PARTAGER

Je n’ai pas connu Sembène. Je n’ai jamais eu l’honneur de lui serrer la main. Mais de lui je retiens une philosophie de vie très forte : «J’ai bavé, je baverai encore mais avec dignité. Je ne me mettrai jamais à genoux», disait-il en 2003 dans un reportage du journaliste burkinabé Yacouba Traoré. Il ajoutait : «J’ai un travail que j’aime et personne ne m’a demandé de le faire. Je veux parler avec mon peuple et cela je ne peux pas le faire en cachette.»  Ces mots de Sembène, je les porte en bandoulière, fier d’avoir eu la chance en tant que jeune journaliste reporter à l’époque, de couvrir avec émotion ses obsèques, notamment la cérémonie de son inhumation. De ce mémorable jour, je garde d’ailleurs des souvenirs de certaines scènes autour de sa dépouille. Je ne me suis jamais expliqué ces scènes surprenantes et insolites. Mais 10 ans plus tard, après avoir écouté de nombreux témoignages sur cet illustre fils du Sénégal, vu et revu ses films, lu et relu ses œuvres, mais surtout en côtoyant ceux qui ont été ses proches, tout ceci m’a permis d’être un peu plus édifié non seulement sur ces scènes qui m’ont frappé le jour des obsèques mais surtout sur l’après-Sembène. Et, c’est justement de cela qu’il est question aujourd’hui : l’après-Sembène.
Comme beaucoup de Séné­galais, les férus de son cinéma et les inconditionnels de ses œuvres littéraires notamment, j’ai hâte en ce jour de souvenir de son rappel à Dieu, d’aller formuler des prières sur sa tombe. Mais pas seulement pour que pour mes vœux de voir son héritage préserver de l’oubli soient exaucées. Je veux surtout en ce jour avoir une pensée et prier pour ceux qui furent ses proches, ses «fils», «amis» et qui aujourd’hui sont écartés ou esseulés au point de baisser les bras et laisser toute une mémoire disparaître.  A Clarence Delgado, Marette Diallo, Cheikh Ngaïdo Bâ, Samba Gadjigo, Ben Diogaye Bèye, Moussa Touré, Mansour Sora Wade,… A vous tous que je ne peux citer ici mais qui comprenez à demi-mot cette prière et ce souci… Le meilleur se peut encore pour notre Père du cinéma africain !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here