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Le concept «Sénégambie» est salutaire et plein de signification. L’idée remonte au 17ème  siècle. Il exprime parfaitement le sentiment partagé par un seul Peuple réuni par la géographie, l’histoire, la langue, la culture, la tradition, la coutume, la religion et la confrérie. La politique de partage de cette entité entre les deux puissances coloniales, la France et l’Angleterre, a commencé avec la signature du Traité  de Versailles en 1783 avant qu’elle ne soit séparée injustement comme d’autres contrées africaines par la Conférence de Berlin 1884-1885 et matérialisée aveuglément en termes de bornes frontalières en 1889 et 1904. Le Sénégal et la Gambie ne sont devenus politiquement séparés qu’en 1958 et 1965, respectivement dates de leur accession à la souveraineté internationale. Les liens de parenté et du sang sont le trait qui se manifeste, incontestablement, entre les Sénégalais et les Gambiens qui portent le même nom de famille avec la différence entre l’orthographe de l’anglais et du français : Ndiaye = Njia, Barro = Barrow, Diallo = Jaloow, Badji = Badjie, Thiam = Cham, Diop = Jop,   Omar = Umaro, Cissokho = Cissoko, Mballo = Embalo, Diané = Janneh, Dâbo = Darboe… La Gambie, étant colonisée par les Anglais, fut la terre de refuge de beaucoup de Sénégalais vivant dans les zones contiguës pour fuir la colonisation française et échapper à ses griffes. Elle fut également la terre de repli du marabout El Hadji Abdoulaye Niass (1844 -1922), notamment en 1880 et 1894 avant de s’installer définitivement à Léona Niassène à Kaolack en 1910 sous le conseil de son frère Cheikh El Hadji Malick Sy (1855-1922). Sur le plan de l’organisation étatique traditionnelle, la Sénégambie était sous le contrôle des pouvoirs traditionnels incarnés par les Fodé (Fodé Kaba, Fodé Bakary, Fodé Maja) qui étaient en rivalité entre eux et le Sultan Maba Diakhou Bâ (1809-1867) qui luttait contre les souverains païens du Rip, de Sine et de l’occupation française pour faire triompher l’islam. L’espace Sénégambie faisait partie également de l’empire du Mali, notamment sous le règne de Kankan Moussa (1312-1332). La Sénégambie, comme entité organisationnelle, était soumisse à la Charte du Mandé proclamée en 1222 à Kouroukan Fouga qui règlementait la coexistence pacifique, démocratique et fraternelle entre les peuples d’Afrique de l’Ouest. Peut-être, c’est pour faire renaître cette entité dans l’esprit des gens que le Président Abdou Diouf (1980-2000) avait baptisé les interventions des militaires sénégalais en Gambie, conformément à l’accord de défense et d’assistance signé entre les deux Etats en 1965, survenues le 1er novembre 1980, Fodé Kaba I et le 31 juillet 1981, Fodé Kaba II, pour restaurer le pouvoir du Président Daouda  Kairaba Diawara, menacé par le commandant Mohaney, ensuite par Kukoy Samba Sagna. Sur le plan politique, la Sénégambie demeure énigmatique et hypothétique pendant la gouvernance du Président Yahya Jammeh (22 juillet 1994 –1er décembre 2017) marqué par les relations conflictuelles et tumultueuses entre lui et ses homologues sénégalais, de Abdou Diouf (1980- 2000), Abdoulaye Wade (2000- 2012) à Macky Sall (2012 -).
Il y a huit dossiers qui embrouillaient et nuisaient à l’amitié sénégalo-gambienne :
le soutien du régime de Yahya Jammeh à la rébellion des séparatistes casamançais déclenchée en 1982 pour réclamer l’indépendance de la région sud du Sénégal. Ce dossier était toujours le point le plus controversé entre les deux gouvernements, car il était le moyen de pression du Président Jammeh sur le Sénégal ;
La traversée du fleuve Gambie au niveau de Farafegny pour rallier la Casamance. Ce dossier constituait une épine entre les deux pays du fait que les autorités gambiennes prenaient souvent des décisions unilatérales pour fixer le tarif de la traversée, ce qui suscitait la colère des transporteurs sénégalais. Il faut signaler qu’un accord avait été trouvé entre les deux Etats pour construire un pont sur ce tracé, par le concours financier de la Bad à hauteur de  53,7 milliards F Cfa ;
l’intense trafic des bois de la Casamance par les industriels chinois basés en Gambie qui en tiraient plusieurs milliards de francs Cfa au détriment de la forêt casamançaise menacée de disparaître si tôt ;
l’intense contrebande des marchandises (fraudes) de la Gambie vers le Sénégal particulièrement entre les régions frontalières ;
le trafic d’armes vers la Casamance par la complicité des autorités gambiennes. La saisie de la cargaison d’armes, au port du Nigeria, le 27 octobre 2010, portant l’adresse personnelle du Président Jammeh à  Kanilai, son village natal, avait suscité la colère de Dakar qui supposait que la destination finale de ces armes était le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc).  Cette affaire avait poussé le Sénégal à rompre officiellement ses relations diplomatiques avec l’Iran, le 23 février 2011, tout en privilégiant le dialogue avec la Gambie pour amoindrir les dégâts, car elle constituait la base de repli des rebelles. Le Sénégal accusait la Gambie de délivrer des passeports diplomatiques aux rebelles du Mfdc pour faciliter leurs déplacements à l’étranger ;
Le séjour des opposants du régime Jammeh au Sénégal, comme Cheikh Sydia Bayo, l’ancien ministre Amadou Janneh et des personnes impliquées dans le coup d’Etat manqué en 2013. C’est pourquoi Jammeh avait dit : «Si le Sénégal change de politique par rapport à la Gambie, je vais m’impliquer dans la solution de la crise (casamançaise). S’il ne le fait, je ne vais pas le faire» ;
l’exécution de deux Sénégalais, le 26 août 2012, en Gambie, parmi les neufs détenus condamnés à mort. Cet acte avait suscité la vive contestation et consternation des autorités sénégalaises à tel point que l’ambassadeur de Gambie à Dakar a été convoqué le 28 août, pour lui faire part officiellement de la protestation et de l’indignation du Sénégal ;
le refus de la Gambie, malgré l’accord de coopération judiciaire signé entre les deux pays, d’extrader le criminel sénégalais Baye Modou Fall alias Boy Djinné qui s’est évadé le mardi 19 janvier 2016, de la prison pour se réfugier en Gambie.
La Sénégambie de demain
Pour bâtir une Sénégambie réelle et concrète, il faut nécessairement mettre en exergue les étroits liens familiaux qui existent entre les Sénégalais et les Gambiens.
La fermeture des frontières politiques communes, l’existence des barrières naturelles (fleuves et forêts), la signature des tarifs douaniers, les relations en dents de scie entre les gouvernements, les crises répétées dues à la traversée du fleuve Gambie n’ont jamais eu de répercussions sociales majeures entre les populations pour entraver ou freiner leur mouvement.
La Sénégambie doit être exclusivement construite par les populations qui restent et qui constituent le socle et l’entité commune entre les deux Etats. Les régimes politiques s’effondrent et disparaissent alors que les populations restent soudées.
Peut-on garder l’espoir avec le nouveau régime en Gambie pour trouver des solutions définitives aux problèmes mentionnés ci-dessus ?
Le choix porté par le Président Adama Barrow sur son homologue sénégalais le Président Macky Sall comme l’invité d’honneur du 52ème anniversaire de la fête nationale de la Gambie, en guise de reconnaissance de la réussite de la diplomatie sénégalaise à la décrispation pacifique de la crise gambienne post-électorale, sera-t-il meilleur que le choix du Président Macky Sall de réserver sa première visite officielle  en Gambie le 16 avril 2012 à peine installé le 3 avril 2012 ?
Les régimes politiques sont appelés à privilégier le dialogue, la concertation et le règlement pacifique des conflits frontaliers comme c’était le cas en juin 1975 et juin 1976. Les guides religieux du Sénégal, notamment les Niassènes de Kaolack et de la Gambie, ainsi que nos frères chrétiens et les chefs coutumiers, ont un grand rôle à jouer pour affermir les relations, lever les suspicions, aplanir les malentendus et éteindre les querelles  pour que les populations vivent dans la paix, la stabilité, la prospérité et la cohésion sociale dans l’espace Sénégambie. Les Sénégalais et les Gambiens sont condamnés à vivre ensemble ou périr ensemble; nous préférons vivre ensemble.

Dr El Hadji Ibrahima THIAM
Chercheur, archéo-
environnementaliste
Spécialisé en anthracologie

1 COMMENTAIRE

  1. Mr. Thiam cela ce vois que vous etes nordiste, vous nous parlez seulement
    des Chefs religieux du Nord mais pas des chefs religieux de la Casamance.
    Toutes les Langues parlees en Gambie sont egalement parlees en Casamance.
    Donc la Gambie est plus proche de la Casamance que le reste du Senegal.

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