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Les élections présidentielle et législatives au Ghana ont été remportées et perdues dans le contexte d’une amélioration du profil de la démocratie dans le pays. M. Nana Addo Danquah Akufo-Addo du Nouveau parti patriotique (Npp) a prêté serment comme 5ème président démocratiquement élu du Ghana.  C’était très serré, au moins pendant une grande partie du processus du dépouillement, créant une atmosphère tendue, rappelant la précédente élection présidentielle de 2012. Toutefois, les résultats finaux ont révélé une cinglante défaite — selon les normes du Ghana — du parti au pouvoir, le Congrès démocratique national (Ndc) par un écart de 10% sur les suffrages exprimés. Ces derniers temps, les élections présidentielles ont été caractérisées par des victoires extrêmement étroites.
Le Président sortant John Dramani Mahama se vantait en prétendant qu’il gagnerait au premier tour de scrutin, ce qu’il a appelé une victoire «one touch». En Afrique de l’Ouest, certaines élections présidentielles comme les dernières qui ont eu lieu au Ghana et au Sénégal la même année, ont abouti à un deuxième tour de scrutin du fait qu’un candidat ne sortait pas clairement vainqueur lors du premier tour. Les résultats de l’élection de 2012 ont été contestés et ont même été suivis d’une bataille juridique de neuf mois qui a entraîné un suspense et une tension que beaucoup s’accordent à dire qu’elle avait négativement  affecté la qualité de la gouvernance.
Les grands enjeux que revêt la quête du pouvoir ont été vivement soulignés par la nature constitutionnelle du système politique ghanéen qui préconise que le gagnant remporte tout. Toutefois, cela n’efface pas les enseignements positifs qui devraient être tirés du processus global adopté par d’autres pays, particulièrement en Afrique de l’Ouest.
«Ici, c’est le président qui nomme»,  dit Jean Mensa, avocat et directeur exécutif d’un groupe de réflexion sur les politiques publiques ghanéennes, l’Institut des Affaires économiques (Iea), appuyé par la Fondation Ford.  L’organisation vieille de vingt-sept années œuvre pour «la promotion de la bonne gouvernance, de la démocratie et d’une économie de marché équitable au Ghana et dans toute l’Afrique». «Des recommandations pour que la Cons­titution soit modifiée afin de permettre que les nominations à des postes importants puissent se faire par une institution indépendante travaillant pour la Commission de la Fonction publique  ont été réfutées pendant des années par les autorités», dit-elle. «C’est pourquoi les institutions sont faibles».
La visibilité de la société civile est une leçon importante à tirer du processus démocratique au Ghana. Par exemple, l’Iea  a mis en place les débats présidentiels en l’an 2000 et ils ont lieu depuis lors chaque année électorale, avant le déroulement du vote. «Avec l’assistance technique de la Fondation Ford, les débats présidentiels ont réussi à fournir une plate-forme pour les candidats à la présidence qui sert d’interface avec l’électorat», a déclaré Mensa. «Cela permet aux candidats de comprendre les préoccupations de l’électorat.»
Un autre groupe de réflexion sur les politiques, Imani Ghana, a organisé, à la veille de l’élection, un forum pour plaider en faveur d’une participation accrue des femmes à la gouvernance et à la prise de décisions. Le forum a appelé le Parlement, les partis politiques et les décideurs politiques à donner la priorité à la question de l’autonomisation des femmes dans le processus de développement comme mesure de réduction de la pauvreté.
Le fondateur et président d’Imani, M. Franklin Cudjoe, a fait observer qu’une participation inadéquate des femmes aux différents niveaux de gouvernance est la cause première de la disparité entre les sexes dans le pays. «Le Parlement est le point focal d’où émergeront les lois et les politiques d’éradication de la pauvreté et d’autonomisation des femmes. Mais les parlementaires n’ont pas assez fait  pour éliminer tous les obstacles aux inégalités», a-t-il affirmé. «Il ne s’agit pas seulement de l’exécutif parce que c’est le Parlement qui doit diriger le processus d’autonomisation des femmes.»
Ce plaidoyer semble donner des résultats puisque les dernières élections parlementaires ont vu l’élection d’un nombre jamais égalé de femmes dans l’histoire du pays. Le nombre de femmes élues est passé de 29 à 37 sur un total de 230 membres, le Npp ayant enregistré 24 femmes contre 13 pour le  Ndc. 133 femmes ont compéti en 2012 et 29 ont été élues, tandis que 136 ont participé aux élections en 2016 et 37 ont été élues. Même avec cette augmentation, certains activistes du genre insistent encore sur le fait que le nombre soit peu impressionnant puis­qu‘il est en deçà de la représentation minimale de 30% recommandée par les activistes à la Conférence de Beijing de 1995.
Pour l’Afrique de l’Ouest, la leçon découlant de l’expérience du Ghana en ce qui concerne l’élévation du niveau de participation des femmes à la gouvernance est que le plaidoyer fonctionne à cet égard. Alors que le Sénégal a atteint une proportion de 42,7% de femmes au Par­lement au moment où une autre élection législative se profile à l’horizon dans quelques mois seulement, c’est en fait la détermination, l’engagement et le dynamisme des femmes ghanéennes et des groupes de défense pour briser les obstacles qui devraient être mis en cascade dans la région. Il est regrettable que dans la majorité des pays d’Afrique de l’Ouest, les femmes représentent moins de 10% de l’effectif du Parlement et que le pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria enregistre 6% de femmes dans la législature bicamérale nationale du pays. Un adage ghanéen dit: «La famille est un jardin et la femme est la clôture qui les retient». Quand le mot «famille» est remplacé par «pays», le rôle central  des femmes devient plus clair.
Au fil des ans, le Ghana s’est efforcé de préserver l’intégrité de ses institutions démocratiques. Par exemple, pendant la période d’attente pour l’annonce des derniers résultats des élections présidentielles au Ghana, la Com­mission électorale a été soumise à de fortes pressions pour publier immédiatement les résultats. La présidente de la Commission électorale, Mme Charlotte Kesson-Smith Osei, a rapidement précisé que l’exactitude des résultats électoraux était plus importante que la rapidité avec laquelle ils étaient publiés. «Nous voulons faire preuve de prudence pour nous assurer que les résultats soient exacts et correctement signés», a-t-elle déclaré. «La précision est plus importante que la vitesse». Il est facile de percevoir l’aspect sacro-saint des institutions démocratiques au Ghana et les efforts déployés par les gardiens pour la sauvegarder.
La démocratie du Ghana est inclusive. Il n’y a eu aucun penchant perceptible pour l’exclusion d’un quelconque segment de la société. Il est à noter que même ceux qui ont perdu leur carte d’électeur ont été autorisés à voter à condition de présenter n’importe quel autre document d’identification reconnu indiquant qu’ils correspondent aux personnes inscrites sur la liste électorale. Les élections sont habituellement précédées d’une formation des électeurs et des groupes de la société civile comme Iea et Imani Ghana ont beaucoup contribué à la sensibilisation de l’électorat. Le taux de participation de 68,6 % enregistré lors des dernières élections au Ghana peut être considéré comme étant impressionnant par rapport aux normes africaines, quand bien même ce taux reste perfectible.
Une communication efficace est très importante dans un processus démocratique. Elle favorise la compréhension mutuelle et la continuité en plus de contribuer, dans des proportions non négligeables, à atténuer les tensions. Dans le cas du Ghana, elle a renforcé la magnanimité du parti victorieux et la grâce et la dignité avec laquelle le gouvernement sortant a concédé sa défaite. «En effet, la politique pourrait être décrite comme un sport, celui auquel elle ressemblerait le plus est le relais; c’est un sport qui dépend autant de la réussite individuelle que du travail d’équipe et de l’effort de collaboration. Le vrai défi de cette compétition réside dans la transmission du bâton. Il en est de même pour la politique», a fait remarquer le président sortant John Dramani Mahama lors de son dernier discours prononcé au Parlement le jeudi 5 janvier 2017, conformément à l’article 67 de la Constitution de 1992. «Me voici devant vous aujourd’hui tenant le bâton du leadership et prêt à le transmettre avec fierté, bonne volonté et détermination, à Nana Addo Danquah Akufo-Addo en demandant à tous les Ghanéens de l’encourager dans la réalisation de sa part de la course de relais pour le Ghana».
Cette acceptation gracieuse de la défaite a été visiblement reconnue par le Président Akufo-Addo. «Son élégante et digne acceptation du verdict du peuple, le 7 décembre 2016, recevra, sans nul doute, l’approbation de l’histoire, car cela a contribué, de manière significative, au processus de consolidation démocratique au Ghana», a-t-il déclaré lors de la cérémonie d’investiture qui s’est tenue à Accra le samedi 5 janvier 2017.
L’histoire de la démocratie moderne en Afrique de l’Ouest est un mélange de succès et d’anicroches. Alors que certains pays ont manifesté le désir de consolider l’éthique démocratique et d’élargir l’espace public, il y a eu, dans certains pays, des cas de mépris ou même de dédain pour les normes démocratiques. C’est dans un contexte marqué par ces contradictions que les récents succès obtenus au Ghana devraient être appréciés; surtout la nécessité de les reproduire dans toute la région. Le professeur Ransford Gyampo, directeur de la recherche à l’Iea, a souligné que le Ghana est une démocratie de transition et qu’il existe toujours une certaine méfiance entre le gouvernement et la société civile. «Nous sommes toujours en train de gravir les échelons», a-t-il indiqué. «Nous devons continuer à maintenir le gouvernement sur ses pieds et à établir le lien entre le gouvernement et les gouvernés».

Paddy EZEALA

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