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Avec la réouverture des lieux de culte et des marchés le jour où le pays a atteint un record de cas positifs, le Président s’enferme dans un pari pascalien à l’envers. A tous les coups, il risque de perdre. Si les cas baissent parce que nous aurons atteint le pic, les religieux vont revendiquer la bonne nouvelle comme une preuve que Dieu a exaucé leurs prières. Les desseins de la providence étant impénétrables, personne ne pourra prouver le contraire. Par contre, si le nombre de cas et de décès explose, le Président Macky Sall devra en endosser la responsabilité devant les Sénégalais à qui il devra rendre compte, parce que les religieux ne rendent compte qu’à Dieu, dont le royaume n’est pas de ce monde. Donc à tous les coups, Macky Sall risque de perdre. Il rend compte aux Sénégalais qui l’ont élu grâce à un système représentatif, alors que les religieux ne rendent compte qu’à «Celui qui ne rend jamais compte», un des noms de Dieu. La responsabilité de Macky Sall est concrète et palpable alors que celle des religieux est abstraite. Dans l’histoire de l’Europe et de la chrétienté, pendant des siècles, l’Eglise voulait gouverner les hommes. C’était un «gouvernement visible» au nom d’un roi invisible dont le royaume n’est pas de ce monde. Cette confusion des sphères entre le temporel et le spirituel avait pour conséquence que «l’homme voit double», selon Thomas Hobbes qui ajouta : «Comment celui qui voit double peut s’orienter judicieusement dans ce monde» bouleversé par le coronavirus, j’ai envie d’ajouter. Le Sénégal, depuis l’indépendance, «voit double» et évite avec des trésors d’ingéniosité la «querelle des allégeances» entre la «cité de Dieu» et celle des hommes. La pandémie du coronavirus sera peut-être l’occasion de trancher cette guerre froide de la querelle des allégeances. En Europe, où l’Etat est né de ce «conflit de loyauté» entre le glaive du Christ et de César, la question ne se pose plus. C’est ce qui permet de comprendre l’attitude de l’Eglise au Sénégal qui rend à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Pour retrouver cette sagesse pourtant énoncée par le Christ, il a fallu des siècles de conflits entre les glaives. Le Sénégal en est à la querelle des allégeances, même si le débat semble être réglé sur le plan purement religieux par Abu Hamid Mohamed Al Ghazali (1058-1111) qui écrit dans son célèbre livre Nasihat al muluk(Conseils aux rois) que «Dieu a choisi et a élu deux sortes de personnes : les prophètes et les rois. Les premiers ont pour mission de diriger les hommes vers Dieu et les seconds d’établir la sécurité». Et sans sécurité, sans santé, sans paix civile, qui est la raison d’être de l’Etat, il n’y a pas de pratique religieuse normale. Avec cette division claire de travail, l’islam a réglé la question de la querelle des allégeances qui a fait des millions de morts dans la chrétienté. C’est pourquoi ni à la Mecque ni à Fez, ni Jérusalem ni en Iran, il n’y a eu de querelle des allégeances dans la gestion de la pandémie. Mais le Sénégal est une exception qui s’enferme dans l’illusion du Peuple élu. Demandons aux religieux de prier pour que le réveil ne soit pas aussi brutal que celui du «Peuple élu», mais en attendant, vu que l’Etat n’a pas réussi sa politique de containment du virus, tout le monde avance masqué par cet «instinct de conservation» cher à Hobbes ! La peur est plus forte que le civisme et les prières.

1 COMMENTAIRE

  1. L’allègement des mesures est dû d’une part à d’ouverture des mosquée, de la relance de l’activité économique.
    Et si l’économie est bien relancée, le PR n’aura t-il pas atteint son objectif.

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