géniteurs et le plus souvent privés de leurs droits à l’héritage après la mort de leur père ; d’où les nombreuses querelles de succession et litiges dans les tribunaux religieux ou Palais de justice. En même temps, les mamans des enfants adultérins (nés à la suite de viols ou de rapports sexuels consentis) vivent dans le traumatisme et perdent leurs valeurs. Les bourreaux et phallocrates, quant à eux, se la coulent douce et se prélassent. Pour récidiver, ils continuent de regarder les femmes, d’apprécier leurs rondeurs ou callipygies. C’est à cause de cette impunité que les phallocrates et criminels sexuels se permettent aujourd’hui d’occuper les plateaux de télévision et d’utiliser les ondes de la radio pour nous donner des leçons de morale et faire l’apologie d’un acte criminel odieux qu’est le viol. La violence n’est pas seulement physique, elle est aussi verbale. Faire l’apologie du viol, c’est commettre un viol sur la conscience de la femme. C’est dans la tête des phallocrates qu’il faut alors mener le combat si nous volons redonner à la femme sa dignité, sa respectabilité et son pouvoir. Cela passe d’abord par une relecture et un amendement des textes et lois écrits par les hommes depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.
Mamaye NIANG
Professeur d’Histoire et de Géographie
mamayebinet@yahoo.fr

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