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INTRODUCTION
Le système productif est le moteur de l’économie, et la finance en est le carburant. Tant qu’il n’y a pas un système d’injection de carburant qui fonctionne, le moteur ne pourra pas tourner. Plus le moteur tournera rapidement, plus il aura besoin de carburant. «C’est le système financier qui doit injecter l’argent dans l’économie : il doit mobiliser l’épargne, octroyer le crédit et assurer la croissance adéquate de l’offre monétaire. Un sous-approvisionnement en monnaie calera le moteur, et ainsi arrêtera l’économie ; un surapprovisionnement en carburant conduira à l’inflation, donc à la suffocation du moteur». (Seibel H.D., 1992). L’objectif de ce diner-débat est d’introduire quelques pistes de réflexion sur la double problématique de l’Emergence et de son financement. La corrélation entre les deux contribue à déclencher un cercle vertueux de transformations structurelles qui rendent possible et pérenne, une dynamique de croissance régulière, harmonieuse et inclusive capable de réduire le chômage, la pauvreté de masse et les précarités sociales.
L’émergence implique la synchronisation de stratégies inclusives (endogènes) de développement fondées sur de bonnes politiques sectorielles avec la massification des investissements dans les secteurs productifs et l’élargissement des gains de productivité pour rendre l’économie plus compétitive. Elle se fonde sur 4 leviers : (i) une Gouvernance politique (Un Etat fort, producteur, prospecteur et programmeur), un logiciel mental collectif (acceptation des innovations et régulation du civisme), un capital social (selon Putnam, 1993, un ensemble de valeurs, de normes comportementales, d’obligations et de canaux d’information visant à instaurer la confiance, garantir l’application des contrats, instituer des mécanismes d’assurance et favoriser l’apprentissage social), un interventionnisme économique et un mécanisme de stabilité politique et institutionnelle, (ii) une Administration publique (intègre, républicaine, compétente, performante), (iii) un secteur privé (dynamique, motivé, impliqué et soutenu par un patriotisme économique réfléchi) et (iv) des ressources humaines de haute qualité technique et professionnelle.
La pensée économique, malgré ses multiples controverses, a produit une quantité impressionnante de recherches relativement à la corrélation entre le financement (bonne qualité du système bancaire et financier) et la croissance portée par des politiques sectorielles de l’Emergence. Dans ce sens, des auteurs comme W.Bagehot (1873) et J.Hick (1969), Bencivenga, Smith (1991), Greenwood et Jovanovic (1990 ont soutenu que le système financier et les révolutions techniques ont initié l’industrialisation en Angleterre ; également, J. Schumpeter (1912) avait démontré que le bon fonctionnement des banques a imposé l’innovation technologique en identifiant et en finançant les fameux «capitaines d’industrie». Plus récemment, McKinnon (1973) et Shaw (1973), King et Levine (1993), ont développé des modèles économétriques qui montrent le rôle essentiel de la libéralisation et du développement de l’intermédiation financière dans l’accélération de la croissance et la création des richesses. En somme, les instruments financiers doivent refléter et appuyer les mécanismes productifs et s’y conformer. Le système financier influence ainsi positivement la croissance économique à travers deux principaux canaux : l’accumulation du capital et l’innovation technologique qu’elle engendre. Par ces canaux, l’intermédiation financière assure d’une part la promotion de l’entrepreneuriat et de l’autre la création des richesses, permettant ainsi de réduire durablement la pauvreté. C’est dire que le taux d’épargne mobilisé, le taux d’investissement effectué, et le niveau de productivité engendré par les innovations technologiques constituent des paramètres indispensables.
En Afrique de l’Ouest francophone, plusieurs études et recherches académiques, depuis Joseph Tchundjang Pouémi, ont démontré, à suffisance, cette analyse. Le faible niveau de l’épargne nationale est le facteur majeur qui bloque les opportunités d’investissements productifs ou de restructurations des activités entrepreneuriales. Toutefois, il y a dans les politiques financières des préjugés aussi difficiles à détruire qu’un atome : d’une part, on pense que l’épargne est nulle parce que le revenu est faible, on ne cherche donc pas à mobiliser celle qui existe, de l’autre, on croit savoir que la planche à billets est inflationniste, on s’interdit avec aveuglement tout déficit budgétaire, ou bien, à l’opposé, on ne mesure pas les limites du déficit qui dérègle les mécanismes à partir des dépenses publiques. Ces préjugés contribuent à l’affaiblissement structurel et à l’inefficacité du système bancaire et financier pivot de l’ossature de l’écosystème financier.
Sommairement, au-delà de son utilisation généralisée dans les discours de mobilisation économique de quelques pays africains, les plans et stratégies de l’Emergence sont conçus comme une vision stratégique globale qui se traduit par la conduite de politiques sectorielles pertinentes qui doivent rendre la croissance soutenable et durable à partir d’investissements massifs publics et privés. Ces plans sont confrontés à des obstacles récurrents comme (i) la difficulté à prioriser les projets et assurer leur soutenabilité financière et opérationnelle ; (ii) les difficultés à mobiliser des ressources financières hors budget de l’Etat, afin de soutenir le rythme d’investissements élevés nécessaire à l’impulsion d’une croissance robuste ; (iii) les multiples lacunes institutionnelles de l’Etat et de ses dispositifs de mise en œuvre et de pilotage stratégique.
I/ TAXONOMIE DESCRIPTIVE DE L’ECOSYSTEME BANCAIRE ET FINANCIER
Les nombreuses recherches théoriques ont largement établi qu’un système efficace qui mobilise l’épargne et la dirige vers les investissements est un élément indispensable de la croissance et du développement économique. Pour les entreprises privées, le crédit est indispensable pour la croissance et le progrès et sert, en outre, à imposer une certaine discipline aux entreprises emprunteuses et leur permettre compétitivité et performance.
Malgré les mutations du secteur financier et bancaire, le sempiternel problème du financement de l’entreprise et du développement économique reste encore entier avec un déséquilibre grandissant entre la demande de financement et l’offre de crédit. La forte progression bancaire ne profite pas ou peu aux Pme et Tpe. Ce déséquilibre apparaît dans les traits caractéristiques du secteur bancaire à savoir :
La forte concentration de l’activité bancaire sur des opérations de crédits de court terme, ce qui est préjudiciable au développement économique et au bien-être social. Les taux d‘intérêt à court terme sont supérieurs aux rendements à long terme ce qui signifie que les banques vont arbitrer les prêts en faveur des opérations de court terme au détriment de l’investissement productif ;
Le très faible taux de bancarisation qui est d’environ 12 %, ce niveau est largement en deçà de celui de certains Pvd comme l’Afrique du Sud (63 %), le Maroc (62 %), la Tunisie (60 %), la Namibie (55 %), le Botswana (54 %) et la Zambie (33 %) : le niveau de financement de l’économie reste légèrement supérieur à environ 20 % du Pib ce qui constitue un handicap sérieux ;
La trop forte concentration des crédits bancaires sur trois secteurs (78 % des concours) : les services (28 %), le commerce (26 %) et les industries manufacturières (24 %) et le secteur agro-sylvo-pastoral, par exemple n’ont reçu que 3% des concours bancaires ;
Le faible volume des crédits long-terme : ils ne représentent que 5 % des crédits et se concentrent pour plus de 70 % aux grandes entreprises ; les Pme ne mobilisent que 13,5 milliards sur 64,5 milliards toutes entreprises confondues.
L’accès aux services bancaires est largement contraint par plusieurs facteurs notamment les coûts de transaction élevés (transport, frais d’agence, etc.), ainsi que des facteurs discriminatoires de nature géostratégique ou géopolitique en faveur des grandes entreprises multinationales ou oligopoles au détriment des Pme et secteur informel dont l‘immense majorité des entrepreneurs n’a que faiblement accès à un crédit bancaire : les raisons classiques invoquées étant l’insolvabilité, le manque de garanties et de formation financières, d’information et la méfiance, etc. Les Pme sont presque exclues du système bancaire au détriment des grandes entreprises et des opérations sur les titres de créances qui ont connu une accélération considérable dans le bilan des banques.
A ces 4 limites viendra s’ajouter le durcissement prochain du dispositif prudentiel avec la mise en place de Bâle 2 et Bâle 3 qui ne va pas faciliter le développement de l’offre de crédits. Les recommandations de Bale 2 reposent sur trois piliers : le premier concerne l’exigence minimale en fonds propres intégrant le risque de crédit, le risque de marché et le risque opérationnel (n’existant pas dans l’approche Bale I), le deuxième concerne le contrôle du processus de gestion des risques et la couverture en capital par les autorités prudentielles et le troisième définit les obligations de publication imposées aux banques et établissements assimilés.
II/ LA POLITIQUE MONETAIRE DE LA BCEAO ET LE MYSTERE DES TAUX D’INTÉRÊT USURIER
En ce qui concerne la politique des taux d’intérêt, elle contribue à l’utilisation optimale des ressources financières à l’intérieur des Etats de l’Union. Elle s’appuie sur l’open-market, la promotion du marché interbancaire et la libéralisation des conditions de banque. Elle s’articule autour des taux directeurs de la Banque centrale applicables aux principaux guichets de refinancement à savoir, le taux d’escompte pour le guichet de réescompte qui est une procédure d’achat définitif d’effets à douze mois au plus, le taux de pension qui est une procédure d’achat temporaire d’effets pour 30 jours au plus et le taux du marché monétaire par appel d’offres.
Pour encourager, en 2011, les banques à booster les crédits à l’économie et à se prêter davantage entre elles, la Bceao avait mis en place une politique de taux de réserves obligatoires différents d’un pays à l’autre (Exemple 7% au Sénégal et 5% en Côte d’Ivoire), les résultats mitigés ont amené une modification de cette politique en mars 2017 par une réduction harmonisée du taux de 5% à 3% pour, une fois encore, dynamiser le marché monétaire.
Il n’en fut rien, car cette modification n’a point entrainé un abaissement des taux d’intérêt préteur des banques dans leur ensemble. A titre d’illustration, le taux de crédit en moyenne mensuelle est de 15,32% et varie suivant les différentes banques : 10% pour la Banque de l’Habitat du Sénégal (Bhs), 14% pour la Citibank,15% pour la Compagnie Bancaire de l’Afrique Occidentale (Cbeao), la Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie au Sénégal (Bicis) et la Caisse Nationale du Crédit Agricole du Sénégal (Cncas) , 16% pour la Société Générale de Banque au Sénégal (Sgbs) et 18% pour Ecobank , le Crédit lyonnais et la Bank of Africa (Boa). Les taux d’intérêt appliqués par les Services Financiers Décentralisés diffèrent de ceux appliqués par les banques et sont fixés à 27%, à cause dit-on des spécificités des institutions et notamment, l’extrême vulnérabilité de leurs clientèles qui ont des coûts de risque élevés.
Cette analyse sommaire de l’écosystème bancaire soulève directement deux problèmes sous-jacents, voire même deux obstacles qui influencent fortement l’accès du secteur privé au crédit : la question du risque et des garanties et la mise en place d’autres modes de financement. L’aversion du risque a amené l’essor des fonds de garantie même si l’on considère que le risque représente l’essence même de toute activité économique et financière.
La relation «banque-entreprise» est une relation complexe basée le plus souvent sur une information imparfaite et incomplète : les banques estiment ne posséder les informations sur les projets présentés par les entreprises, celles-ci, à leur tour, affirment ne pas connaitre les stratégies suivies par les banques par rapport à la décision d’accorder des crédits. Chaque acteur évoque les méthodes d’évaluation du risque, ce phénomène est qualifié d’asymétrie d’information. L’absence d’une telle relation de confiance durable entre les entreprises et les établissements de crédit est à l’origine de plusieurs erreurs telles que l’amalgame dans les méthodes d’évaluation du risque de crédit des diverses Pme, l’évaluation inexacte du risque-crédit, le coût élevé du crédit pour certains clients.
En conclusion sur ce point crucial, l’Etat devrait pousser les banques commerciales à jouer leur rôle de prêteur de premier ordre pour faire fonctionner l’économie et non pas en devenir un frein. Etant donné la faible rentabilité des Pme/Pmi/Eti dans nos pays, un taux d’intérêt à deux chiffres n’est pas acceptable. Ce taux ne devrait pas dépasser 6% soit l’équivalent du double du taux directeur de la Bceao.
III/L’IMPERATIVE NECESSITE DE POUSSER L’ECOSYSTEME BANCAIRE A S’INTERESSER AU LONG TERME
La stratégie d’Emergence privilégie les grands projets structurants qui contribuent à l’amélioration de la productivité globale des facteurs, à la compétitivité et à l’attractivité des Investissements directs étrangers. Les Investissements dans ces secteurs sont massifs et demandent des crédits longs. Parfois aussi, nos champions nationaux sont demandeurs de tels crédits que ne peut offrir la systémie bancaire.
Il me semble qu’il est de la responsabilité de la Banque centrale d’inverser la courbe des taux de sorte que les rendements à long terme soient supérieurs aux rendements à court terme, il est vrai que cette technique ne peut fonctionner que si on arrive à instaurer une corrélation entre les taux directeurs de Banque centrale d’une part, avec les taux offerts par les banques à la clientèle et d’autre part, associer cette démarche avec une politique monétaire compréhensible et lisible pour un niveau d’inflation compatible avec l’environnement économique.
Par ailleurs, la mise en place de fonds de garantie est, certes, une bonne mesure mais leurs engagements doivent plutôt porter prioritairement et massivement sur les crédits d’investissements industriels. Egalement, dans l’optique de mobiliser des capitaux longs d’autres leviers s’offrent par recours au marché financier, aux institutions financières supranationales. Il faudra être attentif au fait que l’objectif de rentabilité ne va pas de pair avec une hausse même marginale des coûts des ressources ce qui pose le problème du patriotisme économique des banques. Egalement, il est envisageable pour accroitre les crédits longs d’exonérer les crédits d’investissements industriels de la Tob, de revoir le niveau à la baisse ou même éliminer carrément les réserves obligatoires sur les crédits industriels. Il existe, aujourd’hui, dans le système financier mondial, plusieurs leviers qui permettent d’amener le secteur bancaire à s’intéresser davantage au long terme. Il revient à l’Etat d’aider à accroitre considérablement la quantité, la variabilité, la qualité, et l’efficacité des institutions de l’intermédiation financière, des instruments et des services financiers. Il est vrai qu’il est difficile de lever, dans le court et moyen termes, les multiples contraintes auxquelles font face les banques commerciales classiques.
IV/ FACE AUX DEFICIENCES DE L’ECOSYSTÈME BANCAIRE ET FINANCIER MOBILISER TOUTES RESSOURCES FINANCIERES INTERNES COMME EX­TER­NES
1°) Développer avec plus de vigueur la microfinance.
Elle présente des avantages certains avec des coûts d’implantation plus modérés, une meilleure adaptation à l’environnement d’implantation, des coûts de transactions plus faibles, des services adaptés, et des taux d’intérêt sur le crédit plus malléable dans le cas de coopératives et des mutuelles, il importe de disposer de bonnes politiques et institutions de mobilisation d’autres ressources. On peut citer quelques exemples de grandes réussites de la microfinance en Inde avec un guichet pour moins de 4000 habitants et plus de 65% des ruraux ont accès au crédit, les Caisses Populaires Desjardins au Canada avec 5,4 millions de sociétaires soit plus du quart de la population active, en Allemagne les 13 000 guichets qui représentent 20% du marché bancaire et environ 60% de l’intermédiation bancaire et même la France avec le Crédit Agricole en France qui dispose de 6 millions de sociétaires et plus de 16 millions de clients (environ le quart de la population française.
2°) Mobiliser les Ide et en faire une meilleure utilisation
Les mouvements de capitaux et en particulier les Inves­tissements Directs Etrangers (Ide), constituent la voie privilégiée pour les Psd de résorber leur déficit important d’épargne. Ces Ide se présentent sous deux formes dominantes : celle des flux financiers qui cherchent à se rentabiliser dans un système monétaire globalisé complètement décloisonné et déréglementé et celle des Firmes multinationales qui visent à augmenter leurs profits, leur rentabilité, leur compétitivité par le contrôle de leurs espaces de valorisation ce qui leur permet d’échapper aux contraintes et législations nationales dans le domaine productif. L’aboutissement des deux formes est le transfert de flux financiers et la délocalisation de la production qui accroissent leur rentabilité et améliorent les conditions de leur valorisation.
Dès lors, l’objectif est clair : créer un environnement favorable et rendre l’investissement privé plus attractif et de sorte à attirer plus particulièrement l’Ide cela d’autant plus que deux facteurs concomitants vont approfondir le mouvement des Ide vers l’Afrique : d’abord, avec un taux de croissance de près de 5 %, qui augure le doublement du Pib dans les dix prochaines années et ensuite, le retour sur investissement de 24 à 30% selon la Banque mondiale.
Parmi les investisseurs étrangers qui ont décidé de miser sur l’Afrique, sont très souvent originaires des pays du Bric : Chine, Brésil et Inde qui ont profité de la désertion sur ce continent, de nombreuses entreprises occidentales en provenance des anciens empires coloniaux pour s’y implanter durablement. Ces pays émergents disposent, aujourd’hui, de plus de 50% des réserves financières du monde, il est de l’intérêt de l’Afrique de se tourner vers ces pays pour espérer obtenir à des conditions douces pour les capitaux dont elle a besoin pour son industrialisation.
3°) L’Aide publique au Développement trop de promesses et de faibles réalisations : les pays émergents tentent péniblement de prendre le relais
En progression dans les années 80, les montants alloués à l’aide publique au développement (Apd) n’ont cessé de se réduire pendant les années 90, même si ce mouvement s’est stabilisé au début des années 2000, mais à son niveau le plus bas. Désormais, tous les partenaires semblent prendre conscience de la nécessité d’une véritable refondation de l’Apd afin de la rendre efficace et plus conforme aux priorités du développement des pays bénéficiaires. Cette refondation est la conséquence de la critique interne de la mondialisation libérale qui, dans ses dimensions Nord-Sud, est révélatrice de très profondes inégalités sociales.
La Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide, entérinée en mars 2005, est un accord international conclu entre donateurs et bénéficiaires de l’Apd. L’objectif principal de ce texte est de réformer les modalités d’acheminement et de gestion de l’aide pour augmenter son efficacité, notamment en matière de réduction de la pauvreté et des inégalités, de consolidation de la croissance.
La Chine est, aujourd’hui, le premier donateur financier du continent africain. Les investissements directs chinois sont supérieurs à ceux de toutes les anciennes puissances coloniales réunies. Cette aide financière est faite de prêts bonifiés ainsi, pour la période 2010/2012, la Chine a prêté 10 milliards de dollars au continent pour financer des projets d’infrastructures. En plus, des institutions financières chinoises ont accordé 1 milliard de dollars sous forme de prêts spéciaux aux petites et moyennes entreprises africaines. Il s’y ajoute les annulations de dette réalisées en faveur des 31 pays africains les plus pauvres.
4°) Les transferts des migrants
De nos jours, 1 personne sur 10 à travers le monde participe directement aux envois de fonds, soit en envoyant soit en recevant ces fonds. En 2007, on estimait à quelque 125 millions le nombre de travailleurs migrants qui aident de la sorte 500 millions de personnes, membres de leurs familles restés dans leur pays d’origine.
Ces envois de fonds en Afrique sont estimés à environ 50 milliards de dollars et constituent pour de nombreux pays africains la source principale et des flux de capitaux qui dépassent à la fois l’Ide et l’Apd. Quelques exemples méritent d’être cités : au Maroc, ces envois de fonds représentent 637 % de l’Ide et 452 % de l’Apd, en Egypte, ils représentent 467 % de l’Ide et 225 % de l’Apd, au Cap-Vert, ils représentent 929 % de l’Ide et 103 % de l’Apd. L’étude de la Bad arrive à la conclusion que, globalement, ces envois de fonds représentent 9 % à 24 % du Pib et entre 80 à 750 % de l’Apd.
5°) Les capitaux enfuis et flux financiers illicites
Les capitaux enfuis constituent des pertes énormes de ressources financières. Selon deux chercheurs, Léonce Ndikumana et James K. Boyce, les fuites de capitaux dont a été victime l’Afrique subsaharienne entre 1970 et 2004 s’élèvent au total à 341,6 milliards de dollars (en dollars de 2004). Si l’on inclut les intérêts rapportés par ces placements, les 40 pays couverts par cette étude ont souffert d’un manque à gagner sur la période de 476 milliards de dollars, soit le double de leur stock de dette extérieure. Les auteurs montrent, par ailleurs, que les fuites de capitaux sont étroitement corrélées à l’endettement extérieur : pour chaque euro emprunté, en moyenne 60 centimes repartent à l’étranger, dès la première année.
6°) Exploiter les perspectives des fonds souverains
Les fonds souverains sont nombreux à s’investir en Afrique, certains sont mis en place par les pays émergents qui y recyclent leurs excédents. Il existe une deuxième catégorie, les fonds de capital-investissement de stature mondiale qui se développent avec rapidité et qui, antérieurement, avaient longtemps boudé l’Afrique, lui préférant les marchés matures.
Dans un système financier globalisé où la crise est quasi permanente, le durcissement des règles prudentielles pour les banques et les assurances vont rendre les placements en actions moins attrayants. Dans ce contexte, il faut prêter une plus grande attention à la vingtaine de fonds souverains qui pèsent environ plus de 15 000 milliards de dollars, même si leur opacité peut alimenter quelques soupçons. C’est le cas de la China Investment Corporation (CIC, 300 milliards de dollars d’avoir), l’un des deux fonds souverains de la Chine, des fonds du Golfe à l’image de Dubaï Ports qui a tenté d’acquérir six ports américains, du fonds norvégien Government Pension Fund, (500 milliards de dollars), du fonds souverain australien Australian Future Fund, (50 milliards de dollars). En 2008, le Cic avait proposé de sous-traiter une partie de ses placements à des gérants de capitaux. Cela lui avait valu, en quelques jours, plus de deux cents offres de service.

EN CONCLUSION
Les gouvernements africains ont deux déficiences majeures : la première est d’attendre l’argent de l’extérieur et à mettre l’accent plus sur l’allocation des ressources plutôt que sur leur mobilisation dans la conduite des politiques économiques. La seconde soulignée par la Banque mondiale (1989) concerne l’efficacité avec laquelle ils utilisent leurs ressources. Or, la contribution d’un système financier à la croissance tient précisément à ce qu’il est à même d’accroitre cette efficacité.
Ils doivent d’abord, prioriser la mobilisation interne des ressources en recourant à l’épargne intérieure, en utilisant de façon plus efficiente les transferts de la diaspora et en luttant pour limiter les capitaux enfuis et travailler plus positivement à leur retour, ensuite, favoriser les Investissements étrangers directs (Ide), en outre, emprunter auprès des institutions de financement du développement et des fonds souverains sans peur de s’endetter et encourager les partenaires traditionnels à accroitre (Apd) et enfin, tirer parti des nouvelles sources de financement de la coopération Sud-Sud, et en luttant pour limiter les capitaux enfuis et travailler plus positivement à leur retour.

Lomé 27 Mars 2019, Texte d’un diner-débat organisé par le Centre de Formation Bancaire du Togo sous la présidence effective de Son Excellence Dr. Komi Selom Klassou, Premier Ministre
du Togo.

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