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J’entends souvent des journalistes, à l’exemple de Monsieur Mbaye Sidy Mbaye dans sa chronique sur Rfm jeudi dernier, reprocher aux politiciens de ne pas tenir des discours sur leur programme et même de ne pas en avoir.
Je pense que c’est un procès très facile fait aux acteurs politiques. Ce, d’autant que le format de l’émission et la qualité de grand éditorialiste de M. Mbaye pourraient faire passer cette opinion personnelle pour une vérité objective. En réalité, comme M. Mbaye, beaucoup de citoyens déplorent le peu d’écho des programmes des partis et mouvements dans les émissions politiques. Pourtant, qu’on en partage les grandes lignes ou pas, la plupart de ces structures ont élaboré un programme. Alors, la question est de savoir pourquoi leur diffusion est absente ou inaudible dans ce flux continu d’informations.
A l’analyse des faits, on constate que la responsabilité est largement partagée entre les partis et mouvements politiques, à savoir les concepteurs de ces programmes, les journalistes qui en sont les diffuseurs et les citoyens qui en sont les consommateurs. Ne faudrait-il pas s’atteler à cerner les rôles et attentes de chaque partie de ce triptyque ? Comment faire pour que chacune remplisse sa fonction pour que finalement la conscience citoyenne soit à la hauteur des enjeux de la société démocratique que nous souhaitons créer ? Car la vraie question est là. N’est-ce pas M. Mbaye ?

Produire, vendre et consommer tout le temps, jusqu’à l’overdose
Le Sénégal compte un nombre impressionnant de quotidiens et d’hebdomadaires qui, souvent, traitent des mêmes grands sujets et on se demande, à l’heure d’internet, si leur modèle économique est viable. Alors, dans ce cadre de marché étriqué et de concurrence acharnée, il faut trouver les moyens de faire face aux charges et enrichir les actionnaires. La stratégie d’une bonne partie de la presse écrite consiste à attirer les citoyens en faisant les gros titres sur des thèmes à sensation ; il arrive même que le contenu de l’article soit en énorme décalage avec ce que laissait penser la une du journal ou qu’il traite de tout à fait autre chose. Stratégie de marketing oblige ! Les contributions pertinentes hors sujets politiques racoleurs sont insérées dans les pages «profondes» et pas mises en valeur pour faire prendre conscience au lecteur que la bonne information est à rechercher dans cette rubrique. La principale motivation des acteurs de cette presse est d’augmenter leur tirage et de vendre des espaces publicitaires, autrement dit : «Vendre des minutes de cerveau aux annonceurs».
La plupart des foyers disposent de système ou bouquet permettant d’avoir des centaines de chaînes de télévision. Les nombreuses émissions qu’on peut y suivre répondent aux mêmes critères que ceux édités ci-dessus : celles susceptibles d’apporter des informations utiles aux citoyens sont souvent diffusées tardivement et surtout prennent peu de place face aux programmes de divertissement. Cela suscite quelque fois l’envie d’aller explorer des chaînes étrangères. Les invités des émissions politiques sont souvent des acteurs qui sont connus pour leur capacité à faire le show, à être insolents ou faisant partie du décor traditionnel, avec un discours connu d’avance. D’un autre côté, la qualité des informations dépend aussi de la capacité de l’animateur à diriger les questions sur des points essentiels et pousser l’invité politique à se dévoiler pour que le téléspectateur apprécie la qualité et la crédibilité de l’offre politique qu’il porte. Force est de constater que cela n’arrive que trop rarement.
Cette qualité de l’information suppose aussi que les citoyens ayant une expérience avérée dans des questions qui interpellent la société soient invités à côté des acteurs politiques et qu’ils acceptent de jouer le jeu en participant à l’évaluation de la crédibilité des programmes. Il arrive souvent que ces «experts» ne souhaitent pas aller aux charbons ardents sous le fallacieux prétexte qu’ils ne s’intéressent pas à la politique, tout en se plaignant tous les jours de tout ce qui ne marche pas dans le pays.
Enfin, on peut apostropher le citoyen qui dispose de multiples canaux pour trouver l’information. Il demande de la qualité, cependant on constate qu’un grand nombre de lectures et de commentaires d’un article ou de tirages d’un journal arrive plus souvent quand il s’agit de sujets à sensation et que l’audimat explose lorsque les télévisions diffusent des séries, du sport ou de la musique. On constate aussi que face à cette offre politique que beaucoup déplorent, une bonne partie d’entre eux refusent de s’engager pour être acteur de ce changement qu’ils veulent. En résumé, ils attendent une autorégulation des politiciens qui viendraient répondre à leurs besoins. Autant rêver !

Tous acteurs de la qualité de l’information
Alors, nous sommes tous responsables de cette médiocratie qui gangrène toutes les sphères du pays, y compris la qualité de l’information. Médiocratie dans la gouvernance et dans la création de conditions favorables à l’émergence d’une classe politique crédible aux yeux des citoyens.

Mme DIOP Blondin – Ndèye Fatou NDIAYE
Consultante Télécom

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