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Si nous pouvons définir la crise comme étant un moment périlleux dans l’évolution des choses engendré par un conflit, il reste indéniable qu’il n’y a pas de crise formelle au sein de la formation politique de Senghor. Le conflit dans une organisation politique suppose l’existence de divergences antagoniques au plan doctrinal et de l’orientation, pouvant conduire le cas échéant à son éclatement ou sa transformation. Or, le dernier congrès ordinaire du Ps, dont la thématique centrale était «Valeurs socialistes et défis de notre époque» tenu en juin 2014, avait réaffirmé dans un contexte national et international qui s’est modifié l’ancrage plus fort que jamais du Ps au socialisme démocratique, mais en apportant une innovation théorique sur les démarches, méthodes et projets vers plus de participation citoyenne et d’ouverture afin de renforcer la compétence du Peuple.
Le Président Senghor considérait le socialisme démocratique comme moins une doctrine qu’une méthode d’action qui a pour but de développer l’homme dans tous les hommes, en se basant sur deux principes majeurs : d’une part, sur la rationalité et partant, l’efficacité ; d’autre part, sur la justice sociale, fondée elle-même sur la solidarité humaine. Autant dire que le Parti socialiste prône aujourd’hui l’ouverture politique et l’efficacité économique au sens de l’économie sociale de marché dans un monde transformationnel. Jus­qu’à présent, sur ces questions de principe, il n’y a jamais eu de divergences fondamentales ou, à tout le moins, de remise en question des adaptations apportées par le parti par rapport aux modifications du con­texte pouvant justifier un conflit politique attentatoire à l’existence même de la formation .
C’est dire que les contradictions qui traversent le Ps de nos jours sont d’ordre non antagoniques ou secondaires, en ce qu’elles ne remettent pas en question les valeurs qui fondent le socialisme démocratique et les adaptations apportées par le dernier congrès ordinaire à la lumière des  nombreux défis de notre époque. Les  contradictions secondaires actuelles au Ps relèvent de différence de points de vue relevant de l’approche stratégique sur les questions électorales conjoncturelles. Or à ce niveau, le jeu démocratique interne a réglé admirablement la question par un arbitrage à travers la commission électorale inclusive du comité central qui a fait un rapport à la suite de trois mois de travail sur l’évaluation du référendum et les perspectives électorales à court terme qui a  été examiné et validé par les organes dirigeants du parti (le Sen et le Bp), avant d’être  légitimé par les coordinations sur l’ensemble de l’étendue du territoire national dans une consultation des bases militantes. Le processus inclusif interne qui a conduit à la décision du parti de poursuivre le compagnonnage avec la coalition Bby est on ne plus démocratique et participatif. Si bien qu’au terme de l’exploitation des résultats de la consultation des bases militantes, les camarades partisans du non au référendum et du non au compagnonnage avec Bby ont obtenu moins de 10% seulement des suffrages exprimés. La discipline  du parti, exigée dans la charte du militant dans ses droits et devoirs, notamment en ses alinéas 6 et 7 qui traitent du respect scrupuleux des décisions des instances régulières du parti au terme de débats démocratiques, impose aux minoritaires de se ranger derrière la position majoritaire, au risque de  violer les dispositions réglementaires et statutaires.
Ce qui confirme qu’il n’y a aucune crise interne au Ps, c’est le fonctionnement régulier de ses instances, du sommet à la base, et la prééminence du débat démocratique interne qui a abouti à la décision largement majoritaire que la formation du Président Senghor doit poursuivre le compagnonnage avec Bby, telle que d’ailleurs indiquée dans la résolution générale du dernier congrès ordinaire du parti au troisième considérant et dans les recommandations.
Si nous sommes d’accord que les contradictions actuelles au sein du Ps ne sont pas antagoniques pour relever de la stratégie à adopter sur les questions électorales conjoncturelles en vue de la réalisation du projet socialiste, cette question ne saurait se régler suivant l’agenda et les intérêts crypto personnels  des uns et des autres au détriment des intérêts collectifs et de l’agenda  du parti. C’est, au de­meurant, la démocratie interne sur les questions d’approche qui doit prévaloir et qui, en l’occurrence, a notamment prévalu, s’agissant de la question électorale et qu’à cet effet, la minorité a l’obligation de suivre la majorité.
La logique historique séquentielle, telle que spécifiée dans les considérants du dernier congrès ordinaire du Ps, stipule la participation de la formation politique du Président Senghor à toutes les initiatives de nature à combattre le régime rétrograde du Président Wade et à promouvoir, aujourd’hui, les valeurs susceptibles d’engager notre pays sur la voie d’une ère nouvelle de démocratie et de redressement national avec nos alliés naturels dans Bby. A cet effet, les Assises nationales dont le Ps fut l’initiateur et le principal contributeur, tant au niveau de l’implication des ressources humaines que de la mobilisation populaire, constituent la base programmatique minimale de l’alliance stratégique des partis formant Bby, et il serait illogique, anachronique et incohérent de nous en départir de nos jours. Ce qu’il y a de plus important au-delà des considérations politiciennes, c’est la prise en charge des intérêts des Sénégalais à travers un programme dessinant un modèle sénégalais de développement et de ce point de vue, le Pudc qui correspond au programme du Ps d’équipement et d’animation du monde rural à travers les coopératives, la Couverture maladie universelle, le financement de la santé des populations, les Bourses de sécurité familiale qui correspondent également au programme du Ps d’aide du monde rural, le développement de l’agriculture et de l’industrie de transformation à travers la reprise de la Sonacos, de Transrail, les efforts pour le développement du capital humain sont autant d’initiatives qui entrent naturellement dans le projet  socialiste.
Le Président Senghor nous enseignait le mùn, le jom et le kersa et préconisait la priorité aux aspects économiques et sociaux sur les aspects politiques ou politiciens devant passer au second plan pour des pays comme les nôtres, confrontés en même temps à la résolution de plusieurs défis. Il ajoutait aussi qu’il ne s’agit pas de vouloir partir, mais de pouvoir partir, et que l’essentiel demeure, au-delà des ambitions, la nécessité absolue de promouvoir le rassemblement des forces politiques et sociales vers des convergences et coalitions afin de pouvoir faire face aux multiples périls qui guettent le Sénégal (sécheresse, inondations, salinisation des terres, avancée de la mer, pollution atmosphérique, chômage avec le défi démographique et économique, terrorisme, endémies etc.).
Aujourd’hui, il n’y a aucune crise au Ps qui se confronte à des problèmes disciplinaires résultant de comportements de certains camarades, préoccupés non pas par les intérêts du Sénégal et du parti, mais par leur propre carrière politique après avoir tout bénéficié de leur formation politique.
Il s’agira pour les dissidents minoritaires qui se réclament encore de Senghor de méditer les enseignements du père fondateur pour le respect de la discipline interne du parti, les valeurs de probité et d’honnêteté, mais surtout de compétence, de mùn ,de jom et de kersa qui n’ont rien à voir, ni avec la violence verbale ni avec celle physique…
Au-delà de l’électoralisme, des clichés et autres diabolisations, le Ps poursuit son bonhomme de chemin, en s’arrêtant à chaque gare qui voit l’entrée massive de jeunes et de cadres épris de paix, de liberté et avides de formation politique pour le renforcement de la compétence du Peuple.
Kadialy  GASSAMA
Economiste
Membre du Bp du parti socialiste

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